Sébastien Thill, milieu du Sheriff Tiraspol, et Eduardo Camavinga, milieu du Real Madrid qui a terminé la partie au poste d’arrière gauche, dans un duel serré pour la possession du ballon. Javier Soriano/AFP
La déroute historique en Ligue des champions (C1) à domicile face au modeste Sheriff Tiraspol, mardi soir, a exhumé les pires défauts de ce Real Madrid tourmenté et a permis à Carlo Ancelotti, alias « Carletto » et revenu cet été sur le banc merengue, de mesurer l’ampleur du chantier.
L’histoire prête aux plus ardentes métaphores épiques et aux plus audacieux jeux de mots : le Sheriff Tiraspol, Petit Poucet et dernier invité de cette campagne européenne, a fait tomber l’ogre Real Madrid et ses 13 couronnes continentales, chez lui, sur la pelouse du mythique stade Santiago-Bernabeu. La presse espagnole s’en est donnée à cœur joie hier, jouant avec le nom original de ce modeste club de Transdniestrie, enclave séparatiste prorusse qui a fait sécession de la Moldavie en 1991. « Arrêtés par le Sheriff », a titré le quotidien sportif catalan Mundo deportivo. « Le Sheriff impose sa loi » face à « un Real qui a péché par excès de confiance », a affiché le journal madrilène AS. « Le Real peut commencer à chercher où se trouve la Transdniestrie sur la carte », s’est pour sa part amusé le journal sportif en catalan L’Esportiu à sa une. Les médias catalans préfèrent en rire. Mais les supporteurs madrilènes se sont réveillés hier avec un féroce mal de tête.
Après un début de saison idyllique, ponctué par une place de leader en LaLiga et un succès bienheureux sur la pelouse de l’Inter Milan en ouverture de la C1, cette première défaite de la saison vient mettre un brutal coup de frein au départ canon de Carlo Ancelotti à la Maison blanche. « C’est difficile d’expliquer cette défaite vu le match qu’on a joué », a confié le technicien italien après la rencontre, quelque peu hébété après avoir essuyé sa première déroute depuis son retour à Madrid. « Le Sheriff a bien défendu, retranché derrière. Nous, on a bien combiné, on a réussi à casser leur rideau, on a fait beaucoup de centres. Mais ce que l’on n’a pas fait de bien, ce sont les petits détails », a-t-il soufflé.
La désillusion, aussi profonde soit-elle, a le mérite de mettre en lumière les principaux défauts de ce Real Madrid fâché avec la C1 depuis trois saisons. « Ancelotti a tout tenté avec les latéraux, mais ne trouve pas la solution à son point faible le plus criant », a pointé hier le journal Marca. Pour la 4e fois en 4 matches, Ancelotti a lancé une nouvelle paire de latéraux, avec Nacho et Miguel Gutierrez. Après l’égalisation, « Carletto » a effectué 4 changements qui ont fini par désorganiser la base arrière de son équipe. Le Real a par exemple terminé la partie avec Eduardo Camavinga comme arrière gauche.
La malédiction du Bernabeu
Et le manque de réalisme, occulté par la pluie de buts du début de saison (21 sur les 6 premiers matches de championnat), a ressurgi : les Madrilènes ont tenté 31 frappes, dont 11 cadrées, mais aucune n’a transpercé l’infranchissable mur du gardien grec du Sheriff, Georgios Athanasiadis. Eden Hazard toujours pas au niveau, Luka Jovic en crise de confiance permanente... Ancelotti ne pourra pas compter toute la saison sur les coups de reins inspirés, mais rares, de Vinicius ou sur les ches-d’œuvre de Karim Benzema.
Et dans tout cela, la malédiction du Bernabeu continue en Ligue des champions : la Maison blanche, le club le plus titré, ne compte qu’une victoire sur ses sept derniers matches de C1 disputés dans son enceinte, où des clubs comme le CSKA Moscou, l’Ajax Amsterdam ou encore Bruges ont réussi à arracher des points ces dernières années. Pour le volcanique rédacteur en chef du journal AS, Tomas Roncero, ce revers est un « choc total », « inexplicable ». « Une défaite historique dont il faudra se relever, mais qui doit servir de leçon d’humilité. »
Patxi VRIGNON-ETXEZAHARRETA/AFP


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