Force est de constater que les incidents de Tayouné sont venus, délibérément ou non, éclipser la tragédie de l’explosion du port, raviver le clivage confessionnel et partisan, exacerber les « sous-identités » et, par conséquent, opérer une remontée en flèche des extrémismes communautaires aux dépens de l’identité nationale et des valeurs citoyennes. L’esprit sectaire et tribal, de part et d’autre, a repris le pas sur l’esprit civil (et civique). La fibre confessionnelle s’est excitée. La bave du « bel rouh, bel dam, nafdiqa… » se remet à couler, les poils des barbus se hérissent de nouveau, le culte du veau d’or reprend de plus belle, les babines des idolâtres se retroussent pendant que les idoles se pourlèchent les leurs.
En conséquence, vu la perte du tempo et l’extinction de la flamme révolutionnaire, les collectifs de la société civile et les partis d’opposition doivent, pris de court par le rapprochement de la date du scrutin et les derniers développements défavorables, reprendre l’initiative, s’unifier et constituer un front commun du genre « 17 Octobre » (date de la révolution civile) pour faire face à la résurgence du binôme mortifère (apparemment) antinomique 14 et 8 Mars qui a abouti à la défaite de la première formation, malgré ses deux succès électoraux, et à la victoire de la seconde et, par conséquent, à la ruine du pays.
Les « acteurs » oscarisés de l’ancien 14 Mars, dans un esprit plus électoraliste que souverainiste, tentent de se reconstituer en prévision des législatives pour, soi-disant, faire front commun au parti prétendument de Dieu. Ils veulent nous ramener 15 ans en arrière après avoir lamentablement échoué, uniquement dans le but de se faire reconduire au Parlement et au pouvoir, pour ensuite se prêter à de nouveaux arrangements et compromissions.
Devant cette ancienne-nouvelle polarisation, il faut une troisième voie : la voie (et la voix) civile, laïque, réformatrice, « révolutionnaire », seule capable de retirer le pays des eaux usées de la corruption et de le sortir de la gueule du loup armé jusqu’aux crocs. Car, instruits par l’expérience et par la défaite des forces du 14 Mars, la chasse au loup ne peut se faire par la galvanisation des moutons de Panurge, mais par la transformation de ceux-ci en citoyens et citoyennes libres, autonomes, responsables, intègres, souverains, exclusivement libanais et libanaises.
Plus il y aura des Libanais, et non des chiites, sunnites, druzes, maronites, orthodoxes, etc., plus il y aura un Liban et moins il y aura l’Iran, l’Arabie saoudite, la France, les États-Unis, la Russie, etc.
Or, seule la troisième voie, civile, non partisane, non confessionnelle, réformatrice, véritablement souverainiste, à vocation nationale, peut (re)produire des citoyens libanais et reconstituer une République libanaise aux valeurs républicaines fondées sur la liberté, l’égalité, la fraternité, l’intégrité, la souveraineté et la prospérité, mais pour ce faire, il faut d’abord l’unité.
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