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Société - Vient de paraître

Le Grand Liban entre intention et vécu

Dans un ouvrage intitulé « La France et le Liban 1920-2020 », l’historien Michel Chehdan-Khalifé analyse les sources du projet mandataire et l’avenir du Liban.

Le Grand Liban entre intention et vécu

La couverture de l’ouvrage.

Qui sommes-nous ? En créant le Liban, quelles étaient les intentions de la France, puissance mandataire ? Entre l’intention et le vécu, quels sont les écarts ? C’est à ces anciennes questions toujours actuelles que tente de répondre Michel Chehdan-Khalifé, chercheur libanais installé en France, dans son livre La France et le Liban 1920-2020, cent ans de solidarité qui vient de paraître aux éditions L’Harmattan*.

« En consultant les archives du ministère des Affaires étrangères à Paris, affirme l’historien à L’Orient-Le Jour, j’ai découvert que le but principal de la France, lors de la création du Liban en 1920, était de constituer, en tant que protectrice des chrétiens d’Orient et patrie des droits de l’homme, “un bastion des minorités ethniques et religieuses” sous la forme d’un “État-refuge” au Moyen-Orient. »

« Pour la France, ajoute l’auteur, le fait d’élargir le Mont-Liban en Grand Liban avait aussi pour principal objectif de conserver, pour l’Occident, un “foyer chrétien” sous sa surveillance, où vivraient chrétiens et musulmans – mais où une influence plus marquée serait accordée aux chrétiens à travers la présidence de la République. »

Les archives du Quai d’Orsay

C’est par le biais des droits de l’homme que la IIIe République anticléricale s’intéressait au Liban et aux chrétiens d’Orient, précise en substance Michel Chehdan-Khalifé. Il souligne que le Liban a été pensé pour toutes les minorités, y compris chiite et druze, avec une sorte de prééminence pour les chrétiens. « La France, soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal, avait affirmé Clemenceau, dans une envolée célèbre, après la victoire de 1918 », rappelle-t-il.

Le « foyer » chrétien envisagé, ajoute l’historien, sera maintenu en dépit de la protestation de certaines personnalités musulmanes qui, selon les archives du Quai d’Orsay, réclamaient dès 1931 la présidence de la République libanaise, au nom d’une supériorité numérique qui se reflétait dans la collecte des impôts, provenant aux trois quarts des musulmans, selon eux. Pour ne pas renforcer cette logique, le recensement de la population en 1932 ne se répétera plus.

Des interviews avec tous les ambassadeurs

Originaire de Batroun, Michel C.-Khalifé rêvait d’enseignement, une occupation qu’il tient toujours pour être « le plus noble des métiers ». Mais des circonstances particulières, notamment économiques, l’arrachent à son rêve et le forcent à s’expatrier. Marié à une Française, il cumulera son travail de journaliste avec celui de conseiller de presse à l’ambassade du Koweït, avant de prendre sa retraite et de se consacrer à l’écriture.

L’ouvrage, une thèse doctorale, repose essentiellement sur les archives du Quai d’Orsay et des interviews de responsables politiques et diplomatiques français. L’auteur tient ainsi pour « une chance » d’avoir pu s’entretenir avec tous les ambassadeurs de France au Liban, de 1943 jusqu’au début de la guerre civile en 1975, du comte Armand de Chayla jusqu’à l’ambassadeur Hubert Argot.

« Ces interviews, se félicite-t-il, apportaient des faits non connus. L’une de mes grandes surprises fut la découverte d’un rapport de synthèse, élaboré après l’indépendance du Liban par des proches du général de Gaulle, qui considérait la revendication d’indépendance de la part des chefs maronites comme “une trahison” dont il fallait tirer les conséquences, d’autant plus que cette revendication survient en pleine occupation allemande de l’Hexagone. »

« Il me faut également citer la tentative du général de Gaulle de fonder une université laïque française à Beyrouth pour attirer les musulmans du Moyen-Orient qui, voulant éviter l’Université Saint-

Joseph (USJ) à visage chrétien en raison de la présence des jésuites, lui préféraient l’Université américaine (AUB). »

Une sombre vision d’avenir

Sur l’avenir du Liban, l’historien est plutôt pessimiste. « Le désaccord et la déchirure entre chrétiens et musulmans à propos des Palestiniens furent à l’origine de la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, qui a propulsé les chiites avec leur milice, le Hezbollah, sur le devant de la scène politique, dit-il. Dans ma conclusion, je souligne que le Liban d’aujourd’hui, tiraillé entre deux puissances adversaires, l’Iran des chiites et l’Arabie saoudite des sunnites, pourrait se scinder en deux ou en plusieurs entités fédérées, comme ce fut le cas au XIXe siècle, où il a été divisé trois fois en deux décennies. »

Il ajoute : « Je pense que la lutte entre les chiites et les sunnites va s’intensifier, non seulement autour du nucléaire iranien, que redoutent les sunnites, mais aussi parce que, pour la première fois dans l’histoire de l’islam, les deux capitales arabes qui constituaient les piliers du sunnisme – Damas et Bagdad – sont sous la domination des chiites, ce qui est perçu comme humiliant et insupportable par les sunnites. »

À l’histoire de vérifier ou d’infirmer la crédibilité de ce pronostic, à l’heure même où certains souhaitent engager un dialogue national sur la décentralisation administrative et financière au Liban.

*« La France et le Liban 1920-2020 », Michel Chedan-Khalifé, éditions L’Harmattan, version e-book disponible.


Qui sommes-nous ? En créant le Liban, quelles étaient les intentions de la France, puissance mandataire ? Entre l’intention et le vécu, quels sont les écarts ? C’est à ces anciennes questions toujours actuelles que tente de répondre Michel Chehdan-Khalifé, chercheur libanais installé en France, dans son livre La France et le Liban 1920-2020, cent ans de solidarité qui vient de...

commentaires (2)

Je veux essayer de l’acheter par Amazon car en Italie on trouve pas des livres français

Eleni Caridopoulou

12 h 31, le 20 janvier 2022

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Commentaires (2)

  • Je veux essayer de l’acheter par Amazon car en Italie on trouve pas des livres français

    Eleni Caridopoulou

    12 h 31, le 20 janvier 2022

  • Excellent article qui résume, consciemment ou inconsciemment, ce que les Libanais les plus lucides savent. Oui le clan Maronite, particulièrement l'ambitieux Pierre Gemayel, a trahit ses protecteurs et la mère patrie, et pour quel résultat ? Il y avait le "Suicide français"écrit par Zemmour, il y a "le suicide Maronite" écrit par la Phalange, et "le suicide libanais" écrit par tous les traîtres au Liban même, de la gauche libanaise au Hezbollah (qui n'est que le symptôme d'un cancer en phase terminale dont il serait la tumeur) en passant par les partis sunnites tiraillés entre Ottoman et Arabes. Et au milieu les Melkites (Grec-orthodoxes et Grec-catholiques), les Druzes et les Arméniens qui subissent l'hégémonie des trois bien que représentant un quart des Libannais, mais probablement la véritable élite de ce pays

    Zahar Nicolas

    10 h 37, le 20 janvier 2022

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