Une affiche montrant les sept enfants tués par une frappe américaine le 29 août dernier, à Kaboul. Wakil Kohsar/AFP
Les Nations unies ont accusé hier les talibans d’être responsables d’au moins 72 exécutions extrajudiciaires depuis le mois d’août, en dépit de leur promesse d’amnistie générale, ce que les intéressés nient en bloc.
Entre août et novembre, l’ONU a reçu « des allégations crédibles faisant état de plus de 100 exécutions d’anciens membres des forces de sécurité nationale afghanes et d’autres personnes associées à l’ancien gouvernement, dont 72 au moins ont été attribuées aux talibans », a déclaré la haute-commissaire adjointe aux droits de l’homme, Nada al-Nashif, devant le Conseil des droits de l’homme à Genève (Suisse). « Je suis alarmée par les informations persistantes faisant état d’exécutions extrajudiciaires dans tout le pays, malgré l’amnistie générale annoncée par les talibans après le 15 août », a-t-elle ajouté.
Les États-Unis et leurs alliés occidentaux se sont déjà montrés « préoccupés » par ces exécutions, révélées par des organisations de défense des droits humains, et ont demandé l’ouverture rapide d’enquêtes.
Après les déclarations de Mme Nashif, le gouvernement taliban a de nouveau rejeté ces accusations, qui circulent depuis des mois dans le pays mais restent très difficiles à prouver. « Les rumeurs sans fondement ne doivent pas être prises pour argent comptant », a réagi mardi après-midi le porte-parole du ministère taliban des Affaires étrangères, Abdul Qahar Balkhi. Les talibans « respectent pleinement le décret d’amnistie, et les employés des gouvernements précédents ne sont pas persécutés », a-t-il ajouté, en assurant qu’il y aura des enquêtes sur chaque cas suspect et que tout taliban coupable de violer l’amnistie sera « jugé et puni ».
Si d’anciens membres des forces de sécurité ont été tués ces derniers mois, c’est à cause de rivalités ou d’inimitiés personnelles, soulignent régulièrement les talibans.
Mme Nashif a par ailleurs alerté sur la souffrance du peuple afghan, confronté, selon l’ONU, à l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.
Soulignant que la crise « est aggravée par l’impact des sanctions et le gel des avoirs de l’État », elle a averti la communauté internationale que ses « choix politiques (...) sont une question de vie ou de mort » pour les Afghans.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU a aidé 15 millions de personnes jusqu’à présent en 2021 dans le pays, dont 7 millions rien qu’en novembre – contre 4 millions en septembre. Et il a annoncé mardi qu’il allait accélérer ses opérations, afin de venir en aide « à plus de 23 millions de personnes confrontées à la faim sévère » en Afghanistan, en proie aux effets combinés de la sécheresse causée par le réchauffement climatique et de la paralysie économique.
L’économie du pays est au point mort depuis l’arrivée au pouvoir des fondamentalistes, qui a amené la communauté internationale à geler l’aide sur laquelle elle reposait très largement.
Les talibans sont revenus mi-août au pouvoir, presque 20 ans après en avoir été chassés par les forces américaines, qui les avaient punis d’avoir hébergé des leaders d’el-Qaëda, auteurs des attentats du 11 septembre 2001. Leur premier règne (1996-2001) leur avait valu d’être mis au ban de la communauté internationale car ils réprimaient violemment toute opposition et niaient les droits fondamentaux des femmes. Les dirigeants talibans d’aujourd’hui, en quête de soutiens financiers et de respectabilité internationale, ont promis que leur régime serait différent.
Bavure américaine
Sur un autre plan, le Pentagone a annoncé hier que les militaires américains impliqués dans une frappe de drone qui avait tué par erreur 10 civils dont sept enfants à Kaboul fin août, au moment du retrait chaotique des troupes de l’aéroport, ne seront pas sanctionnés. « Il n’y avait pas d’éléments suffisamment solides pour retenir des responsabilités personnelles », a expliqué à Washington le porte-parole du Pentagone, John Kirby, pour justifier l’absence de sanctions.
« Ce qu’il s’est passé, c’est un dysfonctionnement du processus de décision et d’exécution, et ce n’est le résultat ni d’une négligence, ni d’une faute, ni d’un mauvais commandement », a-t-il ajouté. Cette frappe est intervenue le 29 août dernier, à la veille du départ effectif du dernier soldat américain de l’aéroport de Kaboul.
Source : AFP


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