Avec son époux Patrick Jackson. Photo tirée du compte Twitter de Patrick Jackson
Vendredi dernier, le président Joe Biden a annoncé qu’il avait choisi Ketanji Brown Jackson pour être la neuvième juge constituant la Cour suprême, à la suite du départ à la retraite du juge Stephen Breyer. Une nomination historique car cette juriste de 51 ans sera la première Afro-Américaine à pénétrer dans la plus haute instance judiciaire du pays. Cependant, la candidate à ce poste doit encore obtenir l’approbation du Sénat après qu’il l’aura entendue. Depuis cette annonce, le grand public se demande qui est cette personnalité dont il n’a pas vraiment entendu parler jusqu’à présent et qui, de plus, porte un prénom peu commun. Rapidement, médias et réseaux sociaux ont braqué leurs interrogations et les projecteurs sur elle et ont partagé certaines informations.
La juge Ketanji Brown Jackson lors de l’annonce de sa nomination à la Cour suprême des États-Unis par le président Joe Biden, le 25 février 2022 à Washington. Saul Loeb/AFP
Un époux bostonien pur sucre
D’abord son prénom, qui relève d’une belle histoire qu’elle avait partagée dans le cadre d’une conférence donnée en 2017 : à sa naissance en 1970 dans la capitale fédérale (période post-droits civiques), ses parents, tous deux enseignants dans des écoles publiques, avaient voulu, en le choisissant, exprimer la fierté de leur ascendance africaine. Ils ont alors demandé à une tante, engagée dans le Peace Corps en Afrique, de leur donner une liste de prénoms de fille africains, avant d’opter pour Ketanji Onyika qui signifie « jolie fleur ». Après ses études secondaires, la jeune femme intègre l’école de droit de l’Université de Harvard. Des études couronnées en 1996 par un diplôme cum laude. C’est dans cette prestigieuse université qu’elle rencontre son futur époux Patrick Jackson, étudiant en prémédecine et en mathématiques. Nina Coleman Simmons, actuellement avocate à New York et qui avait alors partagé une chambre à l’université avec Ketanji, le décrit ainsi dans le Washington Post : « C’était un “harvardien” pur sang et la quintessence même de la “Boston Brahmane”, comme on appelle la crème de la crème de cette ville. Lui et son frère jumeau faisaient partie de la septième génération de cette famille “à fréquenter à l’Université de Harvard”. » Une différence de milieu censée séparer les deux jeunes gens, mais qui a finalement produit l’effet contraire, puisque Ketanji et Patrick convolent en 1996. Aujourd’hui, tous deux sont les parents de deux filles âgées de 21 ans et 17 ans et vivent à Washington. Patrick est chirurgien au MedStar Georgetown University Hospital. Simmons relate aussi qu’avant que le mariage n’ait lieu, les parents de la future épouse avaient précisé à Patrick : « Savez-vous dans quoi vous vous embarquez ? Vous comprenez que nous ne vivons pas dans une société daltonienne et que vous allez avoir des enfants bruns. » Mais, ajoute son ancienne camarade, « Patrick a vraiment démontré qu’il voyait les choses à travers ses yeux, il était sincère et incroyablement gentil avec elle ».
Libérale avec le pedigree de la Ivy League
Contrairement à ce que certains pourraient croire, cette juge qui fait déjà sensation n’a pas été parachutée à cette fonction pour faire souffler sur la Cour suprême un vent politisé de diversité, voulu dans tous les domaines, mais bien pour ses capacités et son parcours. Elle a notamment été défenseur public fédéral, plaidant des affaires devant la cour d’appel des États-Unis. En 2009, elle est nommée par l’ancien président Barack Obama au poste de vice-présidente de la U.S. Sentencing Commission. Décidée et déterminée, Ketanji Brown avait déjà écrit en 1988 dans son journal d’étudiante qu’elle voulait être juge. Trente-quatre ans plus tard, elle va normalement se retrouver à la Cour suprême où les connaisseurs des lieux s’attendent à ce qu’elle se range du côté de la minorité libérale des juges Elena Kagan et Sonia Sotomayor. Mais on dit aussi que Jackson ne privilégie pas les conflits. Ceux qui la connaissent prédisent qu’elle cherchera à parvenir à un consensus à la haute cour et des compromis avec ses collègues conservateurs. Elle reste cependant dans la lignée du juge Stephen Breyer, avec lequel elle avait collaboré et auquel elle succède. Celui-ci est un illustre juge libéral mais aussi un grand connaisseur de la littérature française et de Camus en particulier. Si l’entrée de Ketanji, issue du Parti démocrate, dans ce temple de la justice américaine devrait faire date, elle n’est pas une complète surprise. Non pas à cause de l’actuelle montée des Noirs, mais parce qu’elle est un produit de la Ivy League, ces prestigieuses universités qui constituent incontestablement d’infaillibles cartes de visite. Comme l’illustre cette réflexion du sénateur républicain Lindsey Graham, qui votera quand même pour son acceptation : « Et voilà ! Le train Harvard-Yale vers la Cour suprême continue de rouler sans relâche. Oui, madame Brown Jackson était étudiante de premier cycle à Harvard et est diplômée de la faculté de droit de Harvard. Le juge en chef de la Cour John G. Roberts Jr. a le même pedigree académique ainsi que beaucoup d’autres de cette grande maison ! »


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