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Idées - Diplomatie

Quels réalignements en vue au Moyen-Orient ?

Quels réalignements en vue au Moyen-Orient ?

Photo d’illustration : Le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane rencontre l’émir du Qatar cheikh Tamim ben Hamad al-Thani lors du 41e sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG), en Arabie saoudite, le 5 janvier 2021. Archives AFP

Que pouvons-nous déduire du remaniement des changements dans les relations et les alliances au Moyen-Orient ? Entre ennemis jurés, la diplomatie connaît un regain d’intérêt ; entre amis proches, des doutes se font jour. Des puissances régionales, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie et l’Égypte, revoient à nouveaux frais leurs politiques étrangères et renouent leurs relations avec des voisins éloignés. Les États-Unis et la Russie ont renouvelé leur rivalité régionale et la Chine devient un nouveau concurrent en lice.

Ces évolutions géopolitiques risquent bien de transformer le Moyen-Orient en foyer d’une concurrence féroce. Mais elles pourraient aussi bien finir par désamorcer des rivalités régionales et conduire au rapprochement de pays qui se détestent de longue date. Tout dépend en grande partie des principaux facteurs à l’œuvre dans ces nouveaux réalignements : le repli régional de l’Amérique, la montée en puissance de la Chine et l’impact négatif de la pandémie de Covid-19 sur les économies régionales déjà faibles.

Recul américain, regain chinois

Le président des États-Unis Joe Biden a clairement indiqué que le Moyen-Orient n’est pas une priorité de politique étrangère pour son administration. Alors que l’ancien président Donald Trump a orchestré une coalition anti-Iran dirigée par l’Arabie saoudite et Israël, Biden a cherché à se distancer de l’Arabie saoudite, notamment en mettant fin au soutien à la guerre au Yémen. Son administration a renoué les relations diplomatiques afin de rétablir l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, dont Trump a retiré les États-Unis en 2018, et a maintenu la Turquie et l’Égypte à distance.

Avec le retrait complet des États-Unis d’Afghanistan ce mois-ci, Biden a clairement indiqué que les États-Unis se désengagent des guerres froides dans la région, alors qu’ils se réorientent vers l’Asie et la Chine. Dans l’ensemble du Moyen-Orient, on estime généralement que l’Amérique n’est plus un véritable partenaire.

En outre, tandis que l’Amérique se retire, la Chine se fait de plus en plus présente dans la région. En mars, la Chine a conclu un accord important avec l’Iran, en promettant 400 milliards de dollars d’investissements sur les 25 prochaines années en échange de livraisons régulières de pétrole et de gaz. À l’occasion d’une tournée en Arabie saoudite, en Turquie, en Iran, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et à Oman le même mois, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a affirmé l’engagement de son pays en faveur de la sécurité et de la stabilité de la région. Dans une pique à peine voilée aux États-Unis, il a déclaré que la Chine s’opposerait à des interventions étrangères et se comporterait comme un intermédiaire honnête dans la résolution de conflits persistants dans la région.

Il a également montré un grand intérêt pour un accord de libre-échange chinois, qui apporterait des dizaines de milliards de dollars en opportunités d’investissement, en liant la nouvelle route de la soie de la Chine à destination de projets de développement à l’échelle locale. Ce type de manne économique rencontre un large écho au Moyen-Orient, où les taux de chômage des jeunes, les niveaux de pauvreté et d’autres indicateurs étaient lamentables bien avant que la pandémie ne les aggrave significativement.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le dialogue et la diplomatie connaissent un regain de popularité dans cette région. La plupart des dirigeants au niveau local comprennent que la sécurité du régime dépend davantage de la satisfaction des besoins de la population que de l’incitation sectaire et de la haine de « l’autre ». C’est pourquoi, en avril dernier, l’Arabie saoudite et l’Iran ont tenu des pourparlers secrets pour discuter de la manière de mettre fin au conflit au Yémen, où une coalition conduite par l’Arabie saoudite mène depuis mars 2015 une guerre contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran. L’Arabie saoudite s’est également réconciliée avec le Qatar, après avoir mis un terme à toutes ses relations avec son voisin en juin 2017. Dans un geste de rapprochement fort en avril dernier, le roi Salmane d’Arabie saoudite a officiellement invité l’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, à se rendre dans son pays.

Pourparlers secrets

Signe supplémentaire de cette agitation politique plus large, les Saoudiens ont également normalisé leurs relations avec l’Irak, mettant ainsi fin à trois décennies d’aliénation et d’hostilité mutuelles. Et après des années de conflit avec le président syrien Bachar el-Assad, les responsables saoudiens ont récemment tenu des pourparlers secrets avec leurs homologues syriens à Damas, ce qui a conduit à des rapports selon lesquels un accord sur la normalisation diplomatique pourrait être conclu.

L’Iran est peut-être également sur le point d’améliorer ses relations avec ses voisins, en particulier avec les Émirats arabes unis. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, aurait l’intention de visiter les Émirats arabes unis prochainement, à son retour d’une opération diplomatique de charme à travers le Qatar, l’Irak, le Koweït et Oman au mois d’avril.

Mais le plus important est la possibilité d’un rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Bien que le président modéré de l’Iran, Hassan Rohani, soit sur le point de terminer son mandat, le radical qui va le remplacer, Ebrahim Raïssi, a déclaré qu’il ne voit « aucun obstacle » à l’établissement de relations diplomatiques avec le royaume. Le rétablissement des relations pourrait limiter les conflits civils et les guerres par procuration en Syrie et au Yémen – deux des plus grandes crises humanitaires du monde à l’heure actuelle – et pourrait également apporter la stabilité à des pays divisés politiquement et religieusement, comme l’Irak et le Liban.

Enfin, à l’instar de l’Arabie saoudite et de l’Iran, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est lancé dans une offensive diplomatique afin de resserrer les liens de son pays dans la région, notamment vis-à-vis de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. Après avoir failli laisser éclater un conflit violent contre la Libye l’année dernière, la Turquie veut à présent améliorer ses relations économiques avec l’Égypte et d’autres puissances régionales et mondiales.

Ces réalignements régionaux récents peuvent s’expliquer par une modification des évaluations de l’équilibre des pouvoirs et par des intérêts convergents. La réduction des dépenses de l’Amérique a contraint les puissances régionales à prendre en charge leur propre sécurité en amorçant une dynamique de réconciliation. Les dirigeants régionaux reconnaissent de plus en plus qu’il n’y a rien à gagner à verser de l’huile sur le feu, comme Trump avait choisi de le faire. Grâce à la diplomatie internationale sous la conduite de l’Amérique, de l’Europe, de la Chine, de la Russie et du Japon, le Moyen-Orient peut continuer sur la voie actuelle de la désescalade.

La communauté internationale pourrait-elle négocier un accord pour une nouvelle architecture de sécurité inclusive et en faveur d’un Moyen-Orient sans armes nucléaires, ou au moins soutenir et encourager le dialogue régional et la gestion des conflits qui sont en train d’émerger dans ce contexte ? Ce n’est plus un vœu pieux d’imaginer à présent une telle issue. Si un conflit sans fin a pu marquer le passé du Moyen-Orient, ce n’est pas pour autant la destinée immuable de cette région du monde.

Copyright : Project Syndicate, 2021.

Par Fawaz A. GERGES

Professeur de relations internationales et d’études politiques moyen-orientales à la London School of Economics.


Que pouvons-nous déduire du remaniement des changements dans les relations et les alliances au Moyen-Orient ? Entre ennemis jurés, la diplomatie connaît un regain d’intérêt ; entre amis proches, des doutes se font jour. Des puissances régionales, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, la Turquie et l’Égypte, revoient à nouveaux frais leurs politiques étrangères et renouent leurs...

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Que les israéliens arrêtent la colonisation sioniste de la Terre Saine et que le régime iranien arrête la colonisation safavide de l’Iraq de la Syrie et du Liban, et le Moyen-Orient sera en paix. Sans ces deux mesures cruciales toute paix au Moyen-Orient est illusoire.

Citoyen libanais

09 h 06, le 08 août 2021

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Commentaires (1)

  • Que les israéliens arrêtent la colonisation sioniste de la Terre Saine et que le régime iranien arrête la colonisation safavide de l’Iraq de la Syrie et du Liban, et le Moyen-Orient sera en paix. Sans ces deux mesures cruciales toute paix au Moyen-Orient est illusoire.

    Citoyen libanais

    09 h 06, le 08 août 2021

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