Des militaires des forces ukrainiennes déplaçant des missiles FIM-92 Stinger fabriqués par les États-Unis, hier à Kiev. Sergueï Supinsky/AFP
Les Russes pourraient attaquer l’Ukraine « à tout moment », ont répété hier de hauts responsables américains, au lendemain d’un appel entre Joe Biden et Vladimir Poutine qui ne leur a pas donné « de motif d’optimisme ». L’entretien téléphonique entre les deux présidents « n’a certainement pas montré que les choses évoluaient dans le bon sens », a déclaré le porte-parole du Pentagone John Kirby sur la chaîne Fox. Il « n’y a aucun signe que Poutine ait l’intention d’apaiser les tensions », a-t-il ajouté. « Nous pensons qu’une action militaire majeure pourrait avoir lieu à tout moment », a-t-il poursuivi. Le président américain s’est par ailleurs entretenu par téléphone hier avec son homologue ukrainien, Voldymyr Zelensky. Ils ont convenu de poursuivre « diplomatie » et « dissuasion » face à Moscou.La Russie, qui nie toute volonté guerrière, a massé depuis novembre plus de 100 000 soldats à la frontière avec l’Ukraine et entamé ces derniers jours des manœuvres militaires en Biélorussie et en mer Noire, encadrant de facto son voisin. « Depuis dix jours, nous avons constaté une accélération du renforcement des troupes russes et leur positionnement plus près de la frontière, si bien qu’une action militaire pourrait être lancée très, très rapidement », a renchéri sur CNN le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Jake Sullivan. Pour lui, l’attaque « pourrait avoir lieu dès cette semaine ». « Il est probable qu’elle commence par des tirs importants de missiles et des bombardements », suivis par « des mouvements de troupes au sol ».
Le gouvernement ukrainien a, de son côté, promis hier de garder son espace aérien ouvert malgré l’inquiétude des Occidentaux face à la menace d’invasion russe. Inquiétude notamment de l’Allemagne qui juge la situation « critique » et a haussé le ton vis-à-vis de Moscou. « L’espace aérien au-dessus de l’Ukraine reste ouvert, l’État s’emploie à prévenir les risques pour les compagnies aériennes », a indiqué le ministère des Infrastructures dans un communiqué publié sur Facebook. Samedi, la compagnie néerlandaise KLM a suspendu jusqu’à nouvel ordre tous les vols dans l’espace aérien ukrainien. Un vol prévu samedi soir a été annulé. KLM ne survole plus l’est de l’Ukraine depuis le crash du MH17 qui reliait Amsterdam à Kuala Lumpur, abattu dans cette région le 17 juillet 2014, tuant les 283 passagers à bord et les 15 membres d’équipage. Moscou a toujours nié toute implication.
Membre de la même alliance, Air France continue en l’état de maintenir son programme de vols entre la France et l’Ukraine, soit « deux vols par semaine, le mardi et le dimanche », a déclaré hier une porte-parole à l’AFP. Pour faire face à une demande éventuellement plus importante, vu les annulations d’autres compagnies, Air France a même « augmenté la capacité des vols » en recourant à des Airbus A321, plutôt que les plus petits A319 habituels.
Situation « très dangereuse »
Plusieurs pays ont par ailleurs rappelé une partie de leur personnel diplomatique en Ukraine, à l’instar de la Russie et des États-Unis, tandis que la liste des pays appelant leurs ressortissants à partir ne cesse, elle, de s’allonger, avec notamment les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Canada, la Norvège ou encore l’Australie, le Japon et Israël. Hier, le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a jugé qu’il y avait un « parfum de Munich dans l’air » dans cette crise, en référence à l’accord de 1938 avec l’Allemagne nazie qui n’a pu empêcher la Seconde Guerre mondiale. Cette déclaration a agacé l’Ukraine. « Ce n’est pas le meilleur moment pour nous d’offenser nos partenaires dans le monde », au moment où « il y a de la panique partout, non seulement dans l’esprit des gens, mais aussi sur les marchés financiers », a déclaré son ambassadeur au Royaume-Uni, Vadim Pristaïko. Les responsables allemands se sont également montrés alarmistes hier et ont durci le ton vis-à-vis de la Russie. Le chef de l’État Frank-Walter Steinmeier a estimé que Moscou portait « la responsabilité » d’un risque de « guerre » en Europe. Auparavant, une source gouvernementale allemande, sous couvert d’anonymat, avait jugé la situation « critique » et « très dangereuse ».
Le chancelier Olaf Scholz, attendu aujourd’hui à Kiev et demain à Moscou, a lui prévenu que les sanctions occidentales à l’égard de la Russie prendraient effet « immédiatement » en cas d’invasion de l’Ukraine par Moscou. Moscou « n’en a rien à foutre » des risques de sanctions occidentales, avait prévenu sans ambages quelques heures plus tôt l’ambassadeur russe en Suède, l’expérimenté diplomate Viktor Tatarintsev, dans un entretien au journal suédois Aftonbladet. Au contraire, a-t-il ajouté, « plus l’Occident fait pression sur la Russie, et plus forte sera la réponse russe ». La Russie s’est par ailleurs dit « inquiète » de la « relocalisation » de personnel de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui étaient jusqu’ici en Ukraine.
L’OSCE, qui réunit une soixantaine de pays, dont les États-Unis, la Russie et les principaux pays d’Europe de l’Ouest, est un forum chargé de favoriser le dialogue et la coopération entre tous sur les questions de sécurité. Moscou a accusé la mission de cette organisation sur place d’être « délibérément entraînée dans la psychose militariste fomentée par Washington et utilisée comme outil pour une éventuelle provocation » via des retraits de personnel.
Assurances suspendues
Samedi, un avion de la compagnie ukrainienne SkyUP reliant Madère, au Portugal, à Kiev a dû atterrir à Chisinau, en Moldavie, le propriétaire de l’avion ayant interdit son entrée dans l’espace aérien ukrainien. Toujours selon SkyUP, les grandes compagnies d’assurances ont informé samedi les transporteurs aériens ukrainiens qu’elles suspendaient l’assurance des avions pour les vols dans l’espace aérien de l’Ukraine pendant 48 heures en raison des risques accrus d’hostilités. « Nous avons temporairement suspendu la vente des billets pour les vols du 14 au 16 février 2022 », a souligné le PDG de SkyUP Dmitro Serooukhov.
Le gouvernement ukrainien admet que le problème pourrait venir des assureurs. « L’Ukraine est prête à soutenir les transporteurs aériens et les décisions gouvernementales nécessaires seront prises prochainement », a pour sa part déclaré Kyrylo Timochenko, adjoint au chef de l’administration présidentielle. « Si nécessaire, l’État assurera le retour de tous les citoyens ukrainiens de l’étranger », a déclaré le ministre des Infrastructures Oleksandre Koubrakov.
Source : AFP


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