Des citoyens attendant leur tour, avant de pouvoir effectuer des démarches administratives. Photo Salah Hijazi
À Beddaoui, au Liban-Nord, un moukhtar a été arrêté dernièrement pour avoir livré à des Syriens des documents normalement réservés aux sans-papiers d’origine libanaise, ce qui pourrait ainsi leur permettre de se faire passer pour des Libanais. Cette fraude relance le débat autour d’une possible implantation des réfugiés, étant donné que les personnes enregistrées sur les registres d’état-civil dans la catégorie « sans-papiers » font partie de ceux qui sont éligibles à la naturalisation. Il s’agit de personnes dont les familles n’ont pas été incluses dans le recensement officiel de 1932, qui a permis de compter les résidents du pays et de leur délivrer des cartes d’identité, mais qui peuvent prétendre à la nationalité libanaise à tout moment. Ces personnes reçoivent d’habitude une carte d’identification délivrée par le moukhtar et sont prioritaires lors de l’émission de décrets de naturalisation.L’affaire a été découverte il y a un mois par les autorités lorsqu’un homme d’origine syrienne, interrogé par le département de la Sûreté de l’État pour son implication dans l’entrée illégale de Syriens au Liban, reçoit un message d’un moukhtar de Beddaoui le notifiant que ses papiers sont prêts. « Le moukhtar lui avait préparé des cartes attestant que lui et sa famille étaient des sans-papiers libanais, ce qui est très dangereux. Quand on se fait passer pour un sans-papiers au Liban, on peut prétendre à la nationalité », confie à L’Orient-Le Jour une source judiciaire qui a requis l’anonymat. « C’est la première fois que nous avons affaire à ce genre de fraude. Nous avons décidé d’alerter l’opinion publique lorsque l’enquête nous a permis d’avoir assez d’éléments à charge », ajoute cette source.
Trois accusés pour l’instant
Le juriste interrogé met en garde contre le fait que « des Syriens entrés illégalement au Liban peuvent tenter de bénéficier de cette pratique, puisqu’ils ne sont pas connus des autorités. Cela est également valable pour les Syriens nés ici et qui n’ont jamais été déclarés ». La majorité des enfants de réfugiés syriens nés au Liban ne possèdent pas de papiers d’identité syriens ni d’actes de naissance et le Liban n’a pas de données précises sur le nombre de ces enfants. Le juriste précise par ailleurs que des réfugiés palestiniens de Syrie pourraient également tenter de bénéficier de ce système frauduleux. Les Palestiniens établis au Liban ne pourraient pas le faire, selon lui, car ils sont déjà connus des autorités ainsi que des Nations unies.
« Nous ne savons pas encore combien de personnes ont pu bénéficier de la délivrance de ces cartes ni si d’autres élus s’y sont également mis. C’est au ministère de l’Intérieur de mener une enquête administrative à ce sujet et de faire la lumière sur ces aspects-là », lance le juriste, qui indique que la justice enquête pour l’heure avec trois accusés : deux Libanais, dont le moukhtar, ainsi que le Syrien impliqué. Une audience est prévue cette semaine.
Ce juriste alerte par ailleurs sur le fait que les cartes saisies chez le moukhtar de Beddaoui ne comportent pas de numéros de série, contrairement à la pratique. « Comment le moukhtar s’est-il procuré des cartes sans numéros de série ? Le ministère de l’Intérieur est-il en train de distribuer des cartes non numérotées ? » se demande cette source.
Contacté par L’Orient-Le Jour, une porte-parole du ministère de l’Intérieur a refusé de commenter cette affaire et s’est contentée de déclarer que le ministre sortant Mohammad Fahmi « attend les résultats de l’enquête avant de se prononcer sur ce dossier ».


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Ne soyons pas si mal-pensants ! Ce maire héroïque de Beddaoui a délivré ces documents uniquement par charité humaine, sans toucher un sou, et sans oublier d'offrir aussi le café et les douceurs ! - Irène Saïd
12 h 20, le 01 septembre 2021