Les pénuries de carburants et d’électricité ont récemment impacté l’approvisionnement en pain au Liban. Photo Anwar Amro/AFP
Après plus de sept mois de tergiversations, l’aide financée à partir d’un prêt accordé au Liban par la Banque mondiale (BM) afin de financer un programme de filet social d’urgence (ESSN) sera finalement déboursée en dollars, selon un tweet du directeur régional pour le Moyen-Orient de l’institution internationale, Saroj Kumar Jha, posté hier sur le réseau social. Financé par la BM à hauteur de 246 millions de dollars, ce plan a pour but de venir en aide à au moins 147 000 familles, les plus démunies face à la pandémie de Covid-19 et à la terrible crise socio-économique que subissent les Libanais depuis deux ans.
Malgré son caractère d’urgence, ce dispositif initié par la BM pour donner les moyens au Liban de répondre aux crises – économique, sociale et sanitaire – qu’il traverse est en suspens depuis la mi-janvier dernier en raison d’un contentieux avec les responsables libanais quant à la monnaie de déboursement. Négocié en amont du contrat et approuvé par le Parlement début mars, le taux de change entre le dollar et la livre libanaise utilisé pour débourser l’aide aux bénéficiaires de ce plan avait en effet été fixé à 6 240 livres pour un dollar (contre le taux de 1 507,5 livres en parité officielle et celui de 3 900 livres pour les devises conservées en banque). Un taux dit « humanitaire » qui a rapidement perdu tout sens dans le sillage d’une grave dévaluation de la monnaie nationale sur le marché parallèle, qui avait atteint en mars un pic à 15 000 livres. La BM avait alors exprimé son souhait de voir l’aide versée en devises plutôt qu’en livres, subissant une levée de boucliers, notamment de la part de la Banque du Liban (BDL) par laquelle le prêt devait transiter.
Lettre de Wazni
La dévaluation de la monnaie s’étant dramatiquement poursuivie depuis, s’échangeant hier autour des 19 200 livres par dollar, et malgré l’expiration du contrat mi-mai dernier, le ministre sortant des Finances, Ghazi Wazni, a adressé une lettre hier à Saroj Kumar Jha, y approuvant le déboursement du prêt en dollars. Dans cette lettre, que nos confrères de L’Orient Today ont obtenue, Ghazi Wazni précise que son ministère est prêt à payer les bénéficiaires en dollars via les guichets des établissements bancaires, les distributeurs automatiques, les bureaux de transfert d’argent ou « tout type de canal de retrait convenu avec la BM ». Il conditionne également un retour aux versements en livres lors de la mise en place d’un « mécanisme transparent pour déterminer le taux de change journalier ou hebdomadaire (…) acceptable pour la BM », qui serait alors implémenté par le ministère des Finances et la BDL et qui permettra aux bénéficiaires de choisir entre un versement en dollars et un versement en livres. Contacté par L’Orient Today, le ministre sortant n’a pas souhaité commenter cette lettre.
L’annonce de Sarj Kumar Jha constitue donc une bonne nouvelle, du moins en théorie, alors que le pays traverse des pénuries en biens de première nécessité de plus en plus sévères (médicaments, carburants, électricité), ainsi qu’une explosion des prix à la consommation en conséquence, suite à une levée progressive des subventions sur ces denrées de la part de la BDL depuis quelques semaines. Toutefois, certaines conditions doivent encore être remplies pour l’instauration de ce filet, notamment la vérification des listes des bénéficiaires éligibles et l’embauche d’une agence indépendante s’assurant de la transparence du mécanisme (le suivi des dossiers et le contrôle de la distribution de l’aide). Des processus qui devraient prendre « quelques mois », selon les estimations de la BM datant d’avril dernier, mais que Saroj Kumar Jha espère voir implémentés « bientôt pour une mise en place du mécanisme immédiate ». Enfin, le gouvernement libanais doit également signer un accord avec le Programme alimentaire mondial, chargé de superviser le versement des aides financières sur la base des listes de bénéficiaires transmises par les autorités libanaises.
Face à l’accumulation de conséquences dramatiques qu’aurait une levée totale des subventions sans filet, cette annonce suit celle issue de la réunion parlementaire tenue vendredi dernier lors de laquelle les députés ont demandé à accélérer le projet de carte d’approvisionnement, un mécanisme d’aide aux familles les plus marginalisées par la crise et devant servir de substitut aux subventions. Là encore cependant, cette réponse d’urgence a subi une procrastination éhontée depuis des mois de la part des autorités libanaises, alors que les conditions d’éligibilité des bénéficiaires et de décaissement sont loin d’être finalisées.


Nos dirigeants MAFIEUX tel qu'on les connais, je conseillerais a la BM de mettre en place un comité de gestion pour contrôler ou va l'argent sinon.....
15 h 39, le 24 août 2021