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Moyen-Orient - SYRIE

Normalisation avec Assad : les EAU passent à la vitesse supérieure

Le ministre émirati des Affaires étrangères, cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, a rencontré le président syrien Bachar el-Assad, hier à Damas.

Normalisation avec Assad : les EAU passent à la vitesse supérieure

Le ministre émirati des Affaires étrangères, cCheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, et le président syrien Bachar el-Assad, hier à Damas. Syrian Presidency/Handout via Reuters

Le chef de la diplomatie émiratie cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, accompagné d’une délégation, s’est rendu à Damas hier pour rencontrer le président syrien Bachar el-Assad. D’abord révélée dans l’après-midi par la chaîne al-Manar liée au Hezbollah, l’information a été confirmée par l’agence syrienne SANA en début de soirée. Selon l’agence, les entretiens ont porté « sur les relations bilatérales entre les deux pays frères et le développement de la coopération dans divers domaines d’intérêt commun ». Il s’agit du premier déplacement d’un officiel émirati de haut niveau depuis que les Émirats arabes unis ont annoncé la réouverture de leur ambassade dans la capitale syrienne en décembre 2018, et plus largement depuis 2011, suite à la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie.

Cette visite s’inscrit dans la continuité de l’appel téléphonique entre Bachar el-Assad et le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammad ben Zayed en mars dernier, qui avait déjà amorcé une accélération en vue d’une normalisation des liens entre Damas et Abou Dhabi.

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Si les EAU affichaient déjà ouvertement leur volonté de ramener le régime de Bachar el-Assad dans le giron arabe, ce geste indique qu’Abou Dhabi veut passer à la vitesse supérieure. Et ce pour plusieurs raisons : géopolitiques d’abord, alors que les Émiratis voient d’un mauvais œil le rôle joué par Téhéran aux côtés de Moscou dans l’équation diplomatique et la présence de supplétifs iraniens en Syrie. L’influence turque dans le Nord syrien est également en ligne de mire des EAU alors qu’Ankara prône une vision régionale basée sur l’islam politique, honnie par Abou Dhabi. Face aux activités iraniennes dans la région, leur objectif est de consolider un front anti-Téhéran, notamment dans le sillage de la normalisation des liens entre Israël et les EAU, suivis de Bahreïn, en septembre 2020. « Les Émiratis semblent essayer de renforcer leur influence en Syrie à un moment où le gouvernement d’Assad est faible et réceptif », observe Aron Lund, spécialiste du Moyen-Orient au Swedish Defence Research Agency (FOI). À leurs yeux, « la Syrie pourrait être utile dans leurs relations avec les Russes, les Jordaniens et autres, et ils apprécient évidemment qu’Assad soit hostile à la Turquie », poursuit-il.

Contrats juteux

Sortant un peu plus Damas de son isolement régional, Abdallah de Jordanie et Bachar el-Assad se sont par ailleurs entretenus au téléphone le mois dernier, pour la première fois depuis dix ans. Pour Abou Dhabi et d’autres États de la région, « l’idée est que Damas puisse réintégrer le giron diplomatique arabe et ainsi, potentiellement permettre au régime syrien de devenir moins dépendant de la République islamique », explique Giorgio Cafiero, P.-D.G de Gulf State Analytics, une société de conseil en risques géopolitiques basée à Washington. L’épisode d’hier s’inscrit-il toutefois dans le cadre d’une initiative unilatérale émiratie ou d’un projet régional plus large? Plus discret sur ce dossier, Riyad se montre toujours prudent quant à une normalisation avec Damas. S’exprimant sur la chaîne américaine CNBC au début du mois, le chef de la diplomatie saoudienne, Fayçal ben Farhane, a réaffirmé que le royaume « ne pensait pas pour le moment » à communiquer avec le régime syrien.

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Les enjeux sont également économiques pour Abou Dhabi. Les Émiratis espèrent décrocher les juteux contrats liés à la reconstruction en Syrie d’une part, alors que les rencontres entre des hommes d’affaires syriens et émiratis se sont multipliées au cours de ces dernières années, et d’autre part se faire une place à la table des négociations de paix parrainées par Moscou. En octobre dernier, le ministère émirati de l’Économie avait indiqué qu’un accord avec la Syrie a été conclu pour « de futurs projets afin de renforcer la coopération économique et de développer de nouveaux secteurs », alors que les Émirats sont le principal partenaire commercial de la Syrie et représentent 14 % de son commerce international. « Les enjeux sont élevés pour la Syrie, semi-isolée au cours de la dernière décennie, et qui a désespérément besoin de commerce et d’investissements étrangers pour relancer son économie en panne », souligne Aron Lund. « Étant donné que les Émirats arabes unis sont un partenaire proche des États-Unis et d’autres gouvernements occidentaux, les responsables à Damas pensent probablement qu’une relation plus forte avec Abou Dhabi peut éventuellement aider le gouvernement syrien à améliorer sa position dans l’arène internationale », remarque pour sa part Giorgio Cafiero. Les ambitions émiraties pourraient toutefois se heurter aux sanctions américaines dans le cadre de la loi César. Entrée en vigueur en juin 2020, elle prévoit des mesures contre toute personne ou entité étrangère qui « apporterait un soutien significatif au gouvernement syrien, financier, matériel ou technologique, ou qui conduirait des transactions significatives avec celui-ci ».

Mettre la pression sur Washington

En multipliant graduellement les gestes envers Damas, les EAU semblent ainsi tenter de forcer la main de l’administration américaine de Joe Biden, qui poursuit son désengagement dans la région et qui se trouve dans une position délicate sur le dossier syrien. Le mois dernier, le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait réaffirmé que Washington n’a pas l’intention de soutenir les efforts pour rétablir des relations diplomatiques avec le régime de Damas ni pour le réhabiliter tant qu’aucun progrès irréversible n’est effectué pour mener à une solution politique au conflit syrien. Face à la position américaine, « Abou Dhabi fera attention à la manière dont il s’engage avec le régime syrien, mais il ne fait aucun doute que les EAU continueront de mener des efforts visant à réhabiliter le gouvernement de Bachar el-Assad », estime Giorgio Cafiero.

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Mais les contours de la politique américaine restent entourés d’un certain flou. En septembre dernier, l’administration Biden a donné son feu vert exceptionnel pour la conclusion d’un accord entre Amman, Le Caire et Damas en septembre afin d’acheminer de l’électricité et du gaz au Liban en passant par la Syrie. « Une fois que la Jordanie, le Liban et l’Égypte ont repris des contacts de haut niveau avec la Syrie cet automne dans le cadre de cet accord, les choses ont commencé à aller plus vite, probablement parce que l’administration Biden ne s’y est pas opposée », rappelle Aron Lund. « Il n’y a pas beaucoup d’enthousiasme pour l’idée promue sous l’ère Trump selon laquelle la Syrie devrait être sanctionnée au point d’être au bord de l’effondrement complet, juste pour contrarier les Iraniens », ajoute-t-il.

Le chef de la diplomatie émiratie cheikh Abdallah ben Zayed al-Nahyane, accompagné d’une délégation, s’est rendu à Damas hier pour rencontrer le président syrien Bachar el-Assad. D’abord révélée dans l’après-midi par la chaîne al-Manar liée au Hezbollah, l’information a été confirmée par l’agence syrienne SANA en début de soirée. Selon l’agence, les entretiens ont...
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Les EAU ont déjà normalisé avec Israël. Bon voyage alors.

Esber

16 h 32, le 10 novembre 2021

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Commentaires (1)

  • Les EAU ont déjà normalisé avec Israël. Bon voyage alors.

    Esber

    16 h 32, le 10 novembre 2021

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