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Économie - Électricité

Le photovoltaïque résidentiel au Liban, mode d’emploi

Face aux black-out, les Libanais sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le solaire pour assurer leur indépendance énergétique.

Le photovoltaïque résidentiel au Liban, mode d’emploi

Dans le meilleur des cas, certaines sociétés affirment avoir noté une multiplication par 15 de la demande pour les installations photovoltaïques résidentielles, selon Pierre Khoury, président du Centre libanais pour la conservation de l’énergie (LCEC). Photo M.A.

Il est 8 heures ce matin-là lorsque Rita, résidente au Metn, reçoit un message sur son téléphone portable. « Nous informons nos chers abonnés que nous serons contraints de couper le courant électrique de 9h à 13h, de 15h à 17h30 et de 1h à 6h le lendemain. Merci de votre compréhension et de votre coopération », lit-elle. Ce texto, c’est le propriétaire du générateur de son quartier auprès de qui elle est abonnée qui le lui a envoyé via l’application WhatsApp.

Devenu quotidien, ce message permet à cette mère de famille d’organiser sa journée, car Rita ne peut pas compter sur les heures de courant fournies par Électricité du Liban (EDL), supposée assurer l’intégralité de la demande en électricité du pays. Les quelque deux à trois heures que Rita reçoit par jour de ce fournisseur public sont « éparpillées », au point qu’elle ne les considère plus que comme « un bonus ».

Mais, début octobre, la donne a changé : Rita ne reçoit plus son message matinal quotidien. Cette situation « agaçante », qui vient s’ajouter au black-out dans lequel elle est plongée environ 11 à 12 heures par jour, va la pousser à installer chez elle un système photovoltaïque qui lui fournira du courant électrique toute la journée. Un choix que de plus en plus de Libanais, sans courant pendant 8 à 20 heures par jour en fonction de leur lieu de résidence, semblent faire.

La demande explose…
Pour le moment toutefois, aucun chiffre officiel ne permet de confirmer cette tendance, les dernières données disponibles concernant l’exercice de 2020. Selon le Centre libanais pour la conservation de l’énergie (LCEC), rattaché au ministère de l’Énergie et de l’Eau, les installations photovoltaïques au niveau résidentiel représentaient une capacité maximale de 10,81 mégawatts peak (MWp) en 2020, soit 12 % de la capacité totale photovoltaïque installée au Liban (89,85 MWp) et en croissance de 3,1 % par rapport à 2019, en ce qui concerne les installations dans les foyers. Mais à en croire les professionnels du secteur, ce segment devrait finir l’exercice 2021 en très forte croissance.

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Conséquence de l’aggravation de la situation énergétique depuis le début de l’année, la demande pour des installations solaires explose. Plusieurs acteurs interrogés par L’Orient-Le Jour rapportent une hausse de la demande multipliée par 8, voire 10, pour des systèmes dont la capacité varie entre 3 et 5 kilowatts peak (kWp). Pour certains, et dans le meilleur des cas, cette demande a même été multipliée par 15, selon Pierre Khoury, président du LCEC, pour qui « l’essor actuel devrait encore perdurer un bon moment ».

Antoine Kaldany, PDG de Yelloblue, une société qui installe des systèmes photovoltaïques, précise que passer le cap de la transition au solaire devient désormais « commun au sein de la classe aisée et de celle qu’on qualifiait de moyenne avant la crise économique ». Compte tenu des problèmes d’approvisionnement, ces ménages « pensent désormais moins en termes de retour sur investissement et plus en termes de sécurité énergétique », explique-t-il. Dans ces cas de figure, ce sont des systèmes complémentaires – et non alternatifs – aux abonnements à EDL et aux générateurs de quartier qui sont le plus couramment installés, en fonction des heures de rationnement, des besoins des foyers et de leurs budgets.

… et l’offre suit

Une reconversion au solaire, même en partie, n’est de fait pas accessible à tout le monde. In fine, « il faut aujourd’hui compter en moyenne 1 500 dollars pour chaque kWp installé », indique Pierre Khoury. Ces tarifs peuvent évoluer – à la hausse comme à la baisse – en fonction de la catégorie des équipements utilisés, de leur pays d’origine et de la structure requise pour une installation efficace. Mais quel que soit le coût, il reste une constante : c’est en dollars « fresh » que ces installations doivent être payées. Ce qui n’est pas simple étant donné l’effondrement du pouvoir d’achat de la majorité des Libanais, dans le sillage de la crise économique enclenchée il y a déjà plus de deux ans. Dans le contexte de rationnement drastique en électricité, l’enjeu reste toutefois de taille, pour une technologie dont l’adoption au Liban a longtemps été freinée par l’importance de l’investissement initial requis pour les foyers.

Résultat : de nouveaux acteurs intègrent le marché et essayent de grappiller des parts de marché. L’on compterait aujourd’hui plus de 500 acteurs sur le marché local, selon les estimations du LCEC, contre environ 150 en 2020. Mais en l’absence d’un contrôle strict du secteur et au vu de la très forte demande, « le terrain est propice pour que ceux qui font tout et n’importe quoi puissent s’installer et opérer », avertit Jad Zeineddine, cofondateur de Matrix Power Network, une société spécialisée surtout dans les installations à grande échelle. « Proposant des prix qui défient toute concurrence, et avançant parfois de fausses promesses et garanties, ces opportunistes ciblent surtout les clients désespérés à la recherche des prix les moins élevés », renchérit Antoine Kaldany. « Cela se fait aux dépens de la qualité des produits utilisés, de l’étude d’avant-projet et du niveau d’expertise des personnes impliquées dans l’installation de tels systèmes », poursuit-il.

Éviter les pièges
Pour ne pas tomber dans le piège et éviter les déceptions, les professionnels recommandent aux personnes intéressées de bien se renseigner et de faire attention à plusieurs variables.

Premier aspect primordial : savoir qu’une conversion au solaire, même partielle, induira un changement dans les habitudes de consommation des ménages. Rami, un habitant d’Achrafieh qui s’est équipé d’un système photovoltaïque il y a deux mois, rapporte que son installation est supposée lui permettre d’obtenir et de stocker du courant d’une intensité de 5 ampères (A). « Mais dans le cas où elle fonctionnerait à intensité maximale, les batteries ne tiendraient que cinq heures, explique-t-il. Par conséquent, le soir, lorsque le générateur de quartier est éteint, je débranche la fontaine à eau et tout autre équipement ménager non indispensable, de sorte à réduire l’ampérage et permettre au système de tenir jusqu’à huit heures d’affilée. »

En effet, et contrairement à son équivalent thermique, une installation solaire de 5 A, par exemple, n’est pas en mesure de fournir cette intensité indéfiniment. Cette limitation est due aux batteries qui emmagasinent le courant produit via les panneaux solaires et qui le déchargent pendant les heures de rationnement. Augmenter la capacité de ces batteries reviendrait à accroître considérablement l’investissement initial requis. Il est donc primordial de bien identifier les besoins du foyer pour opter pour une installation adéquate.

Pour mémoire

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Deuxième point important : se renseigner sur la qualité, les garanties et l’état des différents composants installés. S’agissant des panneaux solaires, il faut principalement faire attention à leur marque, leur notation aux différents classements mondiaux (dont celui de Bloomberg par exemple), le matériel utilisé et sa couleur. Ainsi, le silicium monocristallin est plus sombre et plus efficace, mais plus cher que le silicium polycristallin. Reste aussi à s’assurer que les panneaux ne soient pas endommagés, ce qui leur ferait perdre en efficacité. S’agissant de l’onduleur solaire, l’appareil qui sert à convertir le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif utilisable pour nos appareils domestiques, il faut aussi se renseigner sur sa provenance et ses caractéristiques.

Au niveau des batteries, les utilisateurs doivent faire attention à leur composition. Les batteries au plomb, bien que moins chères que les versions au lithium, nécessitent un peu plus d’entretien et de surveillance. En effet, dans le cas de ces dernières, les utilisateurs devront, de temps en temps, surveiller la survenue d’éventuelles surchauffes causées par des surcharges qui pourraient endommager les batteries, tandis que dans le cas des batteries au plomb, il faut aussi s’assurer du niveau d’eau environ une fois par mois, pour éviter qu’elles ne se détériorent rapidement. Autre différence notable, « les batteries au plomb ont une durée de vie moyenne située entre 3 et 5 ans, alors que pour celles au lithium, celle-ci est plutôt comprise entre 8 et 12 ans, en fonction de la consommation énergétique de chaque foyer et des charges qu’elles supportent », explique Jad Zeineddine.

Dernier volet dont il faut tenir compte, et non des moindres, l’expérience et l’expertise du personnel qui sera chargé de l’ensemble de l’installation. Car, en sus des moyens mentionnés plus haut, un autre procédé adopté pour réduire la facture finale est de négliger l’étude du terrain où seraient installés les panneaux solaires. Dans ce cas, le risque est que ces derniers ne soient pas posés dans la bonne direction et selon la bonne inclinaison, ce qui réduirait les heures d’exposition au soleil et rendrait l’installation moins efficace. Encore plus grave, « casser les prix se fait parfois aux dépens d’une structure métallique sécurisée qui puisse supporter les intempéries, ou même d’une bonne intégration au tableau électrique, ce qui pourrait mettre en danger les ménages », conclut un consultant en énergie sous couvert d’anonymat.

Un mécanisme pour s’assurer du respect des normes

Pas besoin d’autorisation pour installer des panneaux solaires. Voilà en gros le message que voulait communiquer le ministère de l’Énergie et de l’Eau, mi-octobre, suite à de fausses informations circulant à l’époque à ce sujet.

Dans un communiqué publié pour l’occasion, le ministère a indiqué qu’en termes d’énergie solaire, « les lois en vigueur autorisent la production d’électricité à usage personnel d’une capacité inférieure à 1,5 mégawatt sans autorisation préalable », à condition que les règles en la matière soient respectées. Celles-ci prévoient que l’installation (structures et panneaux compris) ne dépasse pas 3 mètres de hauteur au-dessus du niveau du toit dans les bâtiments dont la hauteur n’excède pas 15 mètres, et 4,5 mètres dans les bâtiments plus élevés. En revanche, pour les autres cas, une autorisation serait nécessaire.

Néanmoins, et « à la demande du ministère de l’Intérieur et des Municipalités » chargé de faire respecter les normes en matière d’urbanisme, le ministère de l’Énergie avait indiqué la mise en place d’un mécanisme de suivi en fonction duquel les résidents doivent présenter les documents qui détaillent le dispositif prévu, y compris la structure métallique et le matériel qui seront installés.

Ces dossiers seront ensuite transmis au ministère de l’Intérieur qui s’assurera, lui, de l’absence d’infractions. Quant à l’utilisation des parties communes pour l’installation de panneaux solaires, le ministère de l’Énergie a signalé dans son communiqué que cela relève des propriétaires eux-mêmes et de ce qui est prévu par la loi réglementant la copropriété dans les immeubles.

Il est 8 heures ce matin-là lorsque Rita, résidente au Metn, reçoit un message sur son téléphone portable. « Nous informons nos chers abonnés que nous serons contraints de couper le courant électrique de 9h à 13h, de 15h à 17h30 et de 1h à 6h le lendemain. Merci de votre compréhension et de votre coopération », lit-elle. Ce texto, c’est le propriétaire du générateur...
commentaires (3)

Bizarre monsieur le ministre , la police est intervenue a Achrafieh pour une structure metallique ne depassant pas les 3 metres, interdisant la mise en place de panneaux solaires . Et pour l Orient le jour merci pour ces precisions importantes

Antoine Sabbagha

18 h 45, le 19 février 2022

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Commentaires (3)

  • Bizarre monsieur le ministre , la police est intervenue a Achrafieh pour une structure metallique ne depassant pas les 3 metres, interdisant la mise en place de panneaux solaires . Et pour l Orient le jour merci pour ces precisions importantes

    Antoine Sabbagha

    18 h 45, le 19 février 2022

  • Attendez, vous allez voir notre cher ex-ministre de l'électricité, le célèbre gendrissime se vanter de la situation en disant que le Liban est a la pointe du solaire et neutraliser carbone grace a lui ! ce qui n'est pas trop faux en soit ! quand t a plus rien rien a bruler,, ni a bouffer, en effet tu pollue pas.

    Aboumatta

    10 h 38, le 08 novembre 2021

  • encore une preuve de la carence cervicale et professionnelle a mettre sur le compte des municipalites & tout departement officiel concerne qui auraient du obliger les installer sur TOUTES le constructions dans tout le pays.a l'instar de Chypre qui lui le fait depuis pt't 50 ans. ET L'ON VEUT NOUS "" VENDRE"" CETTE CHOSE APPELEE DECENTRALISATION GENERALISEE qui donnerait encore plus de pouvoir a ces memes municipalites qui entre autres failles sont aussi corrompues que vous le pensez.

    Gaby SIOUFI

    08 h 59, le 08 novembre 2021

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