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Politique - Enquête sur les explosions au port de Beyrouth

Bitar fixe au 29 octobre les interrogatoires de Machnouk et Zeaïter

Les députés poursuivis ont recouvré ce matin leur immunité parlementaire.

Bitar fixe au 29 octobre les interrogatoires de Machnouk et Zeaïter

Le port de Beyrouth ravagé après les explosions meurtrières du 4 août 2020. Photo Matthieu Karam

Le juge Tarek Bitar, en charge de l'instruction sur les explosions meurtrières au port de Beyrouth, a fixé mardi au 29 octobre la date des nouveaux interrogatoires des députés Nouhad Machnouk (sunnite, ancien ministre de l'Intérieur) et Ghazi Zeaïter (chiite, ancien ministre des Travaux publics), poursuivis dans l'affaire pour "intention présumée d'homicide, négligence et manquements". Les audiences des députés Machnouk et Zeaïter, prévues initialement le 13 octobre, ont été annulées suite au dessaisissement provisoire du juge Bitar qui avait été notifié mardi dernier d'une nouvelle plainte déposée à son encontre par les députés du mouvement Amal Ali Hassan Khalil (chiite, ancien ministre des Finances), lui aussi poursuivi par le magistrat, et Ghazi Zeaïter. La première chambre de la Cour de cassation civile présidée par le juge Naji Eid avait toutefois rejeté ce recours deux jours plus tard.

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Maintenant qu'il a repris ses fonctions, Tarek Bitar doit également convoquer l'ex-Premier ministre sunnite Hassane Diab, le 28 octobre. Malgré un mandat d'amener lancé contre lui, M. Diab avait quitté le territoire libanais en septembre pour un séjour familial aux États-Unis. Ce voyage a été perçu par de nombreux observateurs comme un prétexte pour ne pas se plier à la décision du juge d’instruction dont l’ex-Premier ministre conteste la compétence, appuyé en cela par plusieurs responsables politiques et religieux, notamment dans les milieux sunnites. Mais M. Diab est finalement rentré à Beyrouth mercredi dernier.

Les députés retrouvent leur immunité
Outre les sunnites et certains responsables chrétiens, le tandem chiite Amal-Hezbollah exige le dessaisissement du juge, arguant que son travail est arbitraire et politisé. Jeudi dernier, une manifestation à visant à réclamer la démission de M. Bitar, à laquelle avait appelé le tandem chiite, avait dégénéré en combats meurtriers à Tayouné (sud de Beyrouth) faisant sept morts et 32 blessés. Cette mobilisation avait été précédée par un clair chantage du ministre de la Culture Mohammad Mortada (Hezbollah), qui lors du Conseil des ministres mardi dernier avait menacé de faire tomber le gouvernement avec la démission de ses collègues chiites si le juge Bitar n’était pas remplacé. Et vendredi soir, Ibrahim Hoteit, un des porte-paroles des proches des victimes de l'explosion, avait publié un enregistrement, vraisemblablement filmé sous la menace, dans lequel il appelait le juge à se récuser de l'enquête. M. Hoteit avait toutefois démenti avoir été menacé par le Hezbollah.

Malgré ses profondes divergences, la classe politique libanaise semble donc au moins unie sur un point : faire obstacle à l'enquête judiciaire, dont les conclusions pourraient menacer sa survie alors que les autorités avaient reconnu que les énormes quantités de nitrate d'ammonium qui ont explosé avaient été stockées pendant des années sans précaution. Les dirigeants libanais se sont opposés à une enquête internationale sur ce drame qui a fait le 4 août 2020 plus de 210 morts et dévasté des quartiers entiers de la capitale. Le premier juge chargé de l'enquête locale a été écarté en février après avoir inculpé de hauts responsables, et le magistrat Bitar est soumis aux pressions et aux menaces depuis qu'il l'a remplacé. Les politiciens tentent par tous les moyens d'entraver son travail, refusant de comparaître, multipliant les plaintes devant la justice à son encontre, ou appelant à son remplacement. "La classe dirigeante est unie dans sa volonté de voir l'enquête abandonnée, et elle fera tout son possible pour la faire échouer", estime Lina Khatib, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au think tank Chatham House. Et la fenêtre dont le juge Bitar disposait pour pouvoir prendre des mesures pénales contre les députés poursuivis, qui ne pouvaient pas bénéficier de leur immunité tant que le Parlement n'était pas en session ordinaire, s'est désormais refermée avec l'ouverture de cette session ce mardi matin.

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Réunion du CSM
C'est dans ce contexte que le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a tenu mardi une réunion consacrée au bras de fer entre le juge Bitar et la majorité de la classe politique. Aucune information n'a filtré sur la teneur des discussions, entamées dans l'après-midi et qui se poursuivaient en début de soirée. Alors que les médias faisaient état ces derniers jours d'une convocation du juge Bitar devant cette instance, seuls ses membres se sont réunis, dont quatre ont été nommés mardi dernier par le Conseil des ministres. Normalement, le CSM ne peut pas donner à un magistrat des directives sur la façon de gérer un dossier dont il a la charge. De son côté, le ministre de la Justice, Henri Khoury, avait proposé la création d’une chambre d’accusation qui statuerait sur les plaintes contre les décisions de M. Bitar, non susceptibles de recours selon la loi actuelle. Cette proposition n'a pas toutefois été examinée lors de la séance parlementaire de ce mardi, probablement en raison de l'absence d’entente politique sur l’identité des trois magistrats qui pourraient composer cette instance.

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Parallèlement à la réunion du CSM, des activistes du collectif du "Front de l'opposition" (le parti Kataëb, le mouvement de l'Indépendance du député démissionnaire Michel Moawad, et des groupes issus du soulèvement populaire du 17 octobre 2019) ont tenu un sit-in devant le Palais de justice de Beyrouth pour soutenir le juge Bitar et dénoncer les ingérences dans le travail du pouvoir judiciaire.

Le juge Tarek Bitar, en charge de l'instruction sur les explosions meurtrières au port de Beyrouth, a fixé mardi au 29 octobre la date des nouveaux interrogatoires des députés Nouhad Machnouk (sunnite, ancien ministre de l'Intérieur) et Ghazi Zeaïter (chiite, ancien ministre des Travaux publics), poursuivis dans l'affaire pour "intention présumée d'homicide, négligence et manquements"....
commentaires (9)

Qu'ils démissionnent les ministres de Hezb Allah et ce de Amal, et alors ? Honnêtement rien à perdre. Et les 100,000 bottes, il fera quoi avec Hezb Allah ? Personne (même pas Nabih Berri) ne veu de guerre sauf lui, il vas combattre les moulin ? envahir le pays comme le Taliban ?

Sarkis Dina

15 h 43, le 20 octobre 2021

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • Qu'ils démissionnent les ministres de Hezb Allah et ce de Amal, et alors ? Honnêtement rien à perdre. Et les 100,000 bottes, il fera quoi avec Hezb Allah ? Personne (même pas Nabih Berri) ne veu de guerre sauf lui, il vas combattre les moulin ? envahir le pays comme le Taliban ?

    Sarkis Dina

    15 h 43, le 20 octobre 2021

  • L'équation paraît très simple. Si c'est hommes ont leur conscience tranquille, rie n ne les empêcherait de se présenter devant le juge. Par ailleurs, on a découvert par hasard, de nouveaux juges, qui donneraient des leçons sur la manière et sur la façon de diriger une enquête, alors qu'ils sont totalement incapables de diriger un pays qu'ils ont amené à la dérive.

    Citoyen

    11 h 15, le 20 octobre 2021

  • L’immunité de ces messieurs se termine en Mars. Nous verrons alors derrière quoi se cacheront ils autres que les 100.000 bencouillons de Saint Hassouna de Téhéran.

    Pierre Hadjigeorgiou

    09 h 34, le 20 octobre 2021

  • Impressionnante cette volonté de Bitar de ne pas se détourner du but et de persévérer malgré tout

    Chaden Maalouf Najjar

    08 h 34, le 20 octobre 2021

  • Les députés poursuivis ont recouvré ce matin leur immunité parlementaire. Mais pas leur virginité totale. C’est reculer pour mieux sauter, c’est l’adage qu’applique le super Juge Bitar pour enfin mettre la main sur ces députés dépités par l’opiniâtreté d’un juge qui fait consciencieusement son travail. Eh oui ! il existe les honnêtes gens au Liban ; soutenons tous le Juge Bitar et ses semblables pour que le Liban puisse revivre des temps heureux. Amen Amine.

    Le Point du Jour.

    22 h 32, le 19 octobre 2021

  • ... Car au lieu de refuser de comparaître, ces personnalités auraient la chance de se justifier devant le juge tout en étant tranquilles quant à l'issue de leurs auditions.

    Esber

    21 h 16, le 19 octobre 2021

  • La seule issue à cette enquête pourrait s'articuler autour d'un consensus sous la direction du CSM, de sorte que les ministres et députés, et chef de gouvernement convoqués soient entendues autant de fois que nécessaire, par le juge, à condition de ne pas faire des mandats d'arrêt à leurs encontres, quelques soient les actes d'accusation, de façon à laisser au tribunal la décision finale.

    Esber

    21 h 08, le 19 octobre 2021

  • Combien à parler que ni Machnouk, ni Zeaiter, ni Diab ne rendront aux convocations ?

    Yves Prevost

    20 h 51, le 19 octobre 2021

  • BRAVO !!! Continuez !!!

    LeRougeEtLeNoir

    20 h 47, le 19 octobre 2021

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