À 25 ans, Aurora, artiste norvégienne à la peau diaphane, sait comment faire passer ses messages. D’abord en captant la lumière avec son double scénique, entre princesse et elfe, puis avec ses mélodies. Stéphane de Sakutin/AFP
Étoile sur le front, look entre princesse et elfe, Aurora semble tombée d’une autre planète : la Norvégienne attire aussi l’attention avec son électro-pop, écrin d’un plaidoyer pour le droit à une sexualité non genrée.
À 25 ans, l’artiste à la peau diaphane sait comment faire passer ses messages. D’abord en captant la lumière avec son double scénique, inspiré des contes pour enfants et d’un univers d’Heroic Fantasy (comme a pu le faire Björk, à qui on la compare souvent). Puis avec ses mélodies. Un ancien titre, Runaway, cumule plus de 430 millions d’écoutes sur Spotify, leader des plateformes musicales. Elle a même été adoubée par les Chemical Brothers, figures de l’électro avec qui elle a chanté. Un nouveau morceau, Cure for me, a tout du tube en puissance. Ce Traitement pour moi, elle chante qu’elle n’en veut pas, justement. Comme un écho féministe à Ne me libérez pas, je m’en charge. C’est aussi une référence à ces pays qui considèrent encore que l’homosexualité est une maladie à soigner.
« Le système, le monde, la religion, la société, nous poussent à avoir honte de ce que nous sommes, de la couleur de nos peaux, de la forme de nos corps, de nos sexualités », expose l’autrice-compositrice-interprète, rencontrée à Paris. « C’est dévastateur, nous n’avons qu’une vie, et on nous colle cette culpabilité parce qu’on pense différemment ou qu’on est gay », poursuit-elle, une petite étoile dorée posée sur son front, juste sous la frange. Le morceau Giving In to the Love dénonce au passage ces miroirs trompeurs que sont les écrans, que ce soit des télévisions ou des téléphones. « On nous fait croire qu’il faut être hyper productifs pour justifier notre existence, qu’il faut être beaux, célèbres, riches, avoir des followers, pointe-t-elle. Notre obsession de la perfection est effrayante, car ça n’existe pas. »
Duo avec Pomme
Pour Aurora, les bouées de sauvetage sont l’art, en général, et la musique, en particulier. Les références abondent autour de son dernier album The gods we can touch, sorti récemment.
Le clip de Cure for me fait des clins d’œil au film Beetlejuice de Tim Burton, tandis que celui de Giving in to the love réveille le souvenir de La Belle et la Bête de Jean Cocteau, avec ces statues qui prennent vie. Cinéma toujours avec la chanson Blood in the wine, qui s’ouvre par un hommage au maestro de la bande originale du western-spaghetti, Ennio Morricone. Aurora a, elle, prêté sa voix pour des séquences de La reine des neiges 2, film d’animation de Disney.
Et la Norvégienne s’est trouvé des alliées, comme la chanteuse française Pomme, qui chante avec elle sur Everything matters. Ces deux voix célestes se sont rencontrées pour la première fois à Paris il y a peu, après avoir enregistré à distance. La France est un fil rouge dans le parcours d’Aurora. Pendant la confection de son précédent album, A Different kind of human, elle était passée par un studio d’enregistrement non loin d’Avignon. Pour celui-là, elle s’est isolée dans un château de Norvège, passé entre les mains d’un Français il y a plusieurs siècles. Et de conclure : « Pour mon prochain album, je pense qu’il faut que je m’installe dans un château en France. »
Philippe GRÉLARD/AFP

