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Société - Pénuries

« Le diesel introduit en contrebande en Syrie nous sera restitué en tant que fuel iranien »

Dans les régions chiites, quelques sceptiques critiquent l’opération d’envoi de carburant par Téhéran.

« Le diesel introduit en contrebande en Syrie nous sera restitué en tant que fuel iranien »

La crise d’essence a affecté tout le Liban, et particulièrement la Békaa. Photo d’archives Marc Fayad

Le caza de Baalbeck s’apprête à accueillir aujourd’hui des centaines de camions-citernes transportant le mazout déchargé au cours des deux derniers jours par un tanker iranien, Faxon, au large de la raffinerie de Banias, dans le nord de la Syrie. Selon le Hezbollah, toute la logistique nécessaire à l’emmagasinage puis à la distribution et à la vente du fuel est prête. Sur toute la route que le convoi doit emprunter jusqu’aux deux sites où des célébrations étaient prévues (dans le périmètre des villages d’al-Aïn et de Nabi Osman dans la Békaa-Nord, ainsi qu’à l’entrée sud de Baalbeck, au niveau du rond-point de Douris), les drapeaux du Hezbollah ainsi que des banderoles saluant l’assistance iranienne étaient déjà en place. Sauf que dans un communiqué publié en début de soirée, le Hezbollah a annoncé l’annulation des célébrations. Dans ce texte, c’est le chef du parti, Hassan Nasrallah, qui appelle ses partisans à ne pas organiser des rassemblements sur le parcours que le convoi doit emprunter.

Si l’arrivée du mazout iranien est une initiative fortement applaudie par les partisans de la formation chiite, dans les zones où le Hezbollah est bien implanté et qui doivent ainsi bénéficier de ce carburant, certaines personnes se montrent sceptiques, voire critiques. Certains, comme Salwa et sa voisine à Baalbeck ou Nour, un avocat du caza de Marjeyoun, ne croient même pas que le carburant promis par le Hezbollah a été envoyé par l’Iran. « Pourquoi n’a-t-on vu aucune photo du tanker iranien, surtout que le Hezbollah aime le spectacle et le show off ? » s’interroge Nour qui exprime ainsi des doutes quant à l’origine du fuel censé arriver aujourd’hui via la Syrie dans un Liban en proie à de très graves pénuries et qui s’enfonce dans la crise humanitaire, sanitaire et économique la plus grave de son histoire. « Je n’ai aucune confiance. Je ne suis pas sûre que le diesel ou autre chose nous parviendront. Si le carburant arrive, ce sera sûrement pour des personnes spécifiques, comme cela avait été le cas lorsque des produits subventionnés avaient été distribués à certaines familles seulement », lâche, désabusée, Dalia, une habitante du Hermel, une région qui doit en principe bénéficier du fuel iranien.

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À Baalbeck, Salwa développe la même idée, en ajoutant qu’elle ne fait confiance « ni à l’État ni à d’autres », en allusion au Hezbollah. « Nous avons entendu dire que le mazout iranien arrivera incessamment », se contente-t-elle de dire, pendant que sa voisine, qui a souhaité garder l’anonymat, ne peut s’empêcher de se moquer de l’initiative du parti chiite. « Le diesel qui a été introduit en contrebande en Syrie nous sera restitué en tant que fuel iranien », commente-t-elle, en ajoutant que « Le Liban a besoin de plus de 15 navires chargés de carburant pour en finir avec les pénuries ». « Si nous devons attendre l’arrivée d’un navire chaque deux mois, alors nous n’obtiendrons rien », souligne-t-elle, en expliquant que Baalbeck compte plus de 100 000 habitants « qui ont besoin de grandes quantités de fuel, d’autant que l’hiver est aux portes ». Elle se dit persuadée que tout ce processus « s’inscrit dans le cadre de manœuvres électorales ».

« Je suis l’État »

Pour Nour, fervent partisan de la contestation populaire du 17 octobre 2019, « le Hezbollah nous montre de plus en plus qu’il prend la place de l’État ». « Il (le secrétaire général du parti) nous avait annoncé qu’il fallait s’orienter vers l’Est, en direction de la Chine et de l’Iran, pour pouvoir nous remettre à flot économiquement et le voilà qui nous y emmène », déplore-t-il. « Son message est simple. Il nous dit : “Je suis l’État” », ajoute-il, en accusant le Hezbollah de « violer la souveraineté et le pouvoir de décision libanais ». Nour va plus loin encore en reprochant à la formation chiite une approche « qui va encourager d’autre partis à agir de même et qui va dans le même temps favoriser le discours qui prône un système fédéral au Liban ».

Installé dans la banlieue sud de Beyrouth, Mohammad, un activiste politique, essaie d’analyser de manière « logique » l’affaire du fuel iranien, en se demandant à quel point le carburant « que le Hezbollah dit avoir acheminé d’Iran pourra contribuer à régler efficacement les pénuries chroniques de fuel et faire disparaître les queues interminables qu’on continue de voir devant les stations-service ». « Si ce problème n’est pas réglé, toute cette affaire n’aura servi qu’à vendre du fuel iranien au Liban », en dépit de l’embargo américain, commente-t-il. L’activiste s’interroge ensuite sur le point de savoir si le carburant iranien sera distribué équitablement dans les régions libanaises, tout en relevant que dans la banlieue sud, les habitants « attendent avec impatience son arrivée dans laquelle il voient une victoire supplémentaire du parti qu’ils plébiscitent ». « Nous allons observer ce qui va se passer, sachant que toute cette affaire représente une atteinte à l’État et va contribuer à réduire davantage la confiance dans les autorités », poursuit-il.

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Mohammad, un habitant de Baalbeck, salue pour sa part l’initiative iranienne et explique que le Hezbollah remettrait 400 litres de carburant à chaque boulanger au prix officiel et pour une seule fois. Les Libanais, estime-t-il, se soucient peu de la levée des subventions. « Ils veulent que le diesel soit disponible en hiver pour les poêles à mazout et que le commerce des bidons au marché noir s’arrête », ajoute-t-il. À Nabatiyé, Hussein, lui, ne tarit pas d’éloges sur le chef du Hezbollah « qui tient toutes ses promesses et grâce à qui nous allons pouvoir illuminer nos foyers ». « Et tant pis pour tous ceux qui refusent ce fuel », lâche-t-il.


Le caza de Baalbeck s’apprête à accueillir aujourd’hui des centaines de camions-citernes transportant le mazout déchargé au cours des deux derniers jours par un tanker iranien, Faxon, au large de la raffinerie de Banias, dans le nord de la Syrie. Selon le Hezbollah, toute la logistique nécessaire à l’emmagasinage puis à la distribution et à la vente du fuel est prête. Sur toute la...

commentaires (6)

Il ne faut pas rêver, dans ces citernes où seul HB a le droit de contrôler ne contiennent sûrement pas de fuel ni l’ombre d’un quelconque carburant. Il filment leur passage pour faire bonne figure et faire croire aux bobets de gouvernants qu’il est utile en tant que zaim pour le pays.

Sissi zayyat

18 h 49, le 16 septembre 2021

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Commentaires (6)

  • Il ne faut pas rêver, dans ces citernes où seul HB a le droit de contrôler ne contiennent sûrement pas de fuel ni l’ombre d’un quelconque carburant. Il filment leur passage pour faire bonne figure et faire croire aux bobets de gouvernants qu’il est utile en tant que zaim pour le pays.

    Sissi zayyat

    18 h 49, le 16 septembre 2021

  • Un coup de pub! Ou sont les photos du tanker passant le Canal de Suez? Ou sont les photos du Tanker déchargeant sa cargaison a Banias sous les drapeaux de Hezbollah? Ou sont les photos et vidéos des 20 camions-citernes traversant triomphalement les 226km de villes et villages syriens entre Banias et Baalbek? La niaiserie des libanais n'a aucune limite...

    Mago1

    15 h 00, le 16 septembre 2021

  • AKALOU EL JEJ WEL BEYD OU 3AM I REDDOU ECHER EL BEYD...

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    11 h 05, le 16 septembre 2021

  • Il ne sert à rien de payer une cotisation à l'ONU si elle ne protège pas chacun de ses membres, et surtout l'un de ses fondateurs. Si elle vraie cette histoire est à faire dormir debout !

    Shou fi

    09 h 18, le 16 septembre 2021

  • La boucle est bouclée, le Hezbollah en voyou sauveur, étend chaque jour ses tentacules et étouffe ce qui, comme une illusion, demeure d'un Liban où il faisait bon vivre ensemble.

    Zeidan

    08 h 44, le 16 septembre 2021

  • « Le diesel introduit en contrebande en Syrie nous sera restitué en tant que fuel iranien ». Tout est dit!

    Yves Prevost

    07 h 21, le 16 septembre 2021

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