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Sport - Focus

Le Mondial qatari, symbole d’un ballon rond en plein chambardement

Le Mondial qatari, symbole d’un ballon rond en plein chambardement

Cette photo montre la cérémonie du tirage au sort des barrages des qualifications de la zone Europe pour la Coupe du monde de football 2022 au Qatar, qui s’est déroulée le 26 novembre. Alexander Scheuber/FIFA/AFP

Expansion géographique du football, triomphe du soft power sportif, quête de revenus : à un peu moins d’un an avant son coup d’envoi, la Coupe du monde au Qatar (21 novembre-18 décembre 2022) condense déjà les principaux enjeux d’un ballon rond en plein bouleversement.

Influence multifacettes

Premier pays arabe à accueillir la compétition reine de la Fédération internationale de football association (FIFA), le petit émirat gazier prolonge le mouvement engagé dans les années 1990 par les dirigeants du foot mondial, en quête de nouveaux territoires loin de leurs bases européennes et sud-américaines. « Avant, les Mondiaux consacraient des cultures locales du football. Maintenant, on essaie de les susciter », résume Grégory Quin, historien du sport à l’Université de Lausanne. À rebours des éditions allemande (2006) ou brésilienne (2014) – deux retours aux sources –, le rendez-vous qatari s’inscrit dans le sillage du Mondial aux États-Unis (1994), en Corée du Sud et au Japon (2002), puis en Afrique du Sud (2010), observe le chercheur.

Mais il y a plus : depuis sa désignation fin 2010 comme pays hôte, dans des conditions qui font toujours l’objet d’enquêtes judiciaires en Suisse, en France et aux États-Unis, le Qatar a étendu son influence sur la planète sportive dans des proportions inédites et par les moyens les plus variés. L’émirat, qui a fait édifier à marche forcée les infrastructures requises par le tournoi, ne s’est pas contenté d’héberger d’autres compétitions, comme les deux dernières Coupes du monde des clubs de la FIFA et le Mondial d’athlétisme de 2019, tout en ambitionnant d’accueillir un jour les Jeux olympiques d’été. En achetant le Paris Saint-Germain (PSG) en 2011 via son fonds souverain QSI, le pays a prolongé sur les terrains européens sa rivalité avec les Émirats arabes unis, propriétaires de Manchester City, une stratégie qui a inspiré la prise de contrôle cet été de Newcastle par un fonds saoudien.

À la différence de ses puissants voisins, le Qatar a de surcroît constitué un géant de la retransmission sportive avec le groupe beIn Sports, dirigé par le patron du PSG et ministre sans portefeuille Nasser al-Khelaïfi, faisant flamber les droits TV des Coupes du monde 2026 et 2030 au Moyen-Orient malgré l’absence de concurrence. Enfin, le pays a avancé ses pions au sein même des instances du foot : membre du comité exécutif de l’UEFA, renforcé par sa loyauté pendant la crise de la Super Ligue, Nasser al-Khelaïfi a aussi pris cette année la présidence de l’Association européenne des clubs. Et de manière plus anecdotique, le Qatar a partiellement financé la rénovation à Paris de l’hôtel de la Marine, qui doit accueillir l’une de ses collections d’art et... la future antenne parisienne de la FIFA.

Monoculture du football

Au-delà des questions entourant son pays hôte, le Mondial 2022 marque aussi la volonté de la FIFA de développer sa compétition phare, sur laquelle repose l’essentiel de ses revenus depuis 1930 chez les hommes et 1991 chez les femmes.

L’édition qatarie sera la dernière à 32 équipes avant un passage à 48 sélections lors de la Coupe du Monde 2026 coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, signe « qu’on déshabille les qualifications pour habiller la phase finale », souligne Grégory Quin. Pour lui, alors que « la proximité » avec le public « génère des émotions » et que certaines rencontres de qualifications sont restées dans l’histoire des pays concernés, « on augmente la taille de la tête de gondole en diminuant celle du rayon ».

Et la FIFA ne compte pas s’arrêter là, puisqu’elle pousse depuis plusieurs mois pour doubler la fréquence de la compétition, qui se tiendrait tous les deux ans à partir de 2026, en alternance avec des tournois continentaux comme l’Euro et la Copa America. Combattue par une grande partie du foot européen et enjeu d’un sommet de la FIFA le 20 décembre, cette idée alarme aussi le Comité international olympique, inquiet du conflit avec ses propres Jeux d’été et avec des rendez-vous majeurs du tennis, du cyclisme, de la gymnastique, de la natation ou de la F1. « Comme avec l’huile de palme », image Grégory Quin, on veut faire « de la monoculture de football », le sport le plus rentable au monde, « tout le temps et partout ». Au risque de lasser, tout en entravant le développement d’autres disciplines.

Coralie FEBVRE/AFP


Expansion géographique du football, triomphe du soft power sportif, quête de revenus : à un peu moins d’un an avant son coup d’envoi, la Coupe du monde au Qatar (21 novembre-18 décembre 2022) condense déjà les principaux enjeux d’un ballon rond en plein bouleversement.Influence multifacettesPremier pays arabe à accueillir la compétition reine de la Fédération internationale...

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