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Culture - Exposition

Après les nus masculins et le chemin de Compostelle, les villes oniriques de Martha Hraoui

« Mémoires des vi(ll)es » est une exposition proposée par l’ambassade d’Uruguay à Paris, où le public est invité à porter des regards croisés sur les peintures de Miguel Nunez Rauschert et de Martha Hraoui. Rencontre avec une artiste multiple et audacieuse.

Après les nus masculins et le chemin de Compostelle, les villes oniriques de Martha Hraoui

Martha Hraoui : « Mes tableaux ne correspondent pas à des lieux précis ou à un moment particulier. Je cherche avant tout à exprimer une impression, un ressenti ». Photo DR

Domptons la tempête, Le soleil se lève aussi, Songe d’une nuit... Les titres des tableaux de Martha Hraoui, exposés depuis le 23 septembre à Paris, sont en eux-mêmes porteurs d’une trajectoire narrative, qui se trame dans ses paysages aux teintes pâles et ocres, souvent traversés par une lumière crue. Lorsque l’ambassadeur d’Uruguay Jorge Luis Jure lui propose de participer à son projet de regards croisés picturaux, autour du thème de la ville, l’artiste franco-libanaise accepte avec enthousiasme. « Pour moi, l’art est une source de dialogue, et la vie est faite d’opportunités : lorsqu’elles sont là, je les saisis, le tout est d’être prête. J’ai été séduite par l’idée de M. Jure, qui souhaitait mettre en regard deux visions urbaines. J’avais justement travaillé sur une exposition qui devait se tenir à Coulommiers, juste avant le confinement, mais elle n’a jamais eu lieu. Ces toiles n’ont donc jamais été exposées ; cette fois, il s’agit d’un accrochage dans une résidence d’ambassade, ce qui est bien différent des murs des galeries classiques, mais l’art doit pouvoir se partager partout ! » confie celle qui a consacré ses premières toiles à la vieille maison libanaise de son enfance, située à Zahlé.


« Domptons la tempête », une huile sur toile de Martha Hraoui. Photo DR

Le peintre uruguayen Miguel Nunez Rauschert transfigure la ville dans une perspective géométrique et verticale. Les colonies de buildings semblent défier les cieux, et captent les ombres qui hantent des cités anguleuses et rectilignes. « Mes espaces picturaux ont une dimension rurale et onirique, qui contraste avec le travail de Miguel. Dans mes tableaux, le rêve est très présent, parfois les constructions sont plutôt des vestiges, car je suis très sensible à la notion de patrimoine. L’ensemble est assez flou, notamment les ciels, que j’ai travaillés à l’huile, pour les fondus de couleurs. Mes titres participent à cette impression de fluidité, dans leur dimension symbolique, Réminiscence, Vision lointaine, Hymne au patrimoine, M comme mystère... », ajoute celle qui dispose d’un atelier alloué par la ville de Paris dans le quartier des Gobelins, où elle peut également exposer son travail.


« Le soleil se lève aussi », une huile sur toile de Martha Hraoui. Photo DR

« Je me sens orpheline de mon pays »

Deux des tableaux proposés à la résidence parisienne de l’ambassadeur d’Uruguay sont des productions marouflées, une technique que Martha Hraoui associe à une expérience déterminante pour elle, celle du chemin de Compostelle. « Dans le parcours d’un artiste, il y a des évolutions, des maturations. Mes techniques de travail sont variées, et l’artiste est témoin de ce qu’il vit, en somme, l’être humain est multiple. Après avoir emprunté le chemin de Compostelle, j’ai eu recours à des matières tout à fait inédites, le marouflage sur toile, une technique assez délicate à manipuler, mais je la voulais comme témoignage de l’effort du corps humain sur le chemin, donc j’ai entamé cette technique, surtout pour les différents tableaux autour de ce périple », poursuit l’artiste qui a été chargée à plusieurs reprises de représenter le Liban au sein du projet Art Camp de l’Unesco. « Après mon expérience du chemin de Compostelle, j’ai été tellement subjuguée par la magie des paysages que j’ai eu besoin que toute cette émotion ressorte, mais mes tableaux ne correspondent pas à des lieux précis ou à un moment particulier. Je cherche avant tout à exprimer une impression, un ressenti », explique Martha Hraoui, qui doit sa notoriété en France à ses nus masculins. « Les nus, j’aime les travailler avec de l’encre, car ils représentent des pauses avec des modèles vivants, qu’il faut saisir d’une manière enlevée, avec de la sanguine, ou des sépias. D’ailleurs, dans toutes les expositions que je fais, il y a toujours quelques nus qui sont proposés, car ils sont caractéristiques de ma démarche. Il faut dire que c’est une thématique qui n’est pas évidente pour une Orientale, issue d’un milieu traditionnel. Mais je tenais à exposer, cette fois encore, quelques croquis de nus, que j’ai réalisés dans mon atelier, avec des modèles », précise celle qui se dit meurtrie par la situation dramatique dans laquelle se trouve le Liban aujourd’hui.

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« Je pense que l’être humain est multiple, et qu’il a la sincérité du moment : je peux donner l’impression d’être adaptable dans tous les milieux, et dans des situations qui peuvent paraître contradictoires, mais à mes yeux elles paraissent complémentaires. Néanmoins, j’ai toujours porté le Liban avec moi, lors de mes expositions, et je me disais que d’une certaine façon, je portais son message à travers mon travail, sans le claironner, mais de manière implicite. Je me sens dévastée par les drames que vit mon pays, et quand on pense à l’anniversaire du Grand Liban, quelle célébration macabre ! Je ne me suis pas exprimée au moment de l’explosion du 4 août, cependant, si je n’ai pas été blessée physiquement, j’ai une blessure que je porte en moi, et je me sens orpheline de mon pays », confie tristement Martha Hraoui.

Aux immeubles géométriques et vertigineux répondent des espaces pastel qui dessinent les sinuosités de cités à peine perceptibles, presque englouties dans l’immensité du ciel et de l’horizon. Le dialogue souterrain entre ces deux visions artistiques se poursuivra jusqu’au 31 janvier 2022.

Domptons la tempête, Le soleil se lève aussi, Songe d’une nuit... Les titres des tableaux de Martha Hraoui, exposés depuis le 23 septembre à Paris, sont en eux-mêmes porteurs d’une trajectoire narrative, qui se trame dans ses paysages aux teintes pâles et ocres, souvent traversés par une lumière crue. Lorsque l’ambassadeur d’Uruguay Jorge Luis Jure lui propose de participer à son projet de regards croisés picturaux, autour du thème de la ville, l’artiste franco-libanaise accepte avec enthousiasme. « Pour moi, l’art est une source de dialogue, et la vie est faite d’opportunités : lorsqu’elles sont là, je les saisis, le tout est d’être prête. J’ai été séduite par l’idée de M. Jure, qui souhaitait mettre en regard deux visions urbaines. J’avais justement travaillé sur une exposition qui...
commentaires (2)

... 31 janvier 2022

Joseph Lawand

18 h 21, le 04 octobre 2021

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Commentaires (2)

  • ... 31 janvier 2022

    Joseph Lawand

    18 h 21, le 04 octobre 2021

    • Bonjour, Merci pour votre commentaire, l'erreur de date a bien été corrigée. Bien cordialement

      L'Orient-Le Jour

      18 h 49, le 04 octobre 2021

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