Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Conférence

La petite histoire des hommes et femmes illustres ayant foulé le sol du Liban

Cléopâtre à Damour attendant le retour de Marc-Antoine, Saladin enfant jouant à Baalbeck, Tamerlan à Qannoubine assistant à une messe maronite et Guillaume II émerveillé par le site d’Héliopolis, sont racontés par Nohad Schoucair.

La petite histoire des hommes et femmes illustres ayant foulé le sol du Liban

Cléopâtre attendant Marc-Antoine à Damour. Photo illustrant la conférence de Nohad Shoucair

Conteur de grand talent et passionné d’histoire, Nohad Schoucair a donné il y a quelques jours, au Musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth, une conférence intitulée Personnages historiques ayant foulé le sol du Liban. Durant 50 minutes, il a survolé l’histoire en présentant un échantillon d’illustres empereurs, écrivains ou généraux. Les récits se sont succédé, du pharaon Ramsès II à saint Paul en passant par le compagnon du prophète Mohammad, Abou Obeida al-Jarrah, l’empereur byzantin Jean Ier Tzimiskès ; Richard Cœur de Lion ; les généraux de Gaulle et Weygand, et bien d’autres encore. Quelques figures ont été choisies pour les présenter dans ces colonnes. Tel Alexandre le Grand dont Nohad Schoucair raconte le séjour comme dans les séquences d’un film : le siège de Tyr ; ses actions de grâce aux divinités dans les temples du mont Hermon (l’ancien Ba’al Gad et Ba’al Harmoun) ; son parcours au sud du Mont-Liban pendant que ses troupes et les esclaves capturés abattent des milliers d’arbres pour la construction de la digue d’assaut contre Tyr, qui permettra la chute de la cité aux mains du Macédonien. « Une chute aidée par la flotte de Sidon. Ce qui illustre déjà la propension des Libanais aux rivalités mesquines et aux félonies soudaines », a-t-il tenu à préciser.

Carte postale à l’occasion de la visite de l’empereur Guillaume II et son épouse à Baalbeck. Photo illustrant la conférence de Nohad Shoucair

Cléopâtre et Marc-Antoine à Damour, Saladin dans la Békaa

Et voilà le conférencier qui surprend son auditoire en affirmant que la reine d’Égypte Cléopâtre VII a passé en l’an 37 avant J-C de longues semaines sur notre côte, dans l’attente de son amant et allié, le «flamboyant » Marc-Antoine, lequel se repliait de sa désastreuse campagne contre les Parthes (Perses). À la tête d’une flotte, Cléopâtre évite les grands ports comme Tyr, Sidon ou Byblos, où les Phéniciens pourraient aisément se soulever en apprenant la déconfiture du général romain. Selon M. Schoucair, elle accoste « près d’un petit village surnommé Leukon Kome (en grec le village du Lait Blanc), que l’on suppose être notre Damour actuel ». Les deux amants repartent vite pour Alexandrie après que Marc-Antoine eut diffusé ses ordres pour verrouiller le dispositif romain, depuis Antioche jusqu’à Tyr, en passant par Émèse, Damas, etc. Une autre histoire à remonter le temps, celle de Pline qui fut un lettré romain et amiral de la flotte impériale du Ier siècle de notre ère. Pline a largement sillonné la Méditerranée, laissant une monumentale encyclopédie, l’Historia Naturalis (Histoire Naturelle), dans laquelle il décrit avec « précision et admiration » les trois grands caps du littoral libanais : Chekka, Nahr el-Kalb et le Promontorium Album ou Cap Blanc à Naqoura. « Pour Pline, il s’agissait de reliefs uniques en Méditerranée orientale », souligne le conférencier. La galerie de portraits inclut également le calife omeyyade Walid ibn Abdel Malak, et Saladin. Le premier avait fait de Anjar « son lieu de retraite bucolique, agrémenté de maints sorbets confectionnés avec les neiges de l’Anti-Liban (le mot vient d’ailleurs de Cherbeh en arabe) », précise M. Schoucair. Quant à Saladin, « enfant, il a joué longtemps dans les jardins embaumés de Baalbeck où son père était commandant militaire de la place. Devenu l’incontestable seigneur de tout le Proche-Orient, il y revenait pour s’adonner à la chasse ».

Le conférencier et passionné d’histoire Nohad Schoucair. Photo tirée de sa page Facebook

Tamerlan chez les maronites et Guillaume II à Baalbeck

Sans oublier saint Louis (Louis IX) qui vivra de longs mois entre Tyr et Sidon où il remettra en état le château de la mer, Nohad Schoucair enchaîne avec brio sur le récit de Tamerlan. En 1400, alors que son armée turco-mongole dévaste tout l’Orient, saccage et incendie les villes, ce redoutable chef de guerre venu d’Alep demande à visiter le site sacré de Baalbeck puis franchit le massif montagneux afin d’admirer les forêts des cèdres. Mais fait extraordinaire pour ce « sanguinaire », il ira assister à une messe dans un couvent maronite, dans la vallée de Qannoubine. « Les chroniques rapportent qu’il fut guidé par les cheikhs druzes qui protégeaient depuis longtemps les moines maronites du Nord. »

Quatre siècles plus tard, c’est l’allié du sultan Abdul Hamid qui sera le visiteur le plus notoire de la fin du XIXe. À l’automne 1898, le roi de Prusse et empereur d’Allemagne Guillaume II, accompagné d’Augusta Victoria, décide de faire le pèlerinage en Terre sainte et d’assister à l’inauguration officielle (la « Consécration ») de l’église évangélique de la Rédemption, à Jérusalem, dont « son père Frédéric III, alors en route pour l’inauguration du canal de Suez, avait pris possession du site pour les chrétiens protestants en novembre 1869 ». À la fin de leur visite, le couple impérial met le cap sur Beyrouth. Il y débarque à l’aube du 5 novembre, « mais Guillaume ne jouit pas de la splendide vue de nos baies étincelantes de lumières », relate Nohad Schoucair. Il rapporte également que le clergé maronite avait demandé à ses fidèles d’enfreindre les recommandations des Turcs « d’accueillir l’auguste hôte par des illuminations, et de diminuer l’éclairage de leurs maisons, afin de ne pas froisser la France, la protectrice des chrétiens d’Orient. La Prusse ne lui a-t-elle pas dérobé l’Alsace-Lorraine en 1870-1871 » ?

Le 7 novembre, le couple impérial est accompagné par un cortège de notables jusqu’à la gare pour prendre le chemin de Damas. La première étape sera Aley où lui sera offert un déjeuner avec le moutassarrif Naoum Pacha, venu de son siège officiel de Baabda avec tout son Conseil libanais consultatif. De Aley, le voyage s’est poursuivi jusqu’à Damas, où il s’était posé en « protecteur de 300 millions de musulmans » dans le monde. Sur le chemin de retour, Guillaume II s’installe à Baalbeck les 10 et 11 novembre 1898, dans un campement de soixante tentes plantées au milieu de la ville antique. Au petit matin, lorsque le Kaiser découvre les vestiges des gigantesques temples romains, impressionné par l’exploit architectural que constitue Héliopolis et sa dimension spirituelle, il ordonne l’envoi de la première mission archéologique allemande (1900-1905) pour la remise en valeur du site. Il devient ainsi « le premier parrain de notre magnifique et premier site touristique libanais ». Le couple impérial poursuivra ensuite son voyage vers Beyrouth où un accueil triomphal l’attendait : « Le cortège de l’empereur parcourt la rue de Damas où les curieux se pressent par milliers pour apercevoir Guillaume qui parade, moustache retroussée et cape blanche, au milieu des ovations encouragées par les séides du wali turc », raconte le conférencier, ajoutant que Guillaume II et Augusta Victoria font une halte au Grand Hôtel d’Orient (plus tard hôtel Bassoul), pour y prendre une légère collation avant d’embarquer en fin de journée pour l’Europe. Au terme de son voyage en Orient, « il décrira les charmes de notre capitale en des termes gracieux, comparant les villas et jardins des notables beyrouthins à ceux de la Sicile et de l’Italie du Sud ». Guillaume surnomma Beyrouth : « Le joyau de la couronne du Padichah » (alias le sultan ottoman).

Conteur de grand talent et passionné d’histoire, Nohad Schoucair a donné il y a quelques jours, au Musée archéologique de l’Université américaine de Beyrouth, une conférence intitulée Personnages historiques ayant foulé le sol du Liban. Durant 50 minutes, il a survolé l’histoire en présentant un échantillon d’illustres empereurs, écrivains ou généraux. Les récits se sont succédé, du pharaon Ramsès II à saint Paul en passant par le compagnon du prophète Mohammad, Abou Obeida al-Jarrah, l’empereur byzantin Jean Ier Tzimiskès ; Richard Cœur de Lion ; les généraux de Gaulle et Weygand, et bien d’autres encore. Quelques figures ont été choisies pour les présenter dans ces colonnes. Tel Alexandre le Grand dont Nohad Schoucair raconte le séjour comme dans les séquences d’un film : le siège de...
commentaires (2)

Bravo cher Nouhad, brilliant et charmant comme d’habitude. Grand patriote, tu as contribué dès ta jeunesse à la connaissance de l’histoire du liban et à la résistance à tout modèle importé pour se greffer de force au processus historique naturel de notre liban .

Roger Dib / NEAR EAST CONSULTING GROUP OLJ00791

12 h 00, le 21 décembre 2021

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Bravo cher Nouhad, brilliant et charmant comme d’habitude. Grand patriote, tu as contribué dès ta jeunesse à la connaissance de l’histoire du liban et à la résistance à tout modèle importé pour se greffer de force au processus historique naturel de notre liban .

    Roger Dib / NEAR EAST CONSULTING GROUP OLJ00791

    12 h 00, le 21 décembre 2021

  • A lire cet article une joie, jalouse de ceux qui y ont assisté, nous envahit!

    Wlek Sanferlou

    01 h 35, le 21 décembre 2021

Retour en haut