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Moyen-Orient - Irak

À quelques semaines des législatives, l’opération séduction du Hachd al-Chaabi

La récente annonce de la réintégration de 30 000 membres au sein de la coalition paramilitaire est perçue par nombre d’analystes comme une stratégie à visée purement électoraliste.

À quelques semaines des législatives, l’opération séduction du Hachd al-Chaabi

Un partisan de la coalition de paramilitaires du Hachd al-Chaabi brandissant un drapeau de ce mouvement, le 17 octobre 2020 à Bassora, en Irak. Hussein Faleh/AFP

Ils avaient été près de 30 000 membres au sein des Forces de mobilisation populaire (PMF, ou Hachd al-Chaabi en arabe) à être limogés de leurs fonctions entre 2015 et 2018. Ils ont à présent été réintégrés au sein de la puissante coalition paramilitaire irakienne, proche de Téhéran. Cette décision du gouvernement irakien a été révélée par le chef des PMF – Faleh al-Fayad – au cours d’une conférence de presse tenue lundi. Sous le gouvernement de l’ancien Premier ministre Haider al-Abadi, en poste entre 2014 et 2018, plusieurs combattants avaient été congédiés du fait de leur absentéisme et, pour beaucoup d’entre eux, pour leur incapacité à servir pendant la bataille contre l’État islamique.

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À quelques semaines seulement du scrutin législatif prévu le 10 octobre, la restauration des contrats de ces miliciens leur permettra de retrouver emploi et salaire. « Le ministère des Finances a autorisé (...) le transfert des fonds alloués au retour de 30 000 membres du Hachd al-Chaabi, dont les contrats avaient été résiliés », a fait part dans un communiqué Ahmad Assadi, un leader du bloc parlementaire du Hachd. M. Fayad a précisé, quant à lui, au cours d’une intervention télévisée que l’organisation utiliserait ses propres fonds pour financer l’opération de réembauche. « Les PMF sont en train de réajuster leur budget et elles ont pu faire des économies pour se le permettre. Il a donc été très difficile pour le ministère des Finances de dire non », avance Michael Knights, expert au Washington Institute for Near East Policy. Le timing est éminemment politique. Car la question remonte à loin. Déjà en mai dernier, le Premier ministre Moustafa al-Kazimi promettait la remise en service de ces anciens combattants licenciés, même si cela devait nécessiter des amendements à la loi budgétaire. « La crise de ceux dont le contrat a été résilié n’est pas nouvelle. Elle dure depuis des mois, avec des manifestations, des coupures de route, des affrontements… La décision actuelle peut être le fruit de négociations entre plusieurs acteurs comme le conseil du Hachd et le ministère des Finances afin qu’elle soit prise avant les élections », commente Ihsan al-Shammari, directeur de l’Iraqi Center for Political Thought. « La crise a mis en évidence les mensonges de certains chefs politiques et miliciens qui avaient promis à leur base d’y remédier, sans succès. Or revenir sur la résiliation des contrats maintenant replace des chefs qui ont perdu la confiance des leurs en bonne position, ce qui peut leur permettre de se renforcer électoralement. »

Propagande

Plusieurs factions armées officiant au sein des PMF disposent d’un bras politique qui compte se présenter au scrutin d’octobre, dans un contexte aussi tendu qu’incertain. Malgré le vote d’une nouvelle loi électorale par le Parlement en décembre 2019, ratifiée onze mois plus tard par le président Barham Saleh et visant à donner plus de chances aux candidats indépendants – une demande émanant à l’origine de l’intifada d’octobre 2019 –, nombre de figures du soulèvement assurent désormais vouloir boycotter les élections du fait du climat de peur que font régner les milices pro-Téhéran dans une atmosphère d’impunité générale, marquée également par la résurgence de l’État islamique. À quoi se conjuguent les manœuvres du clerc populiste Moqtada Sadr, homme fort du pays connu pour ses volte-face. Dernier exemple en date, alors qu’il avait annoncé à la mi-juillet son retrait du scrutin législatif, le chef du mouvement sadriste est revenu sur sa décision à la fin du mois d’août en déclarant au cours d’une allocution télévisée que lui et ses partisans participeraient aux élections, sous prétexte que plusieurs dirigeants politiques qu’il n’a pas identifiés lui auraient transmis une « charte de réformes » visant à débarrasser l’Irak de la corruption et de la mauvaise gestion.

Pour mémoire

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Plusieurs analystes et activistes ont d’ores et déjà souligné une démarche de l’Alliance du Fateh – proche des PMF – visant à marquer des points auprès de son public.

« Il a été remarqué, après l’annonce de la réintégration des personnes dont les contrats avaient été rompus, que chaque bureau de député a apposé son nom et son logo sur l’attestation de réintégration du ministère des Finances. C’est une manière de s’autocélébrer, comme si c’était grâce à eux que ces 30 000 personnes avaient recouvré leurs droits », confiait l’activiste Muntazer Bakhit au média irakien indépendant al-Aalem al-jadeed, dans un article publié le 14 septembre. « Or ce n’est pas vrai, car la décision avait été comprise dans la loi de finances de cette année et il n’y a aucun nouvel acquis », avançait-il.

Du côté du Premier ministre irakien, la volonté de réintégrer les 30 000 personnes concernées paraît s’inscrire dans le cadre de son jeu de contorsionniste depuis son arrivée au pouvoir en mai 2020. Tenter d’œuvrer à la stabilisation de l’État mise à mal par l’influence des factions affiliées ou proches de la République islamique tout en montrant patte blanche à Téhéran pour éviter d’envenimer la situation. « La promesse de Moustafa al-Kazimi de revenir sur la résiliation de contrats montre qu’il ne les considère pas comme des adversaires d’une part et qu’il n’est pas en conflit avec le conseil du Hachd al-Chaabi d’autre part, puisque cette situation consistait en une crise majeure pour eux. Il essaye ainsi d’éteindre les feux autant que possible. Et ceux dont les contrats ont été résiliés sont un de ces feux », note M. Shammari. Pour les PMF, la réintégration des 30 000 salariés envoie également un message à l’intention de M. Kazimi dont le gouvernement a approuvé le 31 août dernier un projet de loi sur la conscription obligatoire, 18 ans après son annulation dans le sillage de l’invasion américaine de l’Irak. Une proposition qui, dans l’esprit, semble vouloir renforcer les prérogatives de l’État central au détriment des milices.



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