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Lifestyle - La Mode

Azzi et Osta haute couture printemps-été 2022 : des lieux, des vœux, des émotions

Pour la collection haute couture printemps-été 2022 de sa marque éponyme, le tandem Georges Azzi et Assaad Osta a pris le parti, cette saison, de se libérer des codes et contraintes de l’industrie pour lancer une ligne ondulante, zigzagante, brisée, tout sauf droite.

Azzi et Osta haute couture printemps-été 2022 : des lieux, des vœux, des émotions

Azzi & Osta, haute couture printemps-été 2022. Photos DR

Comme en toute chose, trop de mode tue la mode, et les pressions des calendriers tendent à épuiser la créativité. La haute couture, qui n’est pas soumise à la dictature du marché de la même manière que le prêt-à-porter, offre cependant un chemin de traverse qui permet aux créateurs de flâner dans les méandres de leurs envies. Cette saison, Georges Azzi et Assaad Osta, après le traumatisme de la double explosion de Beyrouth et les lourdeurs de la pandémie, ont décidé de laisser aller leur imagination et leurs fantasmes, et réaliser enfin ces robes dont chacun d’eux a rêvé, mais qui ne trouvaient jamais leur place dans une ligne. D’abord, il y a les choses vues, beautés qui habitent notre mémoire et n’en sortent que pour nous consoler, parfois, du dérèglement du monde. Dans le souvenir flottent des images qui attendent, pour ressurgir, un coup d’éventail de la mémoire involontaire. Ensuite, il y a les choses qu’on se promet de voir. Un rêve de voyage, un paysage insoupçonné, une œuvre dans un musée entretiennent en nous l’irrésistible énergie du désir et nous font réclamer à la vie un encore.

Azzi & Osta, haute couture printemps-été 2022. Photo DR

Trop rebelles

Et si cette collection n’avait ni thème, ni fil rouge, ni fil d’or, ni fil conducteur ? Si elle n’obéissait qu’à une flânerie émerveillée dans les dédales des rêves et des souvenirs ? Georges Azzi et Assaad Osta ont décidé, cette saison, de laisser la part belle aux envies qui n’ont jamais trouvé leur place dans leurs tableaux d’inspiration. Les deux créateurs ont voulu célébrer la singularité d’une couleur, d’une texture, d’une silhouette qu’ils ont toujours rêvé d’intégrer à une ligne neuve mais qui à chaque fois se montrait trop rebelle ou trop particulière pour faire partie d’un ensemble. Aussi la haute couture Azzi & Osta printemps-été 2022 renonce-t-elle à la traditionnelle linéarité pour proposer une juxtaposition de pièces fortes, spectaculaires, chacune se suffisant à elle-même.

Pas de camaïeu, pas de palette coordonnée, pas de codes qui courent d’une silhouette à l’autre. Des teintes vives s’affichent avec audace et donnent déjà une idée de la rafraîchissante liberté qui domine ce jeu sans règle. Chaque robe va raconter sa propre histoire, interprétée en froissements, en vagues et plis de crêpe, de faille, de tulle, de taffetas ou de moire. Aux contrepoints floraux de pétales de tissu réalisés à la main et de fines broderies de perles et de cristaux, s’ajoute un méticuleux tressage de raphia interprété en corsets et ceintures. L’identité Azzi & Osta se laisse reconnaître dans les volumes, les structures architecturales propres au binôme et leur drapé signature.

Azzi & Osta, haute couture printemps-été 2022. Photo DR

Une robe comme un vin d’été

Chaque création est une évocation. Un vase de Sèvre d’inspiration japonaise, vu au Rijksmuseum d’Amsterdam, prête sa délicatesse à un fourreau de tulle brodé de bourgeons de clématites sur ombres de feuilles de hou, tandis qu’une cape en faille céladon drape les épaules et se prolonge en traîne. Inspirée d’une soirée à l’opéra au bord du lac de Constance, une minirobe, agrémentée de gants de bal terminés en volants, semble tenir seule sur les basques d’un jupon monumental brodé de cristaux en fleurs, emprunté au vestiaire de Marie-Antoinette (qui aurait adoré cet impossible fuchsia). Comment représenteriez-vous un vin d’été, fruité, acidulé, vif comme une explosion d’embruns ?

Azzi et Osta le coulent dans une moire framboise. Cette robe du vin est incrustée de petits bijoux insolites qui ajoutent de l’éclat à l’éclat. Par-dessus vient un drapé contrasté rouge profond en forme de nœud sculptural. Il y aura aussi cet adorable tutu qui rappelle irrésistiblement la rondeur et les motifs bleu de Delft sur blanc ivoire d’une théière en porcelaine fine, évocation d’un high tea au pavillon royal de Brighton. Un bouquet de fleurs, sans doute, ornerait la table : le voici en froufrous de dahlias d’organza rose shocking serrant le haut des bras à l’ourlet de gants de bal en tulle. Ailleurs, on fond pour de minuscules bourgeons de muguet en bulles d’organza opale, moulés à chaud et brodés en cascade ; ou pour le cannage revisité en tressage de tulle surmonté d’arcades rappelant les rondes enfilades architecturales de l’Alhambra. On rêve de Brocéliande sur un ensemble en moire vert forêt piqueté de bijoux mystérieux. Une Inde fantasmée se déploie sur une robe grenat pâle, ornée de brandebourgs en lourds cocons de perles orange soulignant la floraison de tulle d’un jupon corolle. Des manches ballons semblent prêtes à l’envol, une robe en tulle corail baptisée Presqu’amour semble cousue dans un nuage d’aurore.

On rêve, on se souvient. D’un pôle à l’autre de la mémoire et du temps se télescopent des lieux, des vœux, des émotions qui empruntent la courbe d’une silhouette, le volume d’un jupon, la forme d’une fleur. Rarement haute couture et poésie auront connu une telle complicité.

Comme en toute chose, trop de mode tue la mode, et les pressions des calendriers tendent à épuiser la créativité. La haute couture, qui n’est pas soumise à la dictature du marché de la même manière que le prêt-à-porter, offre cependant un chemin de traverse qui permet aux créateurs de flâner dans les méandres de leurs envies. Cette saison, Georges Azzi et Assaad Osta, après le traumatisme de la double explosion de Beyrouth et les lourdeurs de la pandémie, ont décidé de laisser aller leur imagination et leurs fantasmes, et réaliser enfin ces robes dont chacun d’eux a rêvé, mais qui ne trouvaient jamais leur place dans une ligne. D’abord, il y a les choses vues, beautés qui habitent notre mémoire et n’en sortent que pour nous consoler, parfois, du dérèglement du monde. Dans le souvenir flottent des images...
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