Le Premier ministre français, Jean Castex, rendant hommage au général de Gaulle, hier. François Nascimbeni/AFP
Embouteillage à Colombey-les-Deux-Églises : de nombreux candidats à la présidentielle, de droite comme de gauche, ont honoré hier en Haute-Marne la mémoire du général de Gaulle, 51 ans après sa mort, en contestant à l’extrême droite sa tentative de réappropriation de l’héritage gaulliste.
Signe que l’exécutif n’entend pas délaisser le terrain politique, Jean Castex, ancien membre de LR et « gaulliste social » revendiqué, a été dépêché sur place pour déposer une gerbe sur la tombe de l’homme du 18 juin, alors que se déroulait dans le même temps un Conseil de défense sanitaire. « Tout le monde quelque part est un peu gaulliste, après il faut l’incarner dans son comportement au quotidien », a souligné le Premier ministre, qui s’est ensuite recueilli devant la croix de Lorraine.
Ce pèlerinage du 9 novembre est un grand classique de la vie politique, plus encore à l’approche de la présidentielle. Il prend cette année des allures de bataille culturelle, les prétendants ciblant particulièrement le possible candidat Éric Zemmour.
En pleine compétition interne à droite, au lendemain de leur premier débat télévisé, les cinq candidats à l’investiture LR – Michel Barnier, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Philippe Juvin et Valérie Pécresse – ont déposé ensemble une gerbe, autour du président du parti Christian Jacob qui en a conclu : « La famille de la droite et du centre avance ensemble. »
« Quand j’entends des personnes qui légitiment l’action de Pétain en disant qu’il a sauvé des juifs, ils ne peuvent pas se dire gaullistes », a souligné Mme Pécresse, en visant les sulfureuses sorties médiatiques de M. Zemmour. « On ne se laissera pas voler cet héritage par certains qui préfèrent Pétain à de Gaulle », a abondé le patron des députés LR Damien Abad.
« Ce n’est pas un moment de campagne, mais de recueillement, de fidélité » à celui qui était « le contraire d’un politicien », a souligné de son côté Michel Barnier, quand Xavier Bertrand a estimé que « la pensée gaullienne nous inspire et nous oblige ».
À gauche, la candidate socialiste Anne Hidalgo fait du général un symbole dans la lutte contre l’« appropriation » de l’histoire par Éric Zemmour, absent à Colombey, contrairement à des rumeurs initiales, démenties par son entourage.
Le Pen à Bayeux
Mme Hidalgo s’est définie sur place comme « gaulliste du 18 juin », en louant le « courage immense », la « vision » du général qui « a pris des décisions impressionnantes » pour porter « l’honneur » de la France.
« Zemmour, c’est un polémiste, quand il parle de Pétain, je ne peux pas cautionner », affirmait au mémorial une spectatrice représentant la ville de Meximieux (Ain), Élisabeth Laroche, en déplorant la « récupération actuelle » autour du gaullisme.
Arrivé sur la tombe du général à la tête d’une imposante délégation de son mouvement Debout la France, le candidat souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a estimé que « mettre sur un même plan Pétain et de Gaulle, c’est insupportable », dénonçant aussi ceux qui « détruisent l’indépendance de la France » et « viennent parader ici ».
L’ex-Front national Florian Philippot, lui aussi candidat à l’Élysée, a également déposé une gerbe sur la tombe du général, disant croiser des politiques « qu’on ne voit jamais » d’habitude.
Éric Zemmour a ironisé à distance. « Aujourd’hui, pensant que j’allais annoncer ma candidature, toute la classe politique se déguise en général de Gaulle (...) Je vous propose d’en rire : c’est ce qu’aurait fait le général », a-t-il écrit sur Twitter.
La candidate du RN Marine Le Pen était, elle, à Bayeux (Calvados), où le général s’est exprimé en juin 1944 et juin 1946. Mardi matin, elle a déposé une gerbe devant la croix de Lorraine, à Courseulles-sur-Mer, saluant l’héritage du général, malgré l’histoire de son parti qui l’a longtemps combattu. « Je choisis, comme (de Gaulle), le courage de l’action et m’inscris dans son legs politique pour voir renaître une France souveraine, indépendante et fière », a déclaré la candidate du Rassemblement national sur la place de Gaulle à Bayeux, là-même où le général s’était exprimé en juin 1944 après le débarquement, puis en juin 1946 sur la future Constitution.
Source : AFP


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