Le drame du Liban finalement, c’est la médiocrité de ses dirigeants qui étalent des visions sans solution, au gré des manipulations internationales. On se retrouve ainsi engagés, bien malgré nous, dans la voie du conflit, une voie que tous les autres auront abandonnée. En effet, il ne reste que la frontière libanaise pour clamer fort sa capacité à mener seule cette guerre qui s’est, depuis longtemps, éloignée de la cause qu’elle prétend défendre. Nos voisins, eux, hésitent, réfléchissent, négocient en secret avec l’ennemi.
Les Libanais suivent et puis, perdus et échaudés par un quotidien de conflit, désespèrent de voir une alternative qui tarde à se matérialiser. Coincés dans une logique de peur, ils finissent par faire confiance à la confiance. Par suivre les plus sûrs de soi, les voix les plus hautes, les plus rassurantes. Ils écoutent ceux qui, sûrs de leurs intentions, clament haut et fort leur position. Ils oublient qu’avoir un point de vue ne veut pas dire avoir raison. Car évidemment, croire qu’on est détenteur de la vérité est une position apaisante, rassurante et protectrice. En y ajoutant une dose de sacré ou de religieux, on plonge dans la certitude du parano. Qu’on soit bouddhiste, hindou, adepte de Confucius ou de toute autre prétendue vérité, on aboutit à une barricade mentale. C’est ainsi que nos politiques instrumentalisent les passions et érigent des fortifications par communautés politico-religieuses. Rappelons que les extrémistes sont victimes de leur imaginaire déviant. C’est ainsi qu’ils entraînent le peuple, les yeux fermés vers un destin incertain, alors que notre quotidien est parsemé de multiples soucis (pain, électricité, carburant, cherté de vie, santé, éducation). Notre gouvernement (de sauvetage) hésite entre démission et impossibilité de se réunir. D’ailleurs, on se demande s’il est capable de prendre une décision exécutoire. Nos responsables nous enfoncent dans une guerre civile non déclarée. Une cellule de crise appelle au secours quiconque pourra aider à un dénouement avec les pays arabes. L’administration gangrenée par la corruption et le désordre est le reflet de la mainmise des politiciens. Avec une caste aussi pourrie, il n’y a aucun espoir pour un Liban meilleur. Les fossoyeurs de l’État ne peuvent en aucun cas être les bâtisseurs d’un nouvel État. Pendant ce temps, online et offline, des groupes de tout genre rivalisent de propos incendiaires pour aiguiser la haine et la discorde. Pourtant, les Libanais, gavés de propagande trompeuse, ont soif de discours rassembleur.
Aujourd’hui, il n’y a que les élections qui peuvent nous sortir de cette impasse dogmatique, dans l’espoir que nous saurons voter contre l’extrémisme et le fanatisme. On a besoin d’une gestion qui n’a pas peur de défendre des principes ambitieux : justice, égalité, paix et liberté, éducation pour tous et protection sociale… Il faut se débarrasser de nos propres empreintes mentales pour accéder à l’espace illimité du rêve, et de là, s’atteler à la tâche de reconstruction. Cet espace social séculier de la société civile, libre et honnête, n’est pas contre la religion. Il respecte l’intime religieux et protège la communauté des débordements et des affrontements socioculturels.
Il y a espoir. Hommes et femmes du pays peuvent se donner la main. Avec les Libanais à l’étranger et avec les pays amis, un changement est possible. Un gouvernement d’hommes et de femmes libres, capable de gouverner, sauvera le pays malgré les grands problèmes. Un dialogue national initié par des responsables libres et honnêtes va aboutir à des solutions. Un réveil de toutes les forces vives de la nation nous sortira de ce marasme malsain pour nous permettre de rattraper les chemins de la paix et du développement dans le monde. Les patriotes libres doivent crier fort leur refus des choix déviants imposés au pays. Ils peuvent rebâtir un pays florissant, un pays rêvé par tous où la jeunesse se projette dans l’avenir. Un Liban cohérent, assurant la paix, le développement et surtout le bien-être pour tous. Le mensonge qui prévaut touche à sa fin. Les bases d’un nouveau Liban sont déjà là.
Adel AKL
Psychiatre psychanalyste
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14 h 51, le 06 novembre 2021