La chambre haute du Parlement russe a approuvé hier soir la demande du président Vladimir Poutine de déployer des militaires russes à l’étranger, après sa requête de venir en aide aux séparatistes prorusses en Ukraine. Photo AFP
Le Parlement russe a donné mardi soir son feu vert à une opération militaire en Ukraine, faisant fi de la levée de boucliers de la communauté internationale et des sanctions adoptées par les Occidentaux.
La crainte d’une escalade militaire en Ukraine, aux portes de laquelle 150 000 soldats russes ont, selon Washington, été déployés, est à son paroxysme depuis que Vladimir Poutine a reconnu lundi l’indépendance des entités sécessionnistes de Lougansk et de Donetsk, situées dans l’est de ce pays.
Le vice-ministre russe de la Défense Nikolaï Pankov a lu mardi soir devant le Sénat une demande du président russe d’y déployer des troupes, soutenant qu’« aux frontières des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, une armée (ukrainienne) de 60 000 hommes et de blindés lourds » était prête à attaquer.
Au cours d’une conférence de presse, quelques minutes après avoir reçu l’accord des élus, M. Poutine s’est présenté devant une poignée de journalistes pour dénoncer une fois encore les exactions que Kiev commet d’après lui contre les séparatistes du Donbass. Il a laissé planer le doute sur le calendrier de l’envoi de forces armées, mais s’est dit pour une « démilitarisation » de l’Ukraine, qui ferait « mieux » de renoncer à son ambition de rejoindre l’OTAN pour choisir la « neutralité ». « Je n’ai pas dit que nos soldats vont y aller là, maintenant (...) Cela dépendra, comme on dit, de la situation sur le terrain », a-t-il déclaré. Juste après, la diplomatie russe a annoncé l’évacuation prochaine de ses diplomates d’Ukraine.
M. Poutine a aussi revendiqué pour les séparatistes l’ensemble des régions administratives de Lougansk et de Donetsk, dont la superficie dépasse largement celle des territoires sous leur contrôle. Il a évoqué d’hypothétiques « négociations » entre Kiev et forces prorusses. L’intervention russe serait justifiée légalement par la ratification mardi d’accords d’entraide, notamment au plan militaire.
L’OTAN s’attend à « une attaque massive » de la Russie en Ukraine, a annoncé dans ce contexte son secrétaire général, Jens Stoltenberg. Lors d’une conférence de presse, le président américain Joe Biden a affirmé que « c’est le début d’une invasion russe en Ukraine », ajoutant que les États-Unis vont continuer à fournir des armes « défensives » à Kiev. M. Biden a annoncé avoir autorisé le redéploiement de troupes américaines dans les pays baltes. Le Pentagone a, pour sa part, indiqué que les États-Unis cherchaient un moyen d’« éviter que le conflit n’aille plus loin ».
Premières sanctions
La menace pesant sur l’Ukraine croît alors que les Occidentaux ont pris de premières sanctions en réaction à la reconnaissance des séparatistes que Kiev combat depuis huit ans, un conflit qui a fait plus de 14 000 morts. M. Poutine a acté la fin du processus de paix en cours, sous médiation franco-allemande, disant qu’il « n’existe plus ».
Du côté des Occidentaux, la mesure de représailles la plus forte a été annoncée par Berlin, qui a gelé le gazoduc Nord Stream II reliant la Russie à l’Allemagne.
L’UE a adopté un paquet de sanctions qui « feront très mal à la Russie », a assuré dans la soirée le chef de sa diplomatie, Josep Borrell. De son côté, Joe Biden a annoncé des sanctions qui coupent la Russie des financements occidentaux, en visant deux banques russes. Il va également imposer des sanctions contre les « élites russes ».
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dont le pays a réclamé hier des « armes » et des garanties sur son adhésion à l’UE, a fait savoir qu’il envisageait désormais une rupture des relations diplomatiques avec Moscou.
Accusé par Kiev de vouloir « ressusciter l’URSS », M. Poutine s’est toutefois défendu de chercher à « reconstituer un empire ».
Le Premier ministre britannique Boris Johnson a quant à lui annoncé des sanctions visant trois oligarques proches du Kremlin et cinq banques russes, des mesures a minima pour Londres, la place forte financière des grandes fortunes russes. Ces mesures restent pour l’instant modestes par rapport à celles promises en cas d’invasion d’ampleur.
Plusieurs options
M. Poutine, qui dicte depuis le début le tempo, entretient le mystère sur ses intentions et a plusieurs options devant lui : envahir toute l’Ukraine, élargir la zone sous le contrôle des séparatistes ou arracher un nouveau statu quo négocié.
Car une occupation pourrait coûter cher dans un pays hostile et la Russie veut obtenir de l’OTAN son recul en Europe de l’Est et la fin de sa politique d’élargissement. Des exigences rejetées jusque-là.
Le ministre ukrainien de la Défense Oleksiï Reznikov a pour sa part prévenu mardi que des « épreuves difficiles » et des pertes attendaient l’Ukraine. Auparavant, le président Zelensky avait de son côté assuré que les Ukrainiens n’avaient « peur de rien ni de personne » et ne céderaient pas « une seule parcelle du pays ».
Sur la ligne de front, des tirs avaient toujours lieu avec les séparatistes. Kiev dément toute action offensive, contrairement aux affirmations de Moscou, accusant ses adversaires de propager de fausses informations visant à tenter de justifier une intervention.
Source : AFP


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