Deux investigations, une au Liban menée par le procureur adjoint près la Cour de cassation, Jean Tannous, et l’autre en Suisse, par le ministère public de la Confédération helvétique (MPC), enquêtent justement sur des transferts suspects de plus de 330 millions de dollars effectués à partir d’un compte de la BDL entre 2002 et 2014 (et quelques transferts en 2015) vers un compte de HSBC Private Bank (Suisse). Photo João Sousa
Pendant plus d’une décennie, la Banque du Liban (BDL) a facturé des commissions aux banques commerciales du pays lorsqu’elles achetaient des obligations d’État, sans préciser que la majeure partie du produit de ces commissions était reversée à une société, Forry Associates Ltd, contrôlée par Raja Salamé, le frère du gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé. L’information a été rapportée par Reuters, qui affirme avoir eu accès à des documents contractuels qui ne mentionnaient pas le nom de cette entreprise qui devait jouer, selon son contrat qui a été déjà relayé la semaine dernière sur les réseaux sociaux par le média en ligne al-Mahatta, le rôle d’intermédiaire et de trader.
Selon des sources proches du dossier interrogées par L’Orient-Le Jour, le reversement de commissions à une société tiers n’est pas une pratique interdite. Mais il s’agit d’opérations qu’une banque centrale peut effectuer elle-même, ne nécessitant alors pas d’intermédiaire. Or deux investigations, l’une au Liban menée par le procureur adjoint près la Cour de cassation, Jean Tannous, et l’autre en Suisse, par le ministère public de la Confédération helvétique (MPC), s’intéressent justement à des transferts suspects de plus de 330 millions de dollars effectués à partir d’un compte de la BDL entre 2002 et 2014 (et quelques transferts en 2015) vers un compte de HSBC Private Bank (Suisse). Or ces transferts ont eu lieu dans le cadre du contrat de courtage sur des eurobonds et des bons du Trésor signé entre la BDL et Forry Associates Ltd (Forry), une société enregistrée aux îles Vierges britanniques en 2001 et dont le bénéficiaire économique n’est autre que Raja Salamé. Reuters fait plus précisément référence à « quatre contrats entre la BDL et une banque commerciale libanaise, datant de 2004 à 2014 » et qui engageaient cette dernière à payer une commission équivalente à 3/8e de 1 % (0,375 % selon nos calculs) sur des achats de certificats de dépôt du gouvernement de « plusieurs millions de dollars ».
Reuters affirme ne pas avoir pu joindre Raja Salamé. Contacté par nos soins, le service de presse de la BDL n’a pas fait de commentaires, renvoyant à l’article 26 du Code de la monnaie et du crédit qui consacre le statut de « représentant légal » de la BDL et fait donc du gouverneur la seule personne habilitée à répondre sur ce dossier. Le service de presse a ajouté que les vice-gouverneurs actuels n’étaient pas en poste à l’époque des faits ciblés et seraient donc dans l’incapacité de fournir plus d’informations.
Toutefois, Reuters a réussi à contacter Riad Salamé, qui a déclaré que « le seul travail de Forry était de rassembler toutes ces commissions et frais, et de les redistribuer selon les instructions » sans plus de précisions. Il a également affirmé que les commissions, figurant dans les contrats vus par Reuters et qui ont été versées à Forry, étaient transparentes et approuvées par le conseil d’administration de la banque centrale, et que personne n’a émis de plainte à l’époque.
En novembre 2021, Riad Salamé avait mis en avant les résultats d’un audit personnel commandé par ses soins au cabinet d’audit BDO Semaan, Gholam & Co, qui avait notamment examiné les fameux transferts. Le rapport, qui n’a pas été transmis à la presse déclare, selon le gouverneur, qu’une « tierce partie » aurait déposé les « montants dans le compte de compensation à la BDL » (clearing account), et les frais ainsi que les commissions auraient eux aussi été payés par ce tiers. Ceci prouvait alors, selon le gouverneur, que « pas un seul sou public n’a été utilisé pour payer » Forry. Sur ce point, une source proche du dossier a expliqué à L’Orient-Le Jour qu’il ne pouvait s’agir d’argent public mais plutôt de l’argent décaissé par les acquéreurs de bons du Trésor et d’eurobonds dans le cadre de ce contrat. Par exemple, si une entreprise acquiert 100 millions de dollars d’eurobonds, la BDL doit payer une commission à la société Forry. Un paiement provenant alors de l’argent déboursé par cette même entreprise qui deviendrait donc la « tierce partie ».
Le gouverneur a aussi indiqué à Reuters que la relation entre la BDL et Forry n’était pas exclusive, six autres sociétés ayant fourni des services similaires à la banque centrale, mais il a refusé de les nommer.


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ceci dit, les 3 1ers accuses avaient ils SERVI genereusement les qqs dizaine/ une centaine parmi ces Kellon ? SI NON... alors je comprend mieux qu'ON les poursuive aussi assidument !
10 h 21, le 22 février 2022