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L’imparfait du Futur

Affronter ou non l’électorat, lors de la consultation du printemps prochain? Démobiliser les partisans et sympathisants ou bien parrainer des candidatures de fidèles évoluant sous des étiquettes new-look ? En bref, être ou ne pas être, dans cette véritable mare au diable qu’est la scène politique libanaise ?


En attendant d’être officiellement levés, les doutes qu’a laissé planer Saad Hariri sur la continuité de son parti – et même sur le cours de sa propre carrière – n’étaient pas sans évoquer l’existentielle interrogation du personnage de Hamlet, cet autre fils de monarque assassiné s’évertuant, mais en vain, à réparer les coups du sort. Singulière situation, en vérité, cruelle ironie que celle où l’on voit un dirigeant de premier plan sur le point de proclamer le confinement, sinon l’entrée en coma électoral, de sa propre formation, frappée pourtant du sceau du Futur. Les détracteurs de l’ex-Premier ministre ne manqueront sans doute pas de voir dans un aussi peu glorieux sabordage l’épilogue prévisible de l’itinéraire d’un enfant gâté : l’ultime caprice d’un fils prodigue qui a réussi à dilapider le colossal patrimoine politique et financier hérité de son géniteur. On s’accordera néanmoins sur un point, à savoir le divorce totalement consommé, définitif, irrévocable, prononcé contre son ancien protégé par l’Arabie saoudite, ce royaume qui a vu éclore la fortune matérielle, et ensuite politique, des Hariri. La décret semble se doubler, de surcroît, d’une consigne d’isolement, le répudié se voyant pratiquement interdire de défendre plus longtemps les couleurs du sunnisme libanais, pour avoir fait montre de faiblesse et d’indécision, face à l’irrésistible montée en puissance du Hezbollah chiite.


Si elles devaient se confirmer comme tout le laisse croire, ces mesures seraient l’aboutissement naturel des surréels événements de 2017 où l’on vit les Saoudiens rudoyer, humilier, insulter, séquestrer corps et biens et enfin contraindre à démissionner sous l’œil vigilant des caméras un chef de gouvernement libanais en exercice. Hariri ne retrouvait sa liberté que grâce à une prompte et énergique intervention du président français Emmanuel Macron ; mais il lui restait encore à digérer les hypocrites cris d’indignation et protestations de solidarité nationale que s’égosillaient à lui dédier entre-temps ses adversaires locaux…


Quoi qu’il en soit, que c’est un sabre à double tranchant que l’Arabie de l’aventureux MBS vient peut-être d’abattre sur le disgracié, rentré jeudi au pays au terme d’une de ses fréquentes absences. Comme la quasi-totalité des partis libanais, le courant du Futur a certes vu baisser sa cote de popularité, au gré de la vaste contestation initiée en octobre 2019. De son propre aveu, Hariri lui-même n’a pas échappé à cette désaffection ; car si son net penchant pour l’apaisement est susceptible de faire honneur à un homme d’État soucieux, avant tout, de paix civile, l’abus de compromis peut s’avérer désastreux pour l’ascendant d’un chef politique se posant aussi en chef de communauté.


Toujours est-il que le Futur demeure, et de loin, la première formation politique sunnite du Liban et qu’il compte dans ses rangs plus d’un vétéran capable de tenir la barre durant le congé sabbatique auquel pourrait se résoudre le pilote actuel. En dépit de ses nombreuses failles et de ses attaches historiques avec le royaume wahhabite, ce courant représente surtout l’expression la plus large en termes d’audience, la mieux structurée, d’un islam modéré, d’un sunnisme partisan acharné du dogme de la parité islamo-chrétienne et qui d’ailleurs s’est donné pour slogan un fort bienvenu Liban d’abord. Que ce sunnisme de partage, d’ouverture et de modernité soit affaibli par ses propres parrains étrangers serait non seulement absurde, mais totalement contre-productif. Car l’on n’aurait fait que provoquer un catastrophique déséquilibre national, pour le plus grand bénéfice de l’Iran.


Chercher à dénaturer le Futur, à en faire un Hezbollah sunnite faisant pièce à l’original ou le mettre à la ferraille : c’est la dernière folie de MBS.


Issa GORAIEB

[email protected]


Affronter ou non l’électorat, lors de la consultation du printemps prochain? Démobiliser les partisans et sympathisants ou bien parrainer des candidatures de fidèles évoluant sous des étiquettes new-look ? En bref, être ou ne pas être, dans cette véritable mare au diable qu’est la scène politique libanaise ? En attendant d’être officiellement levés, les doutes qu’a laissé...