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Nos lecteurs ont la parole

Tous responsables et coupables : démission

« Être grand, c’est soutenir une grande querelle. » Par cette phrase, le général de Gaulle exprimait sa pensée et son action le long de sa vie. La grandeur n’est pas toujours dans la personne, mais dans le choix de la cause qu’elle défend tout en restant personnellement humble.

Revoyons le trajet vers l’abîme de notre société par les soins de nos dirigeants. La guerre, rappelons-le, a fait deux cent mille morts. S’y ajoutent autant de handicapés et des souffrances pour le restant de la société. Une grande saignée et un grand traumatisme pour un petit pays. Aucune étude, aucune réflexion objective n’a été dégagée. Ni les différentes causes intérieures ni les participations actives étrangères n’ont été élucidées. Tout a été balayé et mis sous le tapis.

Les mêmes chefs de milice vont reprendre le pays en main en changeant simplement leurs habits. C’est une mainmise sur le pays, avec le même esprit milicien. Les anciens responsables seront écartés, les uns exilés volontaires (Raymond Eddé, Saëb Salam) et d’autres décédés ou empêchés de participer. Une loya jirga (groupe de tribus afghanes) va s’organiser en Parlement. Ainsi, le pays s’installe dans un système tribal sous l’appellation de démocratie parlementaire ou bien de système libéral. C’est une répartition confessionnelle des députés et des différents postes du pays établis sous tutelle syrienne à Taëf. Les députés et leurs leaders vont continuer à sévir en dominant l’administration avec des responsables à leur solde.

Un régime bâtard s’est instauré. Troïka, doïka et autres appellations. Disons, plutôt, un système clientéliste de corruption... corruption et corruption. Au lieu de redresser le pays en réorganisant l’administration, en rétablissant le pouvoir de l’État, en appliquant les lois, c’est l’argent qui devient roi. Par l’argent, tous les excès, les abus, le favoritisme vont prédominer. Vont en bénéficier les détenteurs du pouvoir et une clique de profiteurs sans foi ni loi.

Dans ce délabrement étatique, les vents extérieurs devaient en bénéficier. Un groupe militaire va instaurer sa domination, soutenu et financé par l’extérieur. Le pays va continuer à s’effriter sans aucune relève pour instaurer l’idée du bien public, d’une bonne gestion de l’État et d’une bonne administration... Cela nous entraîne au 4 août 2020, crime national flagrant avec ses morts et ses ruines, et en août 2021, le drame du Akkar avec ses victimes innocentes. Avec les mêmes problèmes de protection illégale... et de contrebande.

Tous les responsables étaient au courant et tous veulent s’abriter sous une immunité honteuse. S’y ajoute un Parlement complice et modulable selon les circonstances et les intérêts qui sont, en fait, nos responsables !

Un système défaillant à tous les niveaux.

L’éducation, le système social, la santé, la justice sont en panne. Les besoins de tous les jours, médicaments, lait pour enfants, mazout, essence, internet, téléphone, sont introuvables. Les vols en tout genre fleurissent car la faim justifie les moyens. Qui de nos responsables s’en préoccupe ? Le gouvernement démissionnaire ? C’est en prison qu’il doit être pour haute trahison.

Certaines voix timides osent exprimer leur colère, le peuple est aux abois, dans la misère. Il faut faire éclater sa colère, sa rage, et manifester par tous les moyens contre les usurpateurs du pouvoir. Des groupes citoyens doivent crier haut leur dégoût face aux politiques. Des pays amis et les Nations unies doivent être sollicités. Un peuple écrasé, abusé, affamé et désorienté doit crier sa rage, son dégoût et son indignation.

Le Liban pluraliste et souverain doit réagir et écarter la domination et la dictature. Les associations libres, les jeunes, les journalistes libres, les penseurs, les groupes d’avocats, de magistrats, et les médecins doivent exprimer leur idéal de liberté face à l’esprit des ténèbres et de l’obscurantisme. Le Liban doit reprendre sa place auprès des grandes nations soucieuses de liberté, de dialogue et de respect des grands principes humains. Chacun de nous doit réfléchir avec l’autre, libre et ouvert au dialogue, à la rencontre des différences. Chacun de nous peut se libérer de ses visions narcissiques, chacun de nous peut et doit participer à rebâtir le vrai Liban. Des groupes travaillent dans cette direction, ils seront prêts le moment venu pour prendre la relève, et arracher le Liban des griffes des malfaisants et les juger. La cause du Liban est une grande cause. Tous les Libanais de bonne volonté doivent participer et soutenir les groupes de travail déjà en action. Quelle que soit la formule, un Liban nouveau doit émerger.

Adel AKL

Psychiatre, psychanalyste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

« Être grand, c’est soutenir une grande querelle. » Par cette phrase, le général de Gaulle exprimait sa pensée et son action le long de sa vie. La grandeur n’est pas toujours dans la personne, mais dans le choix de la cause qu’elle défend tout en restant personnellement humble. Revoyons le trajet vers l’abîme de notre société par les soins de nos dirigeants. La guerre, rappelons-le, a fait deux cent mille morts. S’y ajoutent autant de handicapés et des souffrances pour le restant de la société. Une grande saignée et un grand traumatisme pour un petit pays. Aucune étude, aucune réflexion objective n’a été dégagée. Ni les différentes causes intérieures ni les participations actives étrangères n’ont été élucidées. Tout a été balayé et mis sous le tapis. Les mêmes chefs de milice vont...
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