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Économie - Blé Subventionné

Le ministère de l’Économie veut tracer les quantités de pain produites

Le ministère de l’Économie veut tracer les quantités de pain produites

Avec la baisse de la couverture de l’enveloppe des subventions de la part de la Banque centrale, les commerçants illégaux et contrebandiers semblent s’être rabattus sur la farine. Photo M.A.

Pendant que le Liban vivote d’une semaine à l’autre, au rythme des scandales de stockage de médicaments et de carburants par des importateurs peu scrupuleux, l’embourbant toujours plus dans une crise économique sans fond et mettant en danger la vie de ses citoyens, c’est à la protection d’un autre bien essentiel subventionné que s’est attaqué hier le ministre sortant de l’Économie et du Commerce Raoul Nehmé : le pain, fabriqué à partir de produits subventionnés, tels le blé et le carburant.

Dans son communiqué publié hier, le ministre a en effet indiqué que son équipe a réalisé plusieurs « saisies » et découvert qu’il existait un « marché parallèle » de farine subventionnée et de pains libanais vendus à des prix supérieurs à ceux fixés par le ministère. De fait, avec la baisse récente de la couverture de l’enveloppe des subventions de la part de la Banque du Liban (BDL), impactant surtout les carburants et une partie des médicaments, des contrebandiers, certains commerçants et d’autres acteurs illégaux semblent s’être rabattus sur la farine, dont les importations de blé sont toujours subventionnées au taux officiel de 1 507,5 livres le dollar et dont la couverture par la banque centrale est même passée fin mars dernier de 85 à 100 %. Pour rappel, afin de réduire l’impact de la dévaluation de la monnaie nationale sur le pouvoir d’achat des Libanais, la BDL fournit depuis octobre 2019 des devises aux importateurs de denrées essentielles à un taux de change inférieur à celui du marché, qui s’est élevé hier à près de 19 200 livres pour un dollar. Une stratégie dont les contrebandiers et certains commerçants semblent avoir été les principaux bénéficiaires, stockant ces produits pour les vendre ensuite plus cher au Liban et à l’étranger.

Les contre-mesures du ministère

Raoul Nehmé a donc détaillé hier les nouvelles règles de contrôle de la vente du pain. Ainsi, les boulangers devront désormais envoyer un document par e-mail à l’Office des céréales et de la betterave sucrière chaque lundi avant 17h dans lequel ils auront inscrit les quantités de pain vendues aux clients et aux distributeurs entre lundi et dimanche soir à minuit. Ils devront séparer dans le document les grands des petits paquets de pain arabe. Le ministre demande aussi aux boulangeries de préciser le nom des distributeurs, leurs numéros de téléphone, le type de voiture ainsi que la plaque d’immatriculation. Les boulangeries devront commencer par les quantités vendues entre le 23 et le 29 août, soit la semaine dernière, mais le fichier type envoyé par le ministère s’étale déjà sur chaque semaine jusqu’au 3 octobre. Si une boulangerie ne fournit pas les informations demandées, elle se verra rayée de la liste des bénéficiaires de la farine subventionnée. Si les quantités des informations déclarées sont fausses ou erronées, le dossier sera déféré devant les autorités judiciaires.

La réponse des boulangers

Répondant au ministre, le syndicat des boulangeries de Beyrouth a assuré hier « faire son devoir » concernant la fabrication du pain, « compte tenu de la situation générale par laquelle passe le pays », et notamment de la « disponibilité (…) du mazout et de la farine ». Également dans un communiqué, son président Ali Ibrahim a ironisé en demandant à l’Office des céréales si les boulangeries ont reçu les quantités de mazout et de farine qu’elles sont censées obtenir en prenant en compte les « autorisations en cours ». La faible quantité reçue de ces produits est « indépendante de sa volonté », ajoute-t-il, expliquant ainsi la baisse du nombre de pains produits tout en accusant le ministère d’être au courant de ces problèmes. Le syndicat a ainsi rejeté les accusations indirectes d’« accaparement, de stockage et de contrebande » et a appelé le ministère à vérifier plutôt les stocks de farine et de mazout présents dans les boulangeries et à réduire la quantité distribuée aux contrevenants, tout en distribuant la farine aux

autres boulangeries.

Les minotiers pas concernés

À noter toutefois que ce sont les importations de blé qui sont subventionnées, et non la farine. En ce sens, le ministre n’a pas accusé hier les minotiers ni indiqué qu’ils devaient suivre la même procédure. Une source proche du ministère n’a pas pu confirmer s’il y avait des contrôles sur les quantités de blé ou de farine dans les moulins.

La dernière mise à jour des prix officiels du pain date du 23 août, fixés en fonction des cours mondiaux du blé, des prix du carburant au Liban ainsi que des coûts du sucre, de la levure, du sel et du sac plastique.

Selon cette tarification, le grand paquet doit être vendu en boulangerie à un prix maximal de 4 500 livres pour un poids d’au moins 950 grammes et le petit paquet est tarifé à 2 750 livres pour un poids minimum de 380 grammes. Les clients souhaitant acheter leurs pains dans les commerces doivent débourser 500 livres de plus, selon une mesure décidée en avril suite à un désaccord sur le prix intermédiaire de vente aux distributeurs, causant des problèmes d’approvisionnement dans les zones rurales n’abritant pas d’usines de fabrication de pain. D’ailleurs, le ministre a accusé hier les boulangeries de refuser de vendre du pain aux distributeurs, entraînant un arrêt de travail de plusieurs d’entre eux.

Pendant que le Liban vivote d’une semaine à l’autre, au rythme des scandales de stockage de médicaments et de carburants par des importateurs peu scrupuleux, l’embourbant toujours plus dans une crise économique sans fond et mettant en danger la vie de ses citoyens, c’est à la protection d’un autre bien essentiel subventionné que s’est attaqué hier le ministre sortant de l’Économie et du Commerce Raoul Nehmé : le pain, fabriqué à partir de produits subventionnés, tels le blé et le carburant. Dans son communiqué publié hier, le ministre a en effet indiqué que son équipe a réalisé plusieurs « saisies » et découvert qu’il existait un « marché parallèle » de farine subventionnée et de pains libanais vendus à des prix supérieurs à ceux fixés par le ministère. De fait, avec...
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