Rechercher
Rechercher

La Consolidation de la paix au Liban - Septembre 2021

Le système libanais de protection sociale laisse les personnes âgées à la merci de la crise économique

Le système libanais de protection sociale laisse les personnes âgées à la merci de la crise économique

Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme, tout membre d’une société a droit à une protection sociale. Au Liban pourtant, ce droit n’est pas garanti. Lorsque les personnes atteignent un âge avancé, elles sont laissées sans protection sociale en raison des défaillances du système de sécurité sociale et de celui des pensions de retraite. Aujourd’hui, avec l’aggravation de la crise économique et alors que le coût de la vie au Liban atteint des sommets vertigineux, les personnes âgées sont devenues encore plus vulnérables.

Le Liban a l’une des populations les plus âgées du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord avec 10 % de personnes ayant plus de 64 ans, selon la direction centrale des statistiques.

« Ces chiffres sont appelés à augmenter au cours des prochaines décennies alors que les familles ont moins d’enfants et que les jeunes émigrent », précise Sawsan Abdelrahim, professeure de Santé publique à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), qui a beaucoup écrit sur les soins aux personnes âgées au Liban.

« La situation des personnes du troisième âge, déclare-t-elle, n’a jamais été bonne au Liban. Mais là, elle est devenue réellement difficile, en raison de la détérioration rapide des conditions de vie dans ce pays ».

Au Liban, les pensions de retraite et la façon de vivre des personnes âgées dépendent de leur carrière professionnelle. Les travailleurs du secteur public, notamment l’armée et les forces de sécurité intérieure, ont leurs propres fonds de retraite. Il en est de même pour les syndicats et les ordres professionnels, qui détiennent des fonds nourris par les cotisations annuelles de leurs membres pendant leurs années de travail.

Par contre, les travailleurs du secteur privé qui ne sont pas affiliés à un syndicat ou un ordre professionnel sont privés de pension de retraite, d’autant que la CNSS à laquelle ils ont dû payer tout au long de leurs années de travail ne peut pas toujours leur fournir une indemnité régulière. D’ailleurs, de nombreux travailleurs préfèrent une fois atteint l’âge de la retraite, retirer d’un coup toutes leurs indemnités.

En tout cas, de nombreuses personnes âgées n’ont pas accès à tous les services de la retraite. Selon Sawsan Abdelrahim, près de la moitié des travailleurs ne sont pas officiellement déclarés et ne bénéficient d’aucun programme de retraite. Dans ce contexte, les femmes sont les plus vulnérables. Bon nombre d’entre elles n’ont pas un salaire fixe et ne sont pas officiellement enregistrées, soucieuses surtout d’arrondir leurs fins de mois en travaillant.

« Les personnes âgées ont travaillé toute leur vie et c’est comme cela qu’on les récompense ? », se demande Henriette Haddad, présidente de « Kibarouna », une association qui s’occupe des personnes du troisième âge en leur fournissant des aides mais aussi en leur organisant des activités sociales, comme des camps d’été, des voyages, des « Journées Grands-Parents » avec les petits-enfants...

« Il y a un grand problème avec le manque de fonds de retraite et de soins de santé pour les personnes âgées », poursuit Henriette Haddad. « Ces personnes ont pourtant beaucoup fait pour leurs enfants et pour leurs familles, tout au long de leurs vies. Nous devons les appuyer lorsqu’elles deviennent âgées ».

Aujourd’hui, avec l’effondrement de la livre libanaise, même les personnes âgées ayant mis un peu d’argent de côté, se retrouvent démunies et leurs économies se sont évaporées.

A un taux de 1.507,5 LL pour 1 dollar, une indemnité de retraite de 70 millions de LL équivalait à 46.434.000 dollars. Aujourd’hui, avec un dollar à 13.000 LL sur le marché parallèle, cette pension ne vaut plus qu’un peu plus de 50 dollars.

La crise économique sans précédent a donc un impact terrible sur les personnes âgées, estime Sawsan Abdelrahim. « Les personnes qui ont travaillé toute leur vie et qui croyaient pouvoir subvenir à leurs besoins grâce à leur pension de retraite se retrouvent avec 10 % des sommes qu’elles croyaient avoir mises de côté », ajoute-t-elle. Or l’âge et la pauvreté placent les gens dans une situation de grande vulnérabilité.

Si on remonte à 2004, date des dernières statistiques, plus de la moitié des personnes âgées ont été classées parmi les classes défavorisées, souffrant de problèmes économiques et privées de soins de santé efficaces. Aujourd’hui, avec l’inflation et la crise, ces chiffres ont dû considérablement augmenter, alors que les conditions de vie se sont dramatiquement détériorées.

Dans une crise économique de cette ampleur, les personnes âgées sont parmi les plus vulnérables, explique le Dr Georges Karam, psychiatre gériatrique et président de l’association Alzheimer au Liban. « Leur épargne est bloquée dans les banques ou alors s’ils ont une pension de retraite, elle ne vaut plus rien », dit-il en parlant des vieux.

Pourtant, au Liban, les anciens sont en général pris en charge par leurs familles. Ce phénomène existe depuis longtemps et il constitue une alternative à l’absence d’un véritable système de protection sociale. En général donc, les personnes âgées comptent sur leurs enfants pour prendre soin d’elles. Mais aujourd’hui avec la crise qui frappe tout le pays, les enfants ne sont plus en mesure de donner la même qualité de soins à leurs parents, précise le Dr Karam. Selon lui, la volonté existe sans doute, mais les moyens font désormais défaut et toute la responsabilité des personnes âgées repose désormais sur leurs familles.

Dans le passé, de nombreuses familles libanaises faisaient appel à des travailleuses domestiques migrantes, originaires du Bangladesh, d’Éthiopie ou des Philippines pour prendre soin de leurs proches âgés. Cette pratique était d’ailleurs injuste à la fois pour les personnes âgées et pour les travailleuses migrantes, explique Sawsan Abdelrahim, « d’autant, dit-elle, que souvent les travailleuses migrantes n’avaient aucune qualification pour s’occuper des personnes âgées ». « Il est injuste que les personnes âgées qui ont tant donné à leurs familles soient dans la dernière partie de leur vie prises en charge par des personnes non qualifiées. De même, les travailleuses migrantes se retrouvent ainsi chargées d’un travail et d’une responsabilité qu’elles ne sont pas en mesure d’assumer. Elles sont ainsi soumises à un stress énorme ».

Mais aujourd’hui, même cette pratique est devenue rare en raison de la crise économique. Des centaines de travailleuses migrantes ont ainsi quitté le Liban, ou ont été abandonnées par leurs employeurs. L’été dernier, des douzaines de travailleuses migrantes ont été jetées à la rue devant les consulats et les ambassades de leurs pays, parce que les familles qui les employaient n’avaient plus les moyens de les payer ni même de leur acheter un billet d’avion pour rentrer chez elles.

Dans d’autres familles, ce sont les proches qui s’occupent des personnes âgées. Mais avec l’aggravation de la crise et le désir de plus en plus grand d’émigrer vers des cieux plus cléments, ces dernières vont se retrouver seules sans personnes pour les prendre en charge, estime le Dr Karam.

« Dans un pays où il n’y a pas de système de protection sociale, les personnes âgées dépendent de leurs enfants et si ceux-ci s’en vont, elles n’auront plus personne », ajoute-t-il. Ce phénomène pourrait avoir des effets destructeurs à la fois pour l’économie et pour la société.

« L’isolement social est en train d’empirer, affirme le Dr Karam qui ajoute qu’ « heureusement, il y a des associations comme Kibarouna ou « Alzheimer Association » pour prendre en charge les personnes âgées abandonnées. Mais le travail devient énorme, car la demande augmente sans cesse ».

Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme, tout membre d’une société a droit à une protection sociale. Au Liban pourtant, ce droit n’est pas garanti. Lorsque les personnes atteignent un âge avancé, elles sont laissées sans protection sociale en raison des défaillances du système de sécurité sociale et de celui des pensions de retraite. Aujourd’hui, avec...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut