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Culture - Exposition

Le dessin dans tous ses états (d’âme)

À la galerie Cheriff Tabet, Magali Katra offre une œuvre singulière et personnelle faite de silhouettes qui s’animent de bonheur ou ploient sous le poids de la vie.

Le dessin dans tous ses états (d’âme)

Face au tumulte des formes et aux tourbillons des traits, les toiles de Magali Katra invitent le regard à jouer du plein et du vide. Photo DR

Née au Liban en 1979, Magali Katra a longtemps sillonné le monde avant de revenir s’installer dans son pays natal. Diplômée en arts plastiques de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), elle poursuit ses études à Paris à l’École nationale supérieure des beaux-arts et à l’École supérieure des arts appliqués Duperré.

Ses œuvres, hésitant entre figuration et abstraction, s’offrent à voir dans des compositions tranchées aux couleurs éclatantes, tantôt violentes, tantôt d’une vitalité apaisée, à la galerie Cheriff Tabet. Attentive au monde en perpétuel mouvement, elle se plaît à le décrypter, à absorber les choses qui font le quotidien de chaque être humain, avant de les coucher sur une toile. Son dessin est un medium qui suggère la narration, ses toiles un roman qui se déplie avec ses chapitres graves ou joyeux, son œuvre un hymne à la vie déployé avec fulgurance.


« Les Voyageurs », de Magali Katra. Photo DR

La liberté du pinceau

Pour avoir grandi dans une maison où l’art était présent en permanence, Magali Katra commence très jeune à dessiner. De son père, le grand styliste et couturier Pierre Katra, figure incontournable de la mode libanaise, elle conservera l’amour des silhouettes féminines qu’elle stylisera, animera et mettra en contexte dans les multiples situations de la vie : « Elles ont toujours été mon sujet de prédilection, j’ai grandi imprégnée de cet univers féminin dont je me suis emparée pour l’articuler autour de la société moderne. » Souvent chargé d’une dimension critique qui ne se prive d’aucun humour et qui procède d’une puissance d’expression factuelle, son art est requis par l’idée du flux, une sorte d’énergie du trait et de la ligne qui confère à ses œuvres une dynamique vitale. Les lignes dansantes tourbillonnent, les traits dans leur précision et leur délicatesse virevoltent, se contorsionnent, se déploient et insufflent une présence à ses personnages. Le pinceau glisse, s’épaissit ou disparaît, l’œil qui regarde se perd dans les figures abstraites pour se rapprocher du vocabulaire de l’artiste, pénétrer son monde et enfin s’y reconnaître.

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L’art de Magali Katra est un outil qui permet au public d’entrer en conversation avec ses toiles, de s’y retrouver ou s’y perdre. Le temps qui passe, les maladies, les accidents, les départs, les retrouvailles, la famille unie ou désunie, l’amour, les séparations, les trahisons, la naissance et la mort, l’amitié, tout ce qui nous lie ou nous sépare, autant de thèmes qui surgissent comme de vifs témoignages humains, sans oublier les clins d’œil de l’artiste à son appartenance libanaise où elle placera un petit cèdre à la place du cœur. À travers ces silhouettes qu’elle individualise et rend vivantes, l’artiste regarde le monde et questionne ce qui fait la diversité humaine et sa richesse. « J’aime le contact humain, dit-elle, les gens me fascinent dans leurs comportements et leur façon d’appréhender la vie. »


Magali Katra avoue accorder beaucoup d’importance au tracé en noir et blanc, sur lequel les couleurs viendront s’appliquer et laisser les vides naître d’eux-mêmes. DR

Dialogue entre plein et vide

Face au tumulte des formes et aux tourbillons des traits, ses toiles invitent le regard à jouer du plein et du vide. « Pour moi, dit-elle, les notions de vide et de plein ne s’opposent pas, elles se complètent pour dialoguer et nous donner à voir un univers où les énergies circulent et opèrent. Le plein se rapporte au vécu, le vide se rapporte à l’absence de formes, aux idées en devenir, aux décisions qui restent à prendre, à l’inattendu, à l’imprévu qui nous attend ; sans le vide, rien ne semble possible, et le plein dépend du vide. » Dans la philosophie taoïste, la notion de vide ne correspond pas au « rien » ou à une absence absolue de quelque chose, qui signifierait donc le néant, bien au contraire, elle représente l’espoir de quelque chose qui se trame en silence. Une philosophie qui s’applique parfaitement à la démarche de l’artiste. L’intensité des couleurs est certes présente, mais l’artiste avoue accorder beaucoup d’importance au tracé en noir et blanc sur lequel les couleurs viendront s’appliquer et laisser les vides naître d’eux-mêmes, ces vides qui, par leur présence, permettront aux formes d’émerger.

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« Chaque couleur que je pose porte son sens, mais le rôle du noir et blanc est essentiel. Le noir est très complexe, il porte en lui toutes les couleurs et ne peut subsister sans le contraste du blanc, symbole de pureté. L’un sans l’autre ne fonctionne pas, ils se complètent, souligne Magali Katra. Et d’ajouter : « Je travaille beaucoup mes blancs sur plusieurs couches, je ne réfléchis jamais ma toile, mon geste est spontané, la ligne donne le départ, les coups de pinceau suivent, tantôt en mouvement, tantôt figés selon le sujet. » Faussement abstraite, au lieu d’être un exercice purement esthétique, la peinture de Magali Katra est une pratique qui engage le spectateur à s’investir davantage devant ce qu’il regarde, investir son être physique comme son être spirituel, sa part consciente aussi bien qu’inconsciente. Ses silhouettes évoluent dans un monde réel et contemporain, elles sont sa signature, celle qu’elle appliquera tantôt dans un coin de la toile, tantôt sur un de ses personnages au gré du message à transmettre. À charge pour le spectateur de se l’approprier.

Magali Katra, « People You May Know », à la galerie Cheriff Tabet, D Beirut, route maritime.

Jusqu’au 9 décembre 2021.

Née au Liban en 1979, Magali Katra a longtemps sillonné le monde avant de revenir s’installer dans son pays natal. Diplômée en arts plastiques de l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA), elle poursuit ses études à Paris à l’École nationale supérieure des beaux-arts et à l’École supérieure des arts appliqués Duperré. Ses œuvres, hésitant entre figuration et abstraction,...
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