« La vie dessine son déroulement sur la toile appelée temps, et le temps ne se répète jamais ; une fois parti, il est parti pour toujours. Il en est de même d’un acte. D’autre part : tout commence dans une atmosphère de liberté par un acte d’invention. Puis vient l’habitude, sorte de corps qui, comme le corps lui-même, est un faisceau d’habitudes. Et puis, l’habitude s’invétérant... peu à peu elle se dégrade en mécanismes où s’endort et s’ensevelit la conscience. » Fritz Perls
Extrait de Mon dialogue avec Fritz Perls
Nicolas Reichel dans Gestalt 2011/1 (n° 39).
Que de temps passé à cause de la persistance implacable de l’évitement chez le Libanais. Il confirme le vide ou l’embarras face au besoin urgent de la conscientisation. Tout le monde s’agite alors que le même langage utilisé demeure sous la coupe des verbes accusateurs et justificatifs. Ainsi, l’attente inespérée d’une large part de la population mise encore sur les tuteurs préférés car ils décideront de leur sort en temps opportun. Cependant, presque personne ne dit ni ne crie des vérités crues.
Rares sont les personnes qui disent ce qu’elles pensent sans détour et assument franchement leurs rôles. La norme des décideurs est dramatiquement partout, en famille et dans les structures collectives. Beaucoup s’en plaignent sans rien faire jusqu’à devoir quitter le pays car ils n’ont appris ni voulu prendre position pour bâtir bien avant l’identité nationale, un être humain unifié et effectivement responsable.
En fin de compte, on a rarement rencontré au pays du Cèdre des personnages qui reconnaissent et évoquent les erreurs qu’ils commettent. Ceux-ci composent pourtant une large part de notre société qui ne décidera de démissionner d’aucun poste, privé ou public. Ces gens-là perçoivent une position comme un acquis qui prévaut bien plus que les principes énoncés et les formes écrites. Alors que l’abstinence en pleine catastrophe sévit cruellement en notre pays, de nombreuses familles se prédisposent à quitter après avoir survécu de justesse aux multiples guerres et humiliations. D’autres s’engagent à lâcher prise du rêve d’un autre Liban car leur état mental est encore ce qui reste pour redémarrer parfois n’importe où. Vont-ils revenir quand les accords internationaux et locaux s’entendront pour calmer les tensions et installer le minimum vital ?
Depuis longtemps déjà, tant parmi nous ont suspendu ou enfoui en eux la prise de position délibérée pour ne pas froisser la sensibilité d’un aîné ou la susceptibilité de « bienveillants » décideurs qui composent finalement ce qui les arrange. Que faire donc de l’État de ces irresponsabilités, quand ceux qui les incarnent hésitent encore à se critiquer au miroir ?
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