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Nos Lecteurs ont la Parole

Le Libanais errant

Quelque chose se disloque dans la structure libanaise, les Libanais sont désorientés. Peut-être qu’ils l’ont toujours été.

Le problème est-il dans la création du Liban ou bien dans le fonctionnement et la gestion qui s’ensuivent ? Les tourments politiques de la région et l’influence des grandes puissances jouent un grand rôle. Les historiens et politologues peuvent débattre sur les accords Sykes-Picot, le rôle du patriarcat maronite et les tiraillements France-Angleterre. D’autres mentionnent l’instauration de nouvelles frontières avec la chute de l’Empire ottoman, sans oublier la déclaration Balfour en 1917 et la création de l’État d’Israël en terre de Palestine pour réunir « les juifs errants ». Les États arabes se construisent et se disloquent au gré des intérêts extérieurs et de l’équilibre des blocs en présence : l’Amérique, l’ours soviétique et le dragon chinois font jouer leurs intérêts. Rappelons ce qu’en dit Alexis de Tocqueville : « L’Amérique n’est pas plus éclairée que les autres, mais elle sait réparer ses fautes mieux que les autres. » Le Liban fonctionne, tant bien que mal, avec son régime parlementaire, un système judiciaire, une armée régulière et des dirigeants capables et respectables au départ. En 1975, tout va basculer. La guerre s’installe, les miliciens s’emparent du pays. L’extérieur devient de plus en plus dominant dans notre tissu intérieur en idéologie et en groupes armés. Nos décideurs et politiques, incapables et profiteurs, vont s’impliquer dans les courants extérieurs. L’entente entre communautés, souvent proclamées exemplaires, devient à la merci des responsables et de leurs intérêts. Sous le vocable de rapprochement et d’entente, ce sont les petits intérêts des dirigeants qui prédominent. Le principe était de partager les avantages entre les responsables, affaiblir le système étatique et ruiner l’infrastructure. Des prêts et des dons de plus de 100 milliards de dollars sont déviés vers les poches des responsables politiques et des profiteurs de tous bords. Les installations du pays se dégradent (réseau routier, électricité, eau, administration, traitement des ordures, éducation, … réseaux de communication défaillants). Qui est responsable ? Ou bien qui sont les responsables ? Pas de réponses.

Par ailleurs, une politique de défense n’a pas été définie ou appliquée. Une résistance s’installe, aidée de l’extérieur, établissant un statu quo qui fige le pays et entraîne sa désorganisation. L’État n’a plus le monopole des armes, ce qui va perturber sa souveraineté. Tout l’échafaudage étatique se disloque et le pacte national remis en cause. La notion de « vivre-ensemble » est chaque jour malmenée sans que les responsables ne s’en inquiètent. Le pays et son peuple tombent dans la misère matérielle, psychologique et sociale. Mais qui dirige le pays ? Un gouvernement qui ne gouverne pas, des responsables qui s’entre-déchirent et qui se barricadent derrière leurs communautés respectives. Mais dans les communautés, il y a des personnes capables, de bonne volonté, qui doivent se déclarer pour sauver le pays. Des personnes mettant l’intérêt du pays comme leur seul objectif. Un meilleur gouvernement se fera un jour. Un gouvernement loin des extrémismes, en harmonie avec la société internationale. Le Liban pourra discuter avec tous les pays et tous les blocs sans crainte et sans timidité. Le Liban doit éviter les politiques de nettoyage culturel (comme la destruction des bouddhas de Bamyan par les talibans en Afghanistan et la destruction de Palmyre en Syrie par Daech). Nous vivons un temps de perte de la boussole morale, culturelle et surtout rationnelle. On fait régner l’au-delà sur le pouvoir de notre intelligence humaine. En ces temps de crise, le génie libanais peut construire des ponts de rencontre, et les idiots érigeront des barrières.Évitons les épidémies de croyances extrémistes. Le pays tombe dans le nihilisme où chacun a sa vérité. Retrouvons le sens des valeurs collectives et humanitaires. Retrouvons des responsables qui ont plus d’idéal et moins d’ambitions personnelles. La justice doit juger la « clicocratie » qui a racketté le pays. Le Liban a sa place dans le concert des nations. Les nations réunies autour du respect de l’humain, du respect de la liberté des peuples, du respect des grands principes que tous les pays cultivent. Une culture démocratique loin des dictatures idéologiques, avec un dialogue libre et responsable. Ainsi, le Libanais rebâtira le Liban sur la base de la science, du savoir numérique, des découvertes et des recherches vers un lendemain florissant. Un Liban réorganisé et décentralisé. Le rêve libanais existe. Tous, femmes, hommes, jeunes, éviteront les fuites, l’exil et l’errance à travers le monde. Travaillons à la relève et à la reconstruction d’un Liban rêvé. C’est l’affaire de tous.

Adel AKL

Psychiatre psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Quelque chose se disloque dans la structure libanaise, les Libanais sont désorientés. Peut-être qu’ils l’ont toujours été.Le problème est-il dans la création du Liban ou bien dans le fonctionnement et la gestion qui s’ensuivent ? Les tourments politiques de la région et l’influence des grandes puissances jouent un grand rôle. Les historiens et politologues peuvent débattre sur...

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