M. Khater est un écrivain épris du roman fiction. Son paradis existe dans une sphère qu’il peut cuisiner et mijoter à sa guise. Il est issu d’une éducation parentale libanaise, peu traditionnelle, qui l’a encouragé à ne pas leur ressembler, à ne pas faire systématiquement ce qu’il faudrait faire mais à découvrir ses moyens, ses limites, ses corrections et ses propres objectifs. C’est à ce sujet qu’il partage un soir avec ses amis de nouvelles résolutions après avoir survécu aux attentes stériles, aux guerres et à la dévastation de Beyrouth du 4 août 2020 : « Mes parents m’ont appris à vivre au présent, comme dans un espace de découvertes, de rencontres et d’échanges. Là où l’observation passe en premier. Je me suis senti d’ailleurs presque étranger dans mon pays depuis que je m’exprime spontanément. Tant de mes connaissances issues de diverses générations ont préféré taire un tas de vécus car cela ne pouvait convenir à la susceptibilité d’autrui. Quant à moi, je refuse toujours de ranger mes convictions vis-à-vis des formes agréées de cloisonnements ou de faire patienter une évolution franche sans détours. Je vais d’ailleurs prendre congé de mes révoltes et me suffire du regard direct et de l’acte fonctionnel. Je laisse tomber mes expectatives pour m’évader à travers ce dernier livre. L’échange non figé, la communication gestuelle et le maintien de tout rapport sensé y sont bien plus précieux que ceux qui sont vissés à leurs cercles, au verbe musclé et aux promesses en dernier recours. Ainsi, je vous confie un extrait de Libéré des attentes :
“Aujourd’hui, je m’en vais avec mon compagnon et cher chien Azur. Ce fidèle être a survécu par miracle à l’anéantissement de la capitale.
Avec lui, pas besoin d’expliquer pour se comprendre. On va visiter la vraie jungle et parcourir l’autre langage, du pur non-verbal au cœur de la nature. On ira célébrer la vie saine dans un espace sans fausses formes. Là où le monologue n’existe plus. La bienveillance est ici d’un autre ordre, le va-et-vient harmonieux des formes et des mouvements des éléments de la nature. On s’y réfugie, lui et moi, loin du massacre de l’humain où des criminels en liberté massacrent chaque jour des enfants, des femmes et des hommes !” »
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