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Culture - Entretien

Laura Lahoud : Le Festival al-Bustan ne s’arrête pas, c’est une question d’amour envers le Liban

C’était inespéré, c’était un pari fou, mais le Festival al-Bustan fera retentir (à nouveau) sa musique éclectique du 16 février au 13 mars. Entre concerts, master classes et autres événements, cette 28e édition, baptisée « Reconnect », est au final un geste de résistance. Un cadeau offert au Liban, comme l’avait voulu sa fondatrice Myrna Boustani lorsqu’elle a fondé le festival en 1994. Sa fille, Laura Lahoud, en parle à « L’Orient-Le Jour » .

Laura Lahoud : Le Festival al-Bustan ne s’arrête pas, c’est une question d’amour envers le Liban

Laura Lahoud : « Lorsque nous avons approché les artistes pour qu’ils participent à cette édition du festival, tous sans exception ont répondu présent. Ils recherchent la chaleur du public libanais. » Photo Michel Sayegh

Pourquoi avoir choisi le thème «Reconnect» (reconnecter) pour cette 28e édition du festival ?

Le Festival al-Bustan a été contraint, l’an dernier et pour la première fois en 28 ans, d’annuler l’une de ses éditions à cause de la pandémie de Covid-19. Pour notre reprise cette année, le thème festival « Reconnect », somme toute très simple, nous est venu presque comme une évidence tant ce terme évoque une invitation à nous reconnecter avec le public, avec les artistes, avec la musique, mais aussi et surtout avec nous-mêmes. D’autant que ces deux dernières années ont été pour nous tous, Libanais et autres, une parenthèse de repli sur soi et de solitude en quelque sorte. Bien sûr que tout au long de la pandémie, il y a eu des multitudes d’évènements et de concerts qui se sont tenus en ligne ; c’était une manière de continuer à faire rêver les gens confinés chez eux, mais aussi de permettre aux artistes de produire leur art. Sauf que ces moments de retrouvailles physiques autour de la musique ont un supplément d’âme particulier, et c’est cela même que cette édition du festival promet. Et lorsqu’on parle de retrouvailles, on pense aussi et surtout à celles avec les artistes et musiciens qui nous accompagnent depuis des années et qui sont presque devenus la famille du Festival al-Bustan. Cette année encore, ils ne manquent pas à l’appel. Quel plus beau moyen de se reconnecter qu’à travers la musique ?

Du 16 février au 13 mars, le Festival al-Bustan fera retentir (à nouveau) sa musique éclectique. Photos DR

On imagine que cette décision de reprendre a dû s’accompagner d’innombrables défis…

Entre les problèmes financiers, la crise de l’électricité et, plus globalement, le climat d’incertitude qui plane sur le pays, cela pouvait sembler fou de maintenir le festival. Mais à chaque fois qu’un artiste ou un adepte de nos concerts nous demande, inquiet, si l’on compte continuer ou pas, on se dit qu’il est simplement impossible de nous arrêter. Surtout que, par-delà les concerts, que ce soit pour les musiciens ou le public, le Festival al-Bustan est devenu un rituel que l’on attend d’année en année. Cela dit, le défi le plus important reste de pouvoir couvrir nos frais tout en permettant à un large public d’assister à nos représentations. Le but n’est pas d’organiser un festival pour les plus privilégiés, mais plutôt de le rendre accessible au plus grand nombre de personnes possible. C’est la raison pour laquelle nous avons unifié le prix des billets, fixé à 350 000 LL, pour tous les soirs.

Qu’est-ce qui vous motive à maintenir le festival malgré tout ?

Lorsque ce festival a été fondé en 1994 par ma mère qui est une passionnée de musique classique, elle voulait en faire cadeau au Liban, spécialement après les années de guerre que le pays avait traversées. Le Festival al-Bustan, en somme, a toujours été comme une mission, et, aujourd’hui plus que jamais auparavant, il nous paraît impensable d’y mettre fin. Notre motivation, c’est aussi et beaucoup les relations que nous avons tissées au fil des années avec les artistes dont la plupart sont déjà venus au Liban et qui ont conscience de l’importance de leur présence ici cette année. Lorsque nous les avons approchés pour qu’ils participent à cette édition du festival, tous sans exception ont répondu présent. Ils recherchent la chaleur du public libanais. La soprano libano-canadienne Joyce el-Khoury et le violoncelliste français Victor Julien-Laferrière ont généreusement accepté de donner des master classes de musique au Crystal Garden de l’hôtel al-Bustan (les 17 et 18 février, et le 8 mars, respectivement). Le 23 février, la chef d’orchestre vénézuélienne Glass Marcano rencontrera des étudiants libanais pour une discussion autour de la musique. Tout cela pour dire que ce festival est en fait une question d’amour et d’amitié, notre amitié avec ces artistes et d’amour envers le Liban. Le 1er mars, le pianiste Boris Berezovksy offrira un concert en faveur du Cancer Support Fund qui se tiendra à l’AUBMC.

Comment décririez-vous la programmation de cette édition et quels seront, à votre avis, les moments forts ?

C’est une programmation éclectique qui contiendra plusieurs influences musicales, du classique à l’oriental (avec Oumeima el-Khalil, le 11 mars), et qui comportera plus que des simples concerts musicaux, car nous organisons également des performances et ce que nous appelons des side events, comme des master classes, des conférences au musée Sursock, et même un concert dans la rue par le bandonéoniste Mario Stefano Pietrodarchi et un quintette de jeunes musiciens anglais. Le festival s’ouvrira le 16 février avec la soprano Joyce el-Khoury, donc, suivie de Mario Stefano Pietrodarchi qui, grâce au festival, s’est lié d’amitié avec Khaled Mouzannar qui participera à ses deux représentations. Parmi les moments forts, le 22 février, c’est une représentation particulière où se mêleront une performance de l’artiste Alaa Minaoui, qui lira des extraits de témoignages liés à la double explosion du 4 août, une improvisation au piano de Vladimir Kurumilian et, en même temps, des dessins de l’artiste Ahmad Amer. Trois amis du festival reviennent cette année aussi, la pianiste Khatia Buniatishvili, qui présentera son album Labyrinthe le 24 février ; le pianiste Boris Berezovksy, qui proposera deux concerts différents les 2 et 3 mars ; ainsi que le violoniste Renaud Capuçon, dont l’une des deux représentations (celle du 6 mars) se tiendra en faveur du programme éducatif Forsa de l’ONG Beit el-Baraka. Enfin, le 25 février, c’est l’Orchestre philarmonique qui se produira sous la direction de la chef d’orchestre vénézuélienne Glass Marcano. C’est un événement important et un rappel que notre orchestre, qui perd de plus en plus de ses membres, doit être soutenu. Je dirais qu’il s’agit d’un échange entre les artistes et le public, de moments de bonheur partagés, en proximité avec les artistes, dans un cadre intime.

Pensez-vous que la musique ait encore son rôle à jouer alors que l’on est au plus bas ?

S’il y a peut-être une chose qui peut apaiser nos peines et nos angoisses au milieu de la tempête que le pays traverse, c’est bien l’art et la musique plus précisément. C’est dans ces moments, où notre sensibilité est exacerbée, que la musique vient nous soulager et, j’espère, nous faire rêver. Les Libanais qui ont l’impression d’être otages de cette crise en ont besoin plus que jamais. Ce que nous faisons, c’est une manière de résister, de préserver l’identité culturelle du Liban. Rien que pour ça, nous ne nous arrêterons pas.


Pourquoi avoir choisi le thème «Reconnect» (reconnecter) pour cette 28e édition du festival ? Le Festival al-Bustan a été contraint, l’an dernier et pour la première fois en 28 ans, d’annuler l’une de ses éditions à cause de la pandémie de Covid-19. Pour notre reprise cette année, le thème festival « Reconnect », somme toute très simple, nous est venu presque comme...

commentaires (2)

Merci Laura pour ta persévérance

Janine Maamari

20 h 35, le 21 février 2022

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Commentaires (2)

  • Merci Laura pour ta persévérance

    Janine Maamari

    20 h 35, le 21 février 2022

  • BRAVO!

    Marie Claude

    10 h 15, le 27 janvier 2022

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