Florient Zwein devant la photo emblématique de son exposition à Dar al-Moussawer. Photo DR
Le portrait de la petite fille en foulard à l’affiche de son exposition – sobrement intitulée « Afghanistan » – à Dar al-Moussawer évoque incontestablement l’emblématique Jeune Afghane aux yeux verts immortalisée par Steve McCurry en 1984. Un clin d’œil délibéré que Florient Zwein justifie par deux raisons. « D’abord, j’ai voulu mettre l’accent à travers cette photo, que j’ai prise en novembre 2021 dans une école de Kaboul, sur la répétition de l’histoire en Afghanistan ; ensuite, c’était ma manière de rendre hommage au célèbre photographe américain qui a été à l’origine de mon intérêt pour la photographie dès l’âge de 11 ans. »
Scène de pâturage dans un paysage immémorial ; une image de la série « Afghanistan ». Photo DR
Né en 1990 à Reims, en France, de père libanais et de mère française, Florient Zwein a toujours été attiré par l’image. Celle, d’abord, du 7e art, à laquelle il se forme dans le but de devenir réalisateur. Un objectif qu’il abandonnera au bout de trois ans d’études, rattrapé par son goût quasi compulsif pour les voyages. Il transpose alors son regard du cinéma vers la photographie. Et, plutôt que s’adonner aux images mouvantes, c’est la mobilité physique qu’il privilégie, se déplaçant d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, au fil de son envie de découvrir et de témoigner d’autres cultures et d’autres sociétés.
L’instant de grâce d’un trompettiste afghan immortalisé par Florient Zwein. Photo DR
Des récits et de l’émotion
Aujourd’hui, le trentenaire, qui a déjà sillonné une quarantaine de pays, a développé un style assez reconnaissable. À mi-chemin entre le reportage social et le regard artistique, voire même poétique, sur le quotidien des habitants de la planète. « Mes photos sont toujours basées sur l’humain, sur les gens que j’aime capturer dans leur environnement et dont j’aime raconter les histoires à travers des moments de vie », indique le jeune homme, qui capture surtout dans son viseur ce qui parle aux émotions. Aussi bien un couple qui s’embrasse dans une rue qu’une femme qui travaille dans une déchetterie en Inde, ou encore l’instant de grâce d’un trompettiste afghan s’adonnant à sa musique interdite dans un paysage de montagnes immémorial…
Le regard intense, comme chargé de mille reproches, de la petite fille en foulard, photo emblématique de l’exposition « Afghanistan » de Florent Zwein, à Dar al-Moussawer. Photo DR
Beyrouth-Kaboul-Beyrouth…
Pour financer ses longs voyages en Amérique du Sud, en Afrique ou encore en Asie (il a passé plusieurs mois d’affilée en Chine, en Inde, en Mongolie, au Népal…), le jeune photographe a longtemps travaillé dans la restauration à Paris. Un métier qu’il exerçait de manière saisonnière, entre deux projets de pérégrinations photographiques. « Je fais de la photo pour voyager, et je voyage pour faire de la photo », affirme d’ailleurs cet « oiseau libre » qui collabore parfois en freelance à des médias étrangers. Une vie de bohème heureuse qu’est venue chambouler la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020. « Cette tragédie m’a beaucoup affecté. J’ai aussitôt sauté dans un avion pour venir soutenir mes compatriotes libanais. De la mi-août à la mi-octobre 2020, j’ai fait du volontariat, tout en prenant des photos des quartiers dévastés de la capitale. Au bout de ces deux mois, je n’avais plus envie de rentrer en France. Je me sentais bien ici. J’ai donc décidé de m’installer pour un moment au Liban », raconte Florient Zwein.
Des retrouvailles avec le pays de son père, qu’il scelle par une exposition photographique itinérante qu’il baptise « Beirut. From Ashes to Anger » (« Beyrouth. Des cendres à la colère »). Et qu’il présente d’abord en France, à Reims et à Paris, puis au Liban à Dar al-Moussawer, à Hamra, en juin 2021.
Un cliché de l’exposition-livre « Beyrouth. Des cendres à la colère » de Florient Zwein. Photo DR
Un accrochage en trois volets regroupant une sélection de clichés (en noir et blanc), pris dans la foulée de sa participation au déblaiement des rues de la capitale meurtrie avec ceux d’une précédente série (en couleur) qu’il avait réalisée au cours des premières semaines du mouvement de contestation d’octobre 2019 (à laquelle il avait également tenu à venir prendre part), ainsi qu’un dernier groupe de photos immortalisant les manifestations post-4 août 2020. Et un projet qu’il reprendra dans un livre éponyme (disponible à la librairie Antoine) dépeignant, à travers son récit photographique, aussi bien la douleur, la souffrance et la colère des habitants de Beyrouth que les cicatrices de la ville.
Un ouvrage destiné à témoigner de sa vision sensible et engagée du Liban. Tout comme la trentaine de photos d’Afghanistan issues d’un reportage que Florient Zwein avait réalisé en novembre 2021 et qui montrent l’intarissable force de vie des êtres humains, même dans un pays à nouveau soumis au terrible joug des talibans. Des images d’une poésie prenante d’un jeune talent, à découvrir sur les cimaises de Dar al-Moussawer, à Hamra, jusqu’au 14 mars.
« Afghanistan » de Florient Zwein. Jusqu’au 14 mars, de 11h à 20h, à Dar al-Moussawer, Hamra.


