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Culture - Film

Et vous, auriez-vous dévoilé les secrets de votre portable ?

En moins de 24 heures après son très attendu lancement le jeudi 20 janvier sur Netflix, la version arabe de « Perfect Strangers », « Ashab Wala Aazz », se classait en tête du top 10 des films les plus vus sur la plateforme au Liban et en Égypte. Un succès remarquable signé Wissam Smayra, qui a réussi la gageure de donner une saveur particulière au film original de Paolo Genovese après plus d’une dizaine de versions internationales.

Et vous, auriez-vous dévoilé les secrets de votre portable ?

Un casting très attrayant et réussi regroupe Nadine Labaki, Georges Khabbaz, Diamand Abou Abboud, Adel Karam, Mona Zaki, Eyad Nassar et Fouad Yammine. Rudy Bou Chebel /Netflix © 2021 Netflix, Inc.

Des amis de longue date qui se connaissaient depuis les bancs de l’école ou de l’université, qui connaissent par conséquent les moindres petits détails de leur vie privée et qui ont su intégrer à leur groupe fermé leurs épouses respectives qui sont devenues à leur tour complices. Ces amis-là se connaissent-ils vraiment ? Ou est-ce simplement un simulacre ? Un trompe-l’œil ? C’est en acceptant de se prêter à un jeu, lors d’un dîner organisé par l’un des couples du film que les masques vont tomber. Ce soir n’est pas un soir ordinaire. C’est une nuit d’éclipse lunaire, laquelle, dit-on, perturbe le rythme circadien et provoque des insomnies. C’est surtout la nuit où l’éveil sur certaines réalités va s’opérer pour ces trois couples formés de Nadine Labaki-Georges Khabbaz, Diamand Abou Abboud-Adel Karam, Mona Zaki-Eyad Nassar, ainsi que Fouad Yammine, l’ami célibataire supposé venir avec sa copine.

L’affiche de la version arabe de « Perfect Strangers » réalisé par Wissam Smayra. Photo DR

Le portable, cette boîte noire

Pour Wissam Smayra, le défi était grand. Entrer avec un premier long métrage dans la cour du grand Netflix n’était pas une mince affaire pour un réalisateur venu du monde de la publicité. Même avec 400 clips publicitaires et une expérience dans le monde arabe notamment avec le milieu cinématographique égyptien. S’attaquer au récit de Paolo Genovese avec en amont des adaptations coréenne, turque, française ou autres, peut décourager un metteur en scène ou au contraire le stimuler. Pour Smayra, il est évident que « l’avantage d’avoir réalisé ce film après une dizaine de remakes, c’est que si on fait bien notre devoir, on sait quels sont les pièges à éviter dans l’histoire. Or, ayant vu plusieurs versions asiatiques et européennes, j’ai pu éviter les écueils et savoir distinguer les récits non crédibles et non adaptables à notre culture. Je pense avoir réussi à donner ma propre touche et notre saveur arabe, tout en restant très fidèle au scénario original italien. »

Pour mémoire

Un casting de rêve pour des « Perfect Strangers » arabes

En effet, ce qui fait le charme de Ashab Wala Aaz, qui accroche et vous tient en haleine jusqu’à la fin, ce n’est pas tant l’histoire dont beaucoup de cinéphiles connaissent le déroulement et la fin – ce jeu qui consiste à ce que chaque appel, SMS, mail ou message Facebook soit partagé avec les personnes présentes au dîner et qui tourne vite au piège –, mais le traitement de ce récit. Jeudi soir, plusieurs milliers de téléspectateurs étaient scotchés à l’écran pour voir cette adaptation. Wissam Smayra allait-il relever le défi et savoir trouver la saveur adéquate à Ashab Wala Aaz ?

Toute vérité n’est pas bonne à dire, pourrait être le sous-titre de « Ashab Wala Aazz ». Rudy Bou Chebel /Netflix © 2021 Netflix, Inc.

La touche particulière…

Effectivement, il a d’abord réussi à choisir les couples harmonieusement, à les faire cliquer ensemble ainsi qu’à reproduire une véritable complicité entre les femmes d’une part et les hommes de l’autre. Avec une première écriture avec Gabriel Yammine, qui a dû quitter le projet à cause de problèmes de santé, suivie d’une écriture solo avec des retours des producteurs (Empire International, Film Clinic et Front Row) qui étaient en continuel dialogue avec le réalisateur, un scénario bien ficelé et dynamique a vu le jour. « Cela m’a pris un an d’écriture. J’écrivais durant la Thaoura. Je descendais dans la rue, et je revenais écrire. » Puis vint le coronavirus, se souvient Wissam Smayra qui avoue que le confinement l’a beaucoup aidé à peaufiner chaque personnage. « Je parlais avec chaque acteur tout seul. Il fallait qu’il ou elle conceptualise leur histoire jusqu’au moindre détail. On a fait beaucoup de lectures ensemble et on réadaptait à chaque fois. Il fallait que je les entende parler. D’autre part, le couple égyptien était nécessaire pour les producteurs pour donner cette identité arabe au film et afin qu’on puisse s’exporter et qu’on ait un échange avec le monde arabe. Eyad Nassar a été la grande surprise du film. Sa performance est le moins qu’on puisse dire excellente. » La saveur arabe du film est retransmise, elle, par le choix des plats à table. On peut ainsi apercevoir la « mouloukhié bil araneb » à l’égyptienne, les pommes de terre au four saveur « zaatar », la « mhallabié », mais pas que. Le comportement des personnages traduit la société dans laquelle ils vivent : l’énorme respect de l’Égyptien pour sa mère, les mots employés issus d’une certaine culture, mais aussi le comportement de chacun par rapport au sexe, à l’homosexualité, à l’éducation des enfants qui ne peuvent être que le fruit d’une certaine société arabe. « On a traité des sujets avec beaucoup de finesse pour que ce soit crédible. D’une manière cool mais pas trop comme à l’occidentale. »

C’est donc avec une formidable équipe de techniciens de l’image au son en passant par le montage que ce film a été construit. Le chef op tunisien Sofiane el-Fani – à son actif La vie d’Adèle et Timbuktu pour lequel il a eu un César – était au courant de tout ce qui se passait entre les deux pièces. « Il y avait un aller-retour sans travelling, en pianotant simplement la caméra, toujours à l’épaule », avoue Smayra qui dit avoir aboli le trépied. « Pendant 20 jours de tournage, j’ai exigé la caméra à l’épaule. D’ailleurs, nous sommes la seule version à avoir fait cela. Je voulais qu’on oublie la caméra. » Grâce à cette image, le spectateur se retrouve dans le film, parmi ces amis qui se chamaillent, s’aiment et se rejettent. Quant à la musique, elle est signée Khaled Mouzannar qui n’a pas fait que « remplir des moments » mais a donné un caractère à la bande sonore. Enfin Sherine Debs qui a travaillé sur les publicités avec Smayra et dont c’était le premier long métrage, a assuré après 7 mois un montage bien ciselé, donnant à voir un film au langage artistique élaboré.Faites vous donc inviter chez Netflix à la table de Wissam Smayra (si ce n’est déjà fait) et n’oubliez pas de laisser vos portables bien verrouillés.


Des amis de longue date qui se connaissaient depuis les bancs de l’école ou de l’université, qui connaissent par conséquent les moindres petits détails de leur vie privée et qui ont su intégrer à leur groupe fermé leurs épouses respectives qui sont devenues à leur tour complices. Ces amis-là se connaissent-ils vraiment ? Ou est-ce simplement un simulacre ? Un trompe-l’œil ?...

commentaires (2)

Merci pour cet article intéressant qui nous renvoie dans les coulisses du tournage de cet excellent Film et qui nous dévoile les étapes de son élaboration. En effet, "le casting de rêve", le brio des acteurs ainsi que l'adaptation du scénario et du dialogue à notre culture, font de ce "huis clos" une ambiance particulière et familière dans laquelle baigne agréablement le spectateur. Bravo à Wissam Smayra qui, par ce premier long métrage, a réussi un coup de Maître.

Rose Marie Chahine

10 h 00, le 23 janvier 2022

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Commentaires (2)

  • Merci pour cet article intéressant qui nous renvoie dans les coulisses du tournage de cet excellent Film et qui nous dévoile les étapes de son élaboration. En effet, "le casting de rêve", le brio des acteurs ainsi que l'adaptation du scénario et du dialogue à notre culture, font de ce "huis clos" une ambiance particulière et familière dans laquelle baigne agréablement le spectateur. Bravo à Wissam Smayra qui, par ce premier long métrage, a réussi un coup de Maître.

    Rose Marie Chahine

    10 h 00, le 23 janvier 2022

  • Merci pour cet article intéressant qui nous renvoie dans les coulisses du tournage de cet excellent Film et qui nous dévoile les étapes de son élaboration. En effet, "le casting de rêve", le brio des acteurs ainsi que l'adaptation du scénario et du dialogue à notre culture, font de ce "huis clos" une ambiance particulière et familière dans laquelle baigne agréablement le spectateur. Bravo à Wissam Smayra qui, par ce premier long métrage, a réussi un coup de Maître.

    Rose Marie Chahine

    10 h 00, le 23 janvier 2022

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