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Moyen-Orient - PORTRAIT/DANS NOS ARCHIVES

Hossein Amir-Abdollahian, le diplomate des gardiens de la révolution

Le chef de la diplomatie iranienne, Hossein Amir-Abdollahian, a été tué le 19 mai 2024 dans le crash de l'hélicoptère dans lequel il se trouvait avec le président iranien, Ebrahim Raïssi. Nous vous proposons de (re)lire son portrait, écrit en 2021 lorsqu'il a été nommé ministre des Affaires étrangères. 

Hossein Amir-Abdollahian, le diplomate des gardiens de la révolution

Le nouveau ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian. Photo AFP

Le 12 octobre 2020, la fondation Soleimani organisait à Téhéran une cérémonie pour le lancement d’un livre : les Mémoires de Hossein Amir-Abdollahian sur la guerre syrienne. Intitulé L’aube de Damas (Sobh-e Sham), l’ouvrage dévoile le récit de son expérience du conflit en accordant la dernière partie au rôle « irremplaçable » qu’y a joué Kassem Soleimani, ex-commandant en chef de l’unité d’élite al-Qods au sein des gardiens de la révolution (IRGC) éliminé dans un raid américain à Bagdad le 3 janvier 2020. Les déclarations de celui qui était à l’époque « ancien diplomate » donnaient à son entreprise des allures d’exécution testamentaire : « Environ un an avant qu’il ne meure en martyr, il (Soleimani) m’a dit “je n’ai pas beaucoup de temps et d’opportunités pour écrire mes souvenirs (...) mais essayez d’écrire autant que possible les vôtres sur la Syrie et gardez-les pour les générations futures”. » Un cliché immortalise l’évènement : Hossein Amir-Abdollahian en costume, le visage couvert d’un masque chirurgical, remet une copie de son œuvre à la fille du défunt.

C’est à cet homme connu pour sa proximité avec les IRGC que reviennent depuis une semaine les rênes de la diplomatie iranienne dans le gouvernement mené par l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi. Le couronnement d’une carrière de plus de vingt ans au cours de laquelle il s’est impliqué de près dans plusieurs dossiers régionaux. Sa nomination est symptomatique du triomphe de l’État parallèle iranien sur les institutions élues du pays, de la mise en veilleuse des tensions qui animent la République islamique depuis son avènement en 1979. D’un côté, le guide suprême et les IRGC qui lui sont inféodés ; de l’autre les gouvernements dépositaires d’une certaine légitimité populaire, bien qu’elle émane de processus électoraux restreints. « Le ministère des Affaires étrangères a été progressivement mis à l’écart et les institutions dites parallèles, notamment les pasdaran, ont eu plus de marge de manœuvre pour pouvoir s’imposer dans le processus d’élaboration de la politique extérieure, en particulier dans la région », résume Hamidreza Azizi, chercheur invité au sein de la division Moyen-Orient et Afrique du German Institute for International and Security Affairs (SWP). Le ministre sortant Mohammad Javad Zarif avait lui-même confié dans une interview en janvier dernier que son rôle en la matière avait été « proche de zéro ».

« Plein d’entrain »

Né en 1964 à Damghan, dans la province de Semnan, Hossein Amir-Abdollahian peut se targuer d’un engagement de longue date au Moyen-Orient. Chef de mission adjoint à l’ambassade d’Iran à Bagdad de 1997 à 2001, il se fait surtout connaître à partir de 2007 à travers sa participation aux pourparlers historiques entre Téhéran et Washington relatifs à la stabilisation de l’Irak, quatre ans après l’invasion américaine. Les discussions ne mèneront à rien mais elles soulignent déjà la confiance que suscite le diplomate quadragénaire – alors de rang subalterne – aux yeux des gardiens. Nommé quelque temps après ambassadeur au Bahreïn, il tente, dans ce pays à majorité chiite, de désamorcer les tensions avec les élites sunnites régnantes. Mais il est vite rattrapé, en 2009, par une sortie mal sentie du président du parlement iranien, qualifiant le royaume de « 14e province d’Iran ».

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C’est surtout sous le second mandat du populiste conservateur Mahmoud Ahmadinejad que s’accélère son ascension. À l’orée de l’année 2011, tandis que la région est en ébullition, Hossein Amir-Abdollahian devient ministre adjoint des Affaires étrangères pour le monde arabe et l’Afrique. Les mauvaises langues à l’époque ne manquent pas d’insister que le titre de représentant de la Force al-Qods auprès du cabinet lui siérait davantage... Les soulèvements syrien et yéménite sont alors porteurs d’enjeux sécuritaires et idéologiques considérables pour la République islamique qui jette tout son poids dans la balance pour secourir le clan Assad d’une part et le mouvement houthi de l’autre. Sans oublier le Hezbollah au Liban, modèle le plus abouti du savoir-faire paramilitaire iranien, incontournable à la survie du régime à Damas. Dans l’espace qui relie Téhéran à la Méditerranée, Soleimani manœuvre en fin stratège pour consolider son empire. À Hossein Amir-Abdollahian incombent les tâches de faire taire les divergences dans la mise en place de la politique ordonnée et de jouer les go-between entre les gardiens et le ministère. Au cours de ces années décisives, il s’entretient régulièrement en tête-à-tête avec Hassan Nasrallah, rencontré, selon ses dires, en 2010. « Ce qui est intéressant, c’est que même lorsque vous lui parlez à 3h00 du matin, il est tellement plein d’entrain que vous penseriez qu’il est 6h00 du matin », confiait-il au sujet du chef de la faction libanaise dans un entretien accordé en 2018 à l’agence de presse Tasnim, affiliée aux IRGC.

Lorsqu’il prend ses fonctions en 2013, le tandem Hassan Rohani-Mohammad Zarif remplace toute l’équipe de conseillers sortants... à l’exception de M. Amir-Abdollahian, une valeur sûre pour les gardiens. Et pour la nouvelle administration, pas question de s’embarrasser d’un conflit avec eux, elle qui a d’ores et déjà scellé son principal objectif : négocier avec les Occidentaux en vue d’obtenir l’allègement des sanctions qui entravent le développement économique du pays. En 2016, il est toutefois limogé par Mohammad Zarif. Les médias partisans de la ligne dure accusent le coup ; la démarche répondrait à une demande de Washington. Après avoir décliné un poste d’ambassadeur à Oman, M. Amir-Abdollahian devient finalement conseiller sur les questions internationales auprès de deux chefs successifs du Parlement.

« Branche exécutive des IRGC »

Plus que jamais aujourd’hui, les rivalités entre un État profond qui surveille d’une main de fer les lignes rouges du système et sa façade civile sont amenées à se tasser. En assurant la victoire d’Ebrahim Raïssi – très proche du guide suprême Ali Khamenei – à la faveur d’un scrutin présidentiel dédaignant concurrents et électeurs, le régime s’est dépouillé de tous ses faux-semblants. Dans la même veine, la nomination aux Affaires étrangères de Hossein Amir-Abdollahian – partisan d’une approche hostile et sans compromis vis-à-vis de Washington – devrait inaugurer une période moins tendue entre les gardiens et le gouvernement. « On peut s’attendre à une coopération plus étroite et moins de frictions », estime Hamidreza Azizi. « On pourrait même dire que sous la présidence d’Ebrahim Raïssi, un ministère des Affaires étrangères dirigé par Hossein Amir-Abdollahian ou autre ressemble à la branche exécutive des IRGC concernant les politiques régionales. »

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Fervent partisan de la politique vers l’Est défendue par Ali Khamenei, M. Amir-Abdollahian est cependant forcé de jouer sur tous les tableaux à la fois. Défendre l’approfondissement des relations avec la Russie et la Chine et l’éloignement de l’Occident tout en avançant sur deux dossiers prioritaires pour Téhéran : la réactivation de l’accord de Vienne et la restauration des liens avec Riyad, rompus en janvier 2016. La politique de pression maximale imposée par les États-Unis a asséné un coup terrible à une économie déjà mal en point. L’allègement des sanctions relève de l’urgence. « Hossein Amir-Abdollahian a été critique de l’accord sur le nucléaire car il considère que Washington (mais aussi les Européens) ne tient pas ses promesses », commente l’analyste Maysam Bizaer. « Mais il n’est pas tant un critique du deal en lui-même que de la manière dont il a été mis en œuvre. Selon lui, l’Iran n’a pas réagi de manière efficace aux manquements des pays occidentaux. » Même s’il n’a jamais été l’un de leurs membres, Hossein Amir-Abdollahian est perçu par les IRGC comme étant du bercail. Il pourrait bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre que ses prédécesseurs dans les discussions – aujourd’hui au point mort – avec les États-Unis. Un interlocuteur certes plus coriace, mais plus libre aussi.

Le 12 octobre 2020, la fondation Soleimani organisait à Téhéran une cérémonie pour le lancement d’un livre : les Mémoires de Hossein Amir-Abdollahian sur la guerre syrienne. Intitulé L’aube de Damas (Sobh-e Sham), l’ouvrage dévoile le récit de son expérience du conflit en accordant la dernière partie au rôle « irremplaçable » qu’y a joué Kassem Soleimani,...
commentaires (4)

C’est le bonhomme qui disait que l’Iran n’interfère pas dans les affaires libanaises et respectent la souveraineté du Liban…

LeRougeEtLeNoir

11 h 38, le 20 mai 2024

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Commentaires (4)

  • C’est le bonhomme qui disait que l’Iran n’interfère pas dans les affaires libanaises et respectent la souveraineté du Liban…

    LeRougeEtLeNoir

    11 h 38, le 20 mai 2024

  • Maintenant, on est vraiment sans président au Liban! Faut vite qu'on nous en élise un autre en Iran!

    Le borgne

    10 h 13, le 20 mai 2024

  • Les gardiens de la révolution c’est comme les gardiens de la paix. Au lieu de nous la garder, ils feraient mieux de nous la foutre…

    Gros Gnon

    20 h 59, le 18 août 2021

  • +++

    Zampano

    08 h 46, le 18 août 2021

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