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Culture - Rencontre

« Dans l’icône, au lieu de faire des ombres, on fait les lumières »

La découverte des icônes de Léna Kelekian et de sa sœur Hilda Kelekian, à la galerie Aida Cherfan Fine Art jusqu’au 8 janvier 2022, plonge le visiteur dans un moment de spiritualité intense. Mais c’est dans son atelier que l’iconographe reçoit « L’OLJ » pour partager les secrets de son art.

« Dans l’icône, au lieu de faire des ombres, on fait les lumières »

Dans son atelier encombré de mille objets, Léna Kelekian peint et restaure des icônes de toutes sortes. Photo Michel Sayegh

Rencontrer une iconographe, c’est d’abord pénétrer l’univers de la foi. Un univers où trône le Christ en croix, le roi des rois ou le Christ Pantocrator, la Vierge et l’Enfant, la Vierge platytera ou la Vierge en orante (effectuant le geste antique de la prière les bras écartés et les mains ouvertes vers le ciel). Un univers que survolent les chérubins, les anges célestes et autres saints de l’Écriture. Pénétrer cet univers, c’est se remémorer la naissance de Jésus-Christ, la mise au tombeau, la Résurrection, et repasser en revue les 4 Évangiles, et la Bible et ses enseignements. D’aucuns pourraient croire que le silence et le recueillement seraient de mise, mais c’est méconnaître Léna Kelekian, l’iconographe aux mille facettes.

Elle parle huit langues, collectionne les dinosaures en résine et les minéraux qu’elle ramasse au gré de ses virées sur le terrain. Ses étagères ploient sous le poids de mille objets récoltés au cours de ses voyages. Entre les cuvettes, les cotons-tiges, les bâtonnets de bois, les spatules, les seringues, les ciseaux, les pinceaux, les brosses et les dizaines de planches en bois en attente d’être restaurées et de renaître, il faut pouvoir se frayer un chemin. Il suffit pour cela de se laisser guider par l’énergie, la chaleur et l’engouement de l’iconographe. Géologue, iconographe, muraliste, écologiste, restauratrice, mosaïste et artiste peintre, Léna Kelekian est farouchement croyante. « Je n’aurais pas pu faire ce métier si je ne l’étais pas », dit-elle. Léna Kelekian flirte avec les saints, connaît la Bible et les quatre Évangiles par cœur. Mais elle est aussi une femme qui avoue aimer chanter, sortir le soir, danser dans les boîtes de nuit, voyager et faire des rencontres. Une femme qui aime la vie, qui la porte en torche et qui l’honore. La rencontrer, c’est se laisser envoûter et, pourquoi pas, convertir ! On en ressort avec un sourire et une radieuse sérénité.

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Humble serviteur de Dieu

Pour avoir grandi dans un milieu qui encourageait les études scientifiques, hormis une mère musicienne et peintre à ses heures perdues, rien ne prédestinait Léna Kelekian à suivre une voie artistique. Son grand-père lui enseignait la science de la tectonique, et les secrets de la planète terre et ses multiples strates, et, enfant, elle collectionnait déjà des pierres et nourrissait son rêve de devenir géologue pour se plonger dans le domaine de la recherche. Après des études à l’Université américaine de Beyrouth, elle obtient son master en géologie et minéralogie, et suit en parallèle des cours d’architecture byzantine et islamique. Née dans une famille orthodoxe, entourée d’icônes et de fervents croyants, sa foi grandissait et sa devise dans la vie prenait forme: « L’homme est corps et âme, s’il faut nourrir son corps, il faut aussi nourrir son esprit par la prière pour être en harmonie avec soi-même et procurer du bonheur aux autres. Je voulais vraiment peindre des icônes, confie-t-elle, mais je ne savais pas comment apprendre cet art. » Elle se met à dessiner quand son grand-père lui présente un iconographe pour la guider, mais qui dit icônes dit forcément croyances et foi, et l’iconographe en formation obtiendra un DST en théologie. La vie met sur son chemin le père Antoine Lammen, restaurateur de réputation mondiale attaché aux Musées de France. Formée selon sa méthode, il la consultera pour réaliser des recherches sur les couleurs nécessaires à la restauration des icônes. Durant cinq années, elle étudie les minéraux et les pigments extraits pour les utiliser en peinture. Elle découvre 89 couleurs, apprend l’italien et le latin pour lire tous les livres sur le sujet, approfondit ses recherches pour établir quel minéral peut produire quel pigment (chaque minéral ayant son propre mode d’emploi), réalise des recherches sur le terrain, étudie les strates, traduit des livres du Ier siècle. Dans un programme de recherches à l’Université de Londres, 20 personnes sont sélectionnées pour visiter 4 pays, de l’Italie à la Grèce, en passant par l’Espagne et le Portugal. Elle fait partie de l’aventure pour étudier les fresques dans plus de mille églises, cathédrales et palais, et réaliser des restaurations. Elle travaille sur le dôme de Florence en tant que scientifique artiste, sur les azulejos, sur les tavole et sur la demeure de Vasco de Gamma. Elle obtient son PhD en Italie. En 1992, elle réalise sa première exposition. Aujourd’hui, Léna Kelekian est une iconographe accomplie forte de 15 années d’études et se positionne dans la vie comme l’humble serviteur de Dieu.

« La Vierge Theotokos protectrice du Liban » réalisée par Léna Kelekian. DR

« On ne peint pas une icône, on l’écrit »

Le terme « icône », du mot grec eikon signifiant « image », est généralement réservé à un dessin peint sur un panneau de bois. Le culte des images pieuses s’est développé à une époque où la majorité des fidèles ne savaient ni lire ni écrire. Ils ne connaissaient la Bible que pour l’avoir entendue récitée au cours des offices. Comme une image vaut mille mots, l’icône est devenue une source d’enseignement. « On ne peint pas une icône, on l’écrit, confie l’artiste, c’est comme si on écrivait un Évangile, et les icônes facilitent ainsi une meilleure compréhension des histoires bibliques. » Dans son atelier encombré de mille objets, elle peint et restaure des icônes de toutes sortes. « Le travail sur une icône, dit-elle, commence par une recherche d’éléments de la vie des personnages qui y sont représentés, trouver le plus de références possible, voir comment ont été réalisés les personnages dans l’icône et dans l’art à travers le temps. C’est à la fois chercher toutes les constantes des compositions, des couleurs, des proportions, et entrer un peu dans la communication avec le personnage qu’on représente. »

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Après 15 ans d’études à son actif, l’iconographe livre avec un bonheur évident les secrets du métier. « Peindre des icônes, c’est révéler l’essence de mon âme, déclare-t-elle d’emblée. Chaque image représentant un saint peut être considérée comme une icône, sauf que les icônes ont des techniques très strictes », précise-t-elle. D’abord réalisées sur une planche de bois, la tradition voudrait que le bois de tilleul soit le meilleur pour recevoir l’écriture d’une icône car ses fibres sont tendres et bien homogènes. « Mais toutes les essences sont convenables, il suffit que la planche ne soit pas en bois résineux, qu’elle soit bien sèche et exempte de tout nœud », précise Kelekian avant de détailler les étapes de la création. « D’abord, couvrir le bois de tarlatane (étoffe de coton), ensuite, appliquer un enduit blanc pour recevoir les couleurs ; dans le temps, c’était un ajout de blanc d’Espagne, appelé aussi blanc de Troye ou blanc de Meudon. De nos jours, le gesso prêt à l’emploi du commerce est très utilisé. Cet enduit permet de rendre la surface plus lisse, plus adhérente, tout en réduisant l’absorption de la peinture par le support. Sur les planches, on utilise la tempéra et l’huile, et pour les dorures, on utilise la feuille d’or. Chaque couleur, chaque détail iconographique sont significatifs, soutient-elle. Par exemple, le rouge symbolise la divinité et la royauté, alors que le bleu ou le vert renvoie au caractère humain. C’est pour cette raison que l’intérieur du Christ est rouge (sa nature divine) et l’extérieur bleu (car il s’est fait chair). Pour la Vierge, c’est le contraire, elle de nature humaine et s’est divinisée en tant que mère de Dieu. »

Kelekian ajoute que l’icône doit nécessairement être en deux dimensions, le visage ne peut avoir ni rondeurs ni formes en volume, mais doit être en aplat parce que les icônes, explique l’artiste, sont des fenêtres sur l’éternité. « Nous regardons un saint qui n’existe pas sur terre, mais au paradis, et nous, les humains, sommes mortels, donc en trois dimensions. Dans l’icône, la nécessité spirituelle rejoint la nécessité pratique. Avec le procédé utilisé, on ne peut pas aller vite. Dans ce monde qui va tellement vite, on prend du temps sans forcément savoir combien de temps le travail va durer. On va ainsi superposer les couches, souvent au nombre de treize, précise-t-elle en référence au Christ et à Ses disciples, ou quatre, en référence aux quatre Évangiles. Notre liberté est très réduite. Dans l’icône, au lieu de faire des ombres, comme on fait dans la plupart des techniques de peinture, on fait les lumières : on part du sombre et on va vers le plus clair. C’est comme si l’on reprenait des étapes de la création : on part de la terre informe dont est tirée ensuite toute la vie. C’est un moment de méditation. Chaque détail de travail semble avoir une signification philosophique, et si l’icône n’est pas signée, c’est typique d’un état d’esprit : on reçoit les œuvres du passé, l’histoire des personnages qui sont présentés, la beauté du monde, la prière, la demande de la personne à qui l’icône est destinée. On reçoit tout cela et on le transmet sur l’icône. On ne s’imagine pas peindre une icône, juste à partir de son inspiration, ça n’existe pas. Il m’arrivait souvent le lendemain, en regardant une œuvre terminée, de me poser la question : comment ai-je pu dessiner cela ? Comme si ma main était guidée par la main de Dieu. Peindre des icônes, c’est révéler l’essence de mon âme. » L’artiste, imprégnée par des années de pratique de son métier insolite, dégage un mélange de sagesse et d’émerveillement. « Peindre une icône, c’est comme tendre un fil dans le temps et dans l’espace, c’est pour moi une façon de me sentir présente au monde. L’icône est une recherche de paix en soi et de paix pour le monde. » Une pratique artistique qui rejoint ainsi sa philosophie de vie.

Aida Cherfan Fine Art Gallery, centre Starco, bloc B, centre-ville de Beyrouth.

Jusqu’au 8 janvier 2022, de 11h à 19h30.


Dans son atelier encombré de mille objets, Léna Kelekian peint et restaure des icônes de toutes sortes. Photo Michel Sayegh

L’icône et le drapeau libanais

Suite à la diouble explosion du 4 août 2020 et pour embrasser la douleur de tous les Libanais, Léna Kelekian fait le choix de confier le Liban à la Vierge Marie et réalise, avec l’accord du métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, Mgr Élias Audi, une icône de la Vierge intitulée « La Vierge Theotokos protectrice du Liban ». Dans ses bras, elle remplace la ceinture destinée à saint Thomas par le drapeau libanais comme dans un acte de foi, un cri de désespoir et une prière ultime. Une reproduction de l’icône a été envoyée au pape afin qu’il intercède auprès de Dieu pour sauver le Liban. L’originale est exposée à la galerie Aida Cherfan Fine Arts jusqu’au 8 janvier.

Rencontrer une iconographe, c’est d’abord pénétrer l’univers de la foi. Un univers où trône le Christ en croix, le roi des rois ou le Christ Pantocrator, la Vierge et l’Enfant, la Vierge platytera ou la Vierge en orante (effectuant le geste antique de la prière les bras écartés et les mains ouvertes vers le ciel). Un univers que survolent les chérubins, les anges célestes et autres saints de l’Écriture. Pénétrer cet univers, c’est se remémorer la naissance de Jésus-Christ, la mise au tombeau, la Résurrection, et repasser en revue les 4 Évangiles, et la Bible et ses enseignements. D’aucuns pourraient croire que le silence et le recueillement seraient de mise, mais c’est méconnaître Léna Kelekian, l’iconographe aux mille facettes. Elle parle huit langues, collectionne les dinosaures en résine et les...
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TRES INTERESSANT. MILLE BRAVO A LA DAME. ELLE EST SUPERBE ET SON TRAVAIL L,EST TOUT AUSSI.

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

13 h 56, le 04 janvier 2022

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Commentaires (1)

  • TRES INTERESSANT. MILLE BRAVO A LA DAME. ELLE EST SUPERBE ET SON TRAVAIL L,EST TOUT AUSSI.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    13 h 56, le 04 janvier 2022

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