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Les perles rosses

Tout comme la dinde de Noël, le réveillon gourmand du Nouvel An et les prédictions des voyants, il est un plat qui nous est rituellement repassé en cette saison de fêtes : la revue des évènements qui ont marqué les douze mois écoulés. Guerres, attentats, pandémies et catastrophes naturelles y côtoient forcément d’exaltants moments de la grande aventure humaine.

C’est un menu heureusement plus digeste que nous propose cette géniale invention qu’est le bêtisier : compilation des gaffes, bévues, bourdes et énormités étourdiment commises par des célébrités de la politique ou du show-biz. Car si le ridicule ne tue pas, c’est bien aux dépens de ses illustres victimes roulées dans la farine, que le bon peuple en vient, du moins, à mourir de rire. Or c’est bien de ce luxe rare, autant que de pain, de soins médicaux, d’éclairage, de chauffage et d’essence abordable, que sont cruellement privés les Libanais.

Non point, bien sûr, que les hommes qui nous gouvernent soient avares d’insanités, souvent proférées sur le ton le plus solennel ; le problème est que dans un pays réduit à la misère par ses propres dirigeants, ces sinistres guignols du verbe ne suscitent plus la dérision mais une sainte fureur. Ces escrocs au long passé de prévarications qui continuent de vous promettre des watts à gogo, vous les enverriez bien ainsi sur la chaise électrique, si seulement le courant voulait avoir l’obligeance de se manifester. C’est avec la même et impuissante rage que l’on entend les plus notoirement corrompus rivaliser d’éloquence pour appeler, sans ciller, à la lutte contre la corruption. Pour clôturer l’an 2021 en beauté, on aura vu un président de la République en bout de course s’assigner un programme qui était déjà de mise dès le premier jour de son mandat. Pour ne pas être en reste, un Premier ministre aura vu dans la milice qui a phagocyté l’Etat un parti libanais comme les autres. Et on se demande à quelle sorte de logique qui leur serait accessible il faudrait recourir pour dire leur fait à ces Martiens armés qui vous parlent d’indépendance et de souveraineté mais se vantent de manger dans la main de l’Iran. Qui usent de la provocation sectaire et crient eux-mêmes à la provocation. Qui réclament justice et, dans le même temps, menacent ouvertement les juges enquêtant sur la cataclysmique explosion de 2020 dans le port de Beyrouth.

Nos dirigeants ne se sont pas contentés d’appauvrir le peuple : à force de déraison à répétition, ils ont fini par l’abêtir lui-même, par le conditionner, l’acclimater, l’habituer à tous ces délires devenus partie intégrante du paysage national. Ces méchantes perles débitées à longueur d’année par les officiels, on ne sait plus trop, à la fin, dans quel dépotoir les caser. Un bêtisier libanais sans sel, sans humour, serait un véritable non-sens et, pour le coup, d’un mortel ennui. Un sottisier alors ? Un stupidier plutôt ? Un crétinier, un loufoquier, un absurdier ?

En désespoir de cause - et pour mieux le dire sans pour autant l’écrire en toutes lettres - on se décidera pour m…ier.


Tout comme la dinde de Noël, le réveillon gourmand du Nouvel An et les prédictions des voyants, il est un plat qui nous est rituellement repassé en cette saison de fêtes : la revue des évènements qui ont marqué les douze mois écoulés. Guerres, attentats, pandémies et catastrophes naturelles y côtoient forcément d’exaltants moments de la grande aventure humaine. C’est un menu...