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Société - Droits de l’enfance

« Je n’avais jamais vu d’enfants malnutris au Liban. Cette fois, j’en ai vu ! »

Yukie Mokuo, représentante locale de l’Unicef, lance un cri d’alarme et appelle les autorités, la communauté internationale et la société civile à agir sans plus tarder.


Un enfant dans une ruelle du quartier de la Quarantaine, à Beyrouth, le 22 novembre 2021. REUTERS/Mohamed Azakir

« Je n’avais jamais vu d’enfants malnutris au Liban. Mais cette fois, j’en ai vu. » Cette phrase, prononcée mardi par la représentante au Liban du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), Yukie Mokuo, montre combien l’organisation onusienne est inquiète pour les enfants d’un Liban en crise et dont la situation se détériore rapidement, alors que le monde célébrait la Journée mondiale de l’enfance, le 20 novembre. Inquiète aussi « pour leur nutrition, leur santé, leur éducation, leur protection, à tel point que leur avenir est aujourd’hui en jeu ». La responsable onusienne se base sur les résultats d’une étude comparative menée entre avril et octobre derniers par l’Unicef sur 836 familles, intitulée « Survivre sans l’essentiel, l’impact de plus en plus grave de la crise libanaise sur les enfants ». Elle avoue n’avoir « jamais rencontré de situation qui suscite tant d’inquiétude pour l’enfance ». D’où son appel « à écouter la voix des enfants du Liban, à amplifier leurs voix, à transmettre leur message au monde ». Un appel adressé aussi bien aux autorités libanaises et à la communauté internationale, qu’aux médias et à la société civile.


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Libanais, Syriens, Palestiniens également affectés

Qu’ils soient libanais, syriens, palestiniens ou autres, tous les enfants du Liban « souffrent terriblement de l’impact des multiples crises » que traverse le pays, crises politique, économique, financière, sociale, sanitaire, sans oublier l’explosion du 4 août au port de Beyrouth. Des centaines de milliers d’entre eux se couchent le ventre vide, le soir. D’autres n’ont pas accès à l’éducation, mais doivent travailler pour soutenir leurs familles. D’autres encore sont victimes d’une hausse des cas de violence, d’abus et d’exploitation, vu l’aggravation des situations familiales. Et s’il faut vraiment effectuer une comparaison entre enfants libanais et étrangers, la pauvreté touche toutes les communautés sans exception. « Selon l’Escwa, 82 % des ménages libanais sont en situation de pauvreté multidimensionnelle, souligne Mme Mokuo. Quant aux réfugiés syriens, 90 % d’entre eux vivent dans l’extrême pauvreté. Chaque famille est donc affectée. »

Les exemples de mesures adoptées par les parents en temps de survie sont légion. Celui de ce père envoyant ses enfants à l’école sans avoir rien mangé. Celui de cette mère qui a retiré ses enfants de l’école faute de moyens. Celui de cet enfant qui s’épuise du matin jusqu’au soir pour contribuer au loyer du domicile parental. Les chiffres sont parlants. Ils montrent une détérioration dramatique des conditions de vie des ménages en six mois. « Quelque 53,4 % des familles admettent qu’au moins un de leurs enfants a raté un repas par jour en septembre, parce qu’il n’y avait pas assez à manger à la maison », gronde la représentante onusienne, rappelant qu’en avril ce chiffre était de 37 % seulement. Même l’eau potable est une denrée rare pour la moitié des familles, car désormais trop chère. Et plus de 30 % de l’échantillon avouent avoir été obligés de réduire les dépenses liées à l’éducation de leurs enfants. Quant au travail de l’enfance, il a augmenté de manière drastique pour passer de 8 à 12 %, déplore Mme Mokuo. « Un enfant sur huit travaille désormais au Liban », affirme-t-elle. Dans ce cadre, l’accès aux soins de santé primaire est illusoire. « Environ 34 % des enfants qui avaient besoin de soins n’ont pas été soignés en octobre », regrette la responsable de l’Unicef, dans un contexte de hausse importante du coût des médicaments, après la suppression des subventions de l’État.

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71 % ont acheté à manger à crédit ou emprunté de l’argent

S’ensuivent le sentiment de culpabilité des parents, la dépression, les envies de suicide, parfois, l’endettement aussi. Selon l’étude onusienne, 40,8 % des foyers concernés par l’enquête ont dû se résoudre à vendre leurs meubles ou articles électroménagers en octobre pour survivre et 71,7 % ont acheté de la nourriture à crédit ou après avoir emprunté de l’argent. Dans cet état des lieux, le taux de déscolarisation atteint des records inégalés au pays du Cèdre. « 440 000 réfugiés et 260 000 petits Libanais en âge de scolarisation pourraient ne pas retourner à l’école, selon les estimations », déplore la représentante onusienne.

Quelles solutions, alors que le Liban poursuit sa descente inexorable aux enfers ? « Le coût de l’inaction est particulièrement élevé. Nous devons agir sans plus tarder pour soutenir l’enfance au Liban et faire de sorte à ce qu’aucun enfant ne souffre de la faim et de la maladie, ou n’ait à travailler », insiste Yukie Mokuo. Cet appel s’adresse d’abord aux autorités libanaises qui doivent prendre des mesures pour améliorer les filets sociaux de sécurité des familles les plus vulnérables et mener les réformes pour ce faire. « Le gouvernement libanais doit adopter une stratégie sociale compréhensive qui repose sur cinq piliers, une assistance sociale versée en espèces aux plus démunis, des services sociaux et de santé efficaces, l’accès des populations défavorisées aux services de base sur le plan du logement et de l’éducation, le financement de la Caisse nationale de Sécurité sociale, et enfin le droit à la protection », observe la représentante de l’Unicef, qui ne manque pas de saluer les efforts officiels dans ce sens. Même si ces efforts n’ont toujours pas abouti. Pas plus tard qu’hier, le député Ibrahim Kanaan, président de la commission parlementaire des Finances, annonçait que le financement de la carte d’approvisionnement annoncée depuis l’été 2020 n’avait toujours pas été trouvé.

L’appel de l’Unicef est aussi adressé à la communauté internationale et à la société civile, déjà engagées auprès de l’organisation onusienne au Liban, dans le soutien à l’éducation, à la santé, à l’accès à l’eau potable après l’explosion du 4 août, dans l’assistance aux familles les plus vulnérables sous forme d’aides financières… Même les familles sont invitées à prendre de petites initiatives, par le recours à l’allaitement maternel notamment. « Si les enfants du Liban ne grandissent pas normalement, le pays sombrera dans une crise encore plus grave dans les années à venir », met en garde Yukie Mokuo.


« Je n’avais jamais vu d’enfants malnutris au Liban. Mais cette fois, j’en ai vu. » Cette phrase, prononcée mardi par la représentante au Liban du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), Yukie Mokuo, montre combien l’organisation onusienne est inquiète pour les enfants d’un Liban en crise et dont la situation se détériore rapidement, alors que le monde célébrait la...

commentaires (4)

Quand l’UNICEF qui a le plein pouvoir d’intervenir demande à des handicapés d’agir, on se demande à quoi elle sert véritablement ?

Wow

17 h 11, le 24 novembre 2021

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Commentaires (4)

  • Quand l’UNICEF qui a le plein pouvoir d’intervenir demande à des handicapés d’agir, on se demande à quoi elle sert véritablement ?

    Wow

    17 h 11, le 24 novembre 2021

  • Le crime, c'est que non seulement des enfants, mais, toute une large proportion des citoyens, ne mangent pas à leur faim. Sachant que les prix des denrées sont multipliés 10 à 15 fois par rapport à ce qu'ils étaient 2 ans auparavant. Avec toute cette réalité, il y a au Liban certains qui ne veulent rien voir, ni entendre, et continuent comme si rien n'était.

    Esber

    15 h 01, le 24 novembre 2021

  • Et nos politiciens, que font-ils? Toujours occupés a se partager le gateau… le pays est riche en potentiel, mais il est malheureusement doté d’une classe politique non seulement corrompue et criminelle, mais incompétente.

    CW

    07 h 59, le 24 novembre 2021

  • Chère Mme Mokuo-san. SVP demandez au gouvernement de votre beau pays, le Japon, de bien vouloir prendre sa juste cote-part de réfugiés palestiniens et syriens. Au lieu de subventionner leur présence dans notre pays a travers des combines d'aides, dont la plus grande partie graisse un réseau de profiteurs, avec peut-être, des rétrocessions aux employés des organismes nombreux qui se nourrissent sur la bête. On ne vous blâme pas, vous 'sonnez l'alarme' de temps en temps et faites ainsi votre métier (il faut bien vivre) mais personne au Liban n'est dupe...

    Mago1

    03 h 23, le 24 novembre 2021

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