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Campus - CRISE

Résister à la pandémie et à la crise économique : les deux défis des bibliothèques universitaires

Avec la fermeture imposée due au coronavirus et la crise économique qui paralyse le pays depuis deux ans, les universités libanaises se battent au quotidien pour maintenir des services identiques et répondre aux besoins de leurs étudiants.

Résister à la pandémie et à la crise économique : les deux défis des bibliothèques universitaires

À la bibliothèque de l’USEK (ci-dessus), le personnel a été formé à la recherche en ligne de toutes les ressources et les bases de données de la bibliothèque. Photo USEK

À l’origine, l’espace de travail, de consultation et d’emprunt de documents que représentent les bibliothèques universitaires est également un lieu de vie, de rencontres et d’échanges en groupe. « Malheureusement, avec les restrictions imposées depuis le début de la crise sanitaire, c’est toute l’âme de la bibliothèque qui a été affectée », déplore le père Ziad Maatouk, vice-recteur à l’administration et secrétaire général de l’Université antonine (UA). « Le face-à-face avec les professeurs est très important dans la vie universitaire. Aujourd’hui, cela a disparu », poursuit-il. Contraintes de se plier aux exigences imposées par le confinement, dans les universités, les bibliothèques ferment leurs espaces et déploient tous leurs ressources et services à distance, avec un objectif : pouvoir répondre à tous leurs étudiants. Chantal Habis Sfeir, directrice de la bibliothèque des sciences humaines de l’USJ, avoue que cette période a été également dure pour l’université, mais admet « qu’elle lui a permis toutefois de valoriser ses ressources électroniques ainsi que ses références dans son catalogue en ligne ». « Nous avons formé nos étudiants et chercheurs, via la plateforme en ligne Teams, à la recherche à distance et à l’usage de ces bases de données. Une étape qui a été finalement bénéfique, vu que le futur appartient au numérique », précise-t-elle. D’autres universités, à l’instar de la LAU, avaient déjà indexé nombre de livres numériques, de revues, de thèses, de bases de données… avant la crise. « Passer de l’état papier au numérique n’a pas été un grand problème », affirme Marie-Thérèse Mitri, directrice des services publics et des recherches à la LAU, précisant que l’université a mis à la disposition des étudiants un service en ligne pour répondre à toutes leurs questions concernant la recherche des documents en ligne. « Nous avons également formé certains de nos professeurs et le personnel de la bibliothèque à la méthodologie de la recherche numérique, pour les familiariser avec ces nouveaux outils », explique-t-elle encore. Elle admet toutefois « que la fermeture des universités étrangères en Europe et aux États-Unis due au confinement a privé la LAU de l’achat de certains documents ou manuscrits ». « Heureusement que beaucoup d’éditeurs étrangers ont mis à la disposition des universités toutes leurs données de base gratuitement, ce qui nous a permis d’avoir accès à un grand nombre de publications », nuance-t-elle.

À l’unanimité, les responsables interrogés applaudissent l’entraide exceptionnelle entre les grandes universités mondiales qui ont établi un échange de leurs publications et de leurs collections gratuitement durant cette pandémie, « ce qui a sauvé un peu la situation ». L’AUB, qui affirme également que « 80 % de (ses) documents sont en ligne depuis plusieurs années », souligne que « (ses) équipes et (ses) professeurs étaient déjà familiarisés avec les outils numériques, ce qui fait que l’étudiant n’a pas été complètement lésé avec la fermeture totale de l’université ». Mais à la suite du premier couvre-feu imposé à toute la ville, l’AUB décide de limiter l’accès de la bibliothèque aux étudiants qui voudraient emprunter des livres uniquement, ou à ceux qui ont besoin de consulter des documents pour leurs recherches et ne peuvent le faire qu’en présentiel. « Ils devaient prendre rendez-vous à l’avance, respecter les gestes barrières et présenter leur certificat vaccinal à l’entrée de l’université », explique Fatmé Charaffedine, directrice par intérim des bibliothèques universitaires, rappelant en riant qu’ils aseptisaient tous les bouquins qui arrivaient de l’extérieur et les gardaient « en quarantaine » quelques jours pour éviter tout risque de contamination et protéger les étudiants.

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Elham Abdallah, bibliothécaire adjointe pour les services publics et la recherche à l’USEK, affirme quant à elle que « l’USEK était elle aussi bien préparée pour parer au confinement, toutes les bases de données et les informations essentielles se trouvant déjà en ligne depuis quelques années ». « Nous avons assuré toute la logistique nécessaire aux responsables de la bibliothèque : ordinateurs, UPS, tablettes électroniques… pour leur permettre de travailler à partir de la maison, en les formant au préalable à la recherche en ligne de toutes les ressources et les bases de données de la bibliothèque. Par la suite, ces responsables ont créé eux-mêmes des guides à travers un service en ligne, fournissant aux étudiants des informations ciblées sur des sujets, ce qui leur a permis de les guider dans leur processus de recherche », détaille-t-elle.

Crise économique, la goutte de trop

Si ces universités admettent « avoir pu tant bien que mal s’adapter aux restrictions imposées lors des confinements et assurer une continuité des services à leurs étudiants », elles avouent que la crise économique qui sévit dans le pays, depuis presque deux ans, est « la goutte de trop », dans un contexte déjà difficile. « C’est maintenant que nous commençons à ressentir les retombées désastreuses de cette crise, déplore le père Ziad Maatouk. Il y a un an, nous arrivions encore à maintenir la qualité que nous avons toujours offerte à nos étudiants, mais aujourd’hui, avec l’achat de tous ces documents en devises étrangères, cela devient de plus en plus difficile. » La plupart des universités décident alors d’entreprendre un sondage auprès de leurs étudiants, pour recenser les documents les plus consultés et annuler l’achat des abonnements de revues, des périodiques et des collections qui n’ont pas été trop lus ces derniers temps.

« Avec un budget réduit, il est malheureusement difficile de développer et d’augmenter les abonnements aux ressources électroniques, et nous devions nous résigner à nous contenter du strict essentiel », regrette Chantal Habis Sfeir, expliquant que ces abonnements sont soutenus par un consortium créé par les grandes bibliothèques universitaires libanaises, incluant l’USJ et d’autres grandes universités qui collaborent entre elles afin de faciliter l’accès aux meilleures plateformes académiques. « Cette initiative a réduit le coût de ces abonnements et permis le prêt des ressources papier et numériques entre les bibliothèques membres », ajoute-t-elle. Les responsables interviewés admettent que c’est le capital humain et les employés qui ont dû faire les frais de ces restrictions économiques. « Beaucoup de contractuels qui travaillaient au sein de la librairie ont dû être congédiés, augmentant la masse de travail des employés fixes », relève la responsable de la bibliothèque de l’AUB.

« Depuis que l’enseignement est devenu en ligne, nous nous sommes rendu compte des difficultés auxquelles font face les étudiants : manque d’électricité dans leurs maisons, réseaux défaillants et souvent surcharge sur un même ordinateur. Les bibliothèques universitaires sont les seuls endroits où ces jeunes oublient leur dur quotidien, pour se concentrer sur leurs études », affirme-t-elle encore. Un grand nombre de bibliothèques universitaires décident alors de rouvrir leurs portes, pour permettre à ces jeunes de retrouver un lieu plus serein pour leurs études. « Il s’agit de la seule façon de leur permettre de surmonter toutes les difficultés de leur quotidien et poursuivre une année universitaire, remplie d’embûches et de défis », conclut Fatmé Charaffedine.


À l’origine, l’espace de travail, de consultation et d’emprunt de documents que représentent les bibliothèques universitaires est également un lieu de vie, de rencontres et d’échanges en groupe. « Malheureusement, avec les restrictions imposées depuis le début de la crise sanitaire, c’est toute l’âme de la bibliothèque qui a été affectée », déplore le père...

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