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Culture - Jeune talent

Yara Asmar petite femme-orchestre

Musicienne et vidéaste-marionnettiste, Yara Asmar a un univers singulier. Tout en détournements d’instruments, de sons et de récits... Un univers où l’anxiété côtoie la poésie, les sonorités se jouent des instruments, les jouets intègrent le monde adulte, et vice versa. Portrait.

Yara Asmar petite femme-orchestre

Le public captivé par la performance musicale de Yara Asmar dans les ruines de Deir elQalaa.

Elle est venue, ou plutôt revenue, à la musique par le biais d’un accordéon, celui de sa grand-mère, déniché il y a cinq ans dans le grenier de la maison familiale. À l’époque, étudiante en journalisme et réalisation à l’Université de Balamand, Yara Asmar se sentait un peu perdue. « D’ailleurs, je le suis toujours », signale-t-elle. Avant d’ajouter mi-figue, mi-raisin : « C’est la seule constante de ma vie. » Cela faisait quelques années qu’elle avait arrêté les cours de piano qui avaient occupé une décennie de sa jeune existence, et cet instrument surgi des années 1960 va aussitôt la réconcilier avec les notes, au point de devenir rapidement le point d’ancrage de tous ses « bidouillages créatifs ». Elle commence alors à l’utiliser comme fond musical dans les courtes vidéos qu’elle réalise avant d’en faire l’élément central de ses compositions de musique expérimentale.

Yara Asmar, une jeune musicienne de 25 ans à l’univers empreint d’une extrême sensibilité. Photo Ryan D. Georgi

« Lost in the Right Direction »

C’est à l’occasion de la cérémonie de clôture de l’exposition « Lost in the Right Direction », organisée par AD Leb à Deir el-Qalaa, que L’OLJ a découvert le talent de cette petite brune gracile qui, tout en maniant un accordéon vintage presque plus grand qu’elle, faisait glisser l’archet d’un violon sur les… lamelles d’un métallophone. Une performance au cours de laquelle elle dévoilait une surprenante aptitude à jouer les femmes-orchestres, s’adonnant également aux synthétiseurs dont elle augmentait les sonorités par des « loopings » sur cassette audio ainsi que par des notes tirées simultanément d’un bric-à-brac d’objets et de jouets. Ceux-ci allant de la classique boîte musicale au piano pour enfant qu’elle avait déconstruit pour mieux faire danser des baguettes de percussionniste sur les cordes découvertes.

Durant une trentaine de minutes, Yara Asmar a ainsi offert au public présent sur le site une prestation extrêmement subtile. Difficile à décrire. Mélange de nappes de sons « ambiants » et de bruitages délicats, son jeu a diffusé un climat musical d’une douce mélancolie, flirtant par moments avec le suspense et le mystère. Et faisant jaillir, d’entre les pierres ancestrales, les chapiteaux antiques ou encore les mosaïques byzantines ponctuant ce lieu chargé d’histoire, des sonorités que l’on aurait dit gorgées du passage du temps et du murmure des âmes envolées…

Yara Asmar se produisant dans les ruines de Deir el-Qalaa. Photo Ryan D. Georgi

Le temps, ce marionnettiste…

D’une extrême sensibilité, cette jeune musicienne de 25 ans est une nouvelle venue sur la scène musicale alternative et expérimentale. Et si les résonances qu’elle tire du mélange d’instruments, d’objets et de jouets qu’elle utilise de manière détournée séduisent, ils n’en témoignent pas moins d’une certaine anxiété existentielle. « Je suis en permanence dans un état de chaos », avoue cette artiste polyvalente à la fois musicienne et créatrice de marionnettes dont elle se sert dans les courtes vidéos qu’elle réalise.De multiples casquettes qu’elle endosse tour à tour, au fil de sa créativité versatile, sans s’en revendiquer d’aucune.

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« Je ne me considère pas vraiment comme une réalisatrice, ni comme une musicienne ni même vraiment comme une vidéaste », confie la jeune femme qui enseigne pourtant la vidéo art à l’Université Antonine. Elle ne se définit pas non plus comme une marionnettiste traditionnelle. Puisque les personnages qu’elle façonne s’adressent plus dans leur format et leur propos aux adultes qu’aux enfants. « Mes personnages sont aux antipodes du positivisme naïf qui enrobe l’univers de la petite enfance. Ils démystifient en fait les valeurs de gentillesse sucrée que véhiculent les émissions pour enfants, et qui se révèlent rapidement chimériques et incompatibles avec la vraie vie. C’est ce leurre des premières années que je dénonce à travers mes séquences vidéo de marionnettes, qui parlent beaucoup d’ailleurs du temps, de son impact angoissant, de la prison et de l’ennemi qu’il s’avère être souvent », avance Yara Asmar pour tenter d’expliquer son univers intérieur plus sombre que prévu.

Un « Kid Show » pour adultes

Un univers où, on l’aura compris, l’anxiété côtoie la poésie, les sonorités se jouent des instruments, les jouets intègrent le monde adulte, et vice versa. Autant de singularités qui font le talent particulier de cette jeune artiste bidouilleuse de sons, de récits et d’atmosphères, qui commence à se faire connaître. Outre sa première performance solo à Deir el-Qalaa et la projection de ses vidéos dans le cadre du 21e Festival du film européen, elle va présenter le 20 janvier au Metro al-Madina son « Kid Show for Adults », dit-elle. Un spectacle dans lequel elle recompose à sa manière, en les détournant, les génériques des émissions pour enfants qui ont fait les beaux jours de la télé libanaise et forgé une sorte d’inconscient collectif chez les jeunes téléspectateurs. Avis aux curieux : l’entrée est libre, à 21h.


Elle est venue, ou plutôt revenue, à la musique par le biais d’un accordéon, celui de sa grand-mère, déniché il y a cinq ans dans le grenier de la maison familiale. À l’époque, étudiante en journalisme et réalisation à l’Université de Balamand, Yara Asmar se sentait un peu perdue. « D’ailleurs, je le suis toujours », signale-t-elle. Avant d’ajouter mi-figue,...

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