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Monde - Afghanistan

À Kaboul, la population apeurée réapprend à vivre sous le régime des talibans

Le président américain, Joe Biden, a menacé les talibans d’une réponse militaire « rapide et puissante » s’ils venaient à perturber les opérations d’évacuation en cours des ressortissants étrangers et afghans.

À Kaboul, la population apeurée réapprend à vivre sous le régime des talibans

Des talibans patrouillant hier dans les rues de Kaboul. Wakil Kohsar/AFP

La vie reprenait lentement ses droits hier à Kaboul sous le nouveau régime taliban, même si les habitants, apeurés, restaient sur leurs gardes, pendant qu’à Washington le président Joe Biden défendait résolument le retrait des troupes américaines. Les magasins avaient rouvert dans la capitale afghane, le trafic automobile avait repris et les gens sortaient de nouveau dans les rues, où des policiers faisaient la circulation, les talibans, eux, tenant des postes de contrôle. Peu de femmes osaient toutefois se risquer dehors. Mais des signes montraient aussi que la vie ne serait plus celle d’hier. Les hommes ont troqué leurs vêtements occidentaux pour le shalwar kameez, l’ample habit traditionnel afghan, et la télévision d’État diffusait désormais essentiellement des programmes islamiques. Depuis qu’ils sont entrés à Kaboul dimanche, après une fulgurante offensive qui en à peine dix jours leur a permis de prendre le contrôle de quasiment tout le pays, et qu’ils ont investi le palais présidentiel, déserté par le président Ashraf Ghani, en fuite à l’étranger, les talibans ont multiplié les gestes d’apaisement à l’égard de la population. Hier, ils ont annoncé une « amnistie générale » pour tous les fonctionnaires d’État, appelant chacun à reprendre ses « habitudes de vie en pleine confiance ».

Mais pour nombre d’Afghans, la confiance sera dure à gagner. Du temps où ils étaient au pouvoir (1996-2001), les talibans avaient imposé une version ultrarigoriste de la loi islamique. Les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier, et voleurs et meurtriers encouraient de terribles châtiments. « Les gens ont peur de l’inconnu, confiait hier un commerçant de la capitale. Les talibans patrouillent la ville en petits convois. Ils n’importunent personne, mais bien sûr les gens ont peur. » Le principal porte-parole des talibans a déclaré que le mouvement souhaite entretenir des relations pacifiques avec les autres pays et respectera les droits des femmes dans le cadre de la loi islamique. Mais malgré les assurances des talibans, certaines informations semblaient suggérer qu’ils continuaient à rechercher des responsables gouvernementaux, un témoin racontant que des hommes à eux étaient entrés dans la maison d’un de ces officiels pour l’emmener de force. Quelques heures plus tôt, le président Biden avait défendu bec et ongles la décision de retirer les troupes américaines du pays, malgré les scènes de détresse lundi à l’aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes ont tenté de fuir le pays.

Vols d’évacuation

« Je suis profondément attristé par la situation, mais je ne regrette pas » la décision de retirer les forces américaines d’Afghanistan, où elles étaient entrées 20 ans plus tôt pour chasser les talibans du pouvoir, a déclaré M. Biden dans une adresse à la nation très attendue. Les États-Unis étaient intervenus en Afghanistan en 2001 en raison du refus des talibans de livrer le chef d’el-Qaëda, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. « Les forces américaines ne peuvent pas, et ne devraient pas, mener une guerre et mourir d’une guerre que les forces afghanes n’ont pas la volonté de combattre pour eux-mêmes », a continué M. Biden, concédant toutefois que l’effondrement du gouvernement afghan avait été plus rapide « que nous ne l’avions prévu ».

Les talibans sont entrés dimanche dans Kaboul sans faire couler le sang. Mais leur triomphe a déclenché des scènes de panique monstres à l’aéroport de Kaboul. Une marée humaine s’est précipitée lundi vers ce qui est la seule porte de sortie de l’Afghanistan. Un cliché, dont le Pentagone n’a pas démenti la véracité, montrait 640 Afghans entassés dans un avion cargo C-17 de l’US Air Force, dont certains ont grimpé à bord à la dernière minute alors que la rampe d’accès n’était plus qu’à moitié ouverte. Washington a envoyé 6 000 militaires pour sécuriser l’aéroport et faire partir quelque 30 000 Américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent pour leur vie. De Madrid à La Haye, en passant par Paris, Bucarest, Londres, plusieurs autres pays s’activaient toujours hier pour rapatrier leurs ressortissants.

Réponse militaire

L’avion transportant les premiers ressortissants français et étrangers évacués de Kaboul par la France est arrivé hier après-midi à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle. L’A310 transportait 45 ressortissants français et étrangers évacués de la capitale afghane, ainsi qu’une soixantaine de militaires de retour d’opérations extérieures depuis la base d’Abou Dhabi, la capitale des Émirats arabes unis, a précisé une source du ministère des Armées. Un premier avion militaire belge a également décollé hier depuis la Flandre, dans l’ouest du pays, pour participer à Kaboul aux opérations d’évacuation de ressortissants occidentaux et de leurs collègues afghans, et trois autres appareils devaient partir de Belgique à sa suite.

M. Biden a menacé les talibans d’une réponse militaire « rapide et puissante » s’ils venaient à perturber les opérations d’évacuation en cours. Les États-Unis pourraient reconnaître un futur gouvernement taliban, à condition qu’il « préserve les droits fondamentaux de son peuple (...) y compris de la moitié de sa population – ses femmes et ses filles », et qu’il « n’offre pas de refuge aux terroristes », a indiqué à la presse le porte-parole du département d’État, Ned Price.

Lundi soir, le président français, Emmanuel Macron, a estimé que l’Afghanistan ne devait « pas redevenir le sanctuaire du terrorisme qu’il a été » et appelé à « une réponse (internationale) responsable et unie ».

Source : AFP

La vie reprenait lentement ses droits hier à Kaboul sous le nouveau régime taliban, même si les habitants, apeurés, restaient sur leurs gardes, pendant qu’à Washington le président Joe Biden défendait résolument le retrait des troupes américaines. Les magasins avaient rouvert dans la capitale afghane, le trafic automobile avait repris et les gens sortaient de nouveau dans les rues, où des policiers faisaient la circulation, les talibans, eux, tenant des postes de contrôle. Peu de femmes osaient toutefois se risquer dehors. Mais des signes montraient aussi que la vie ne serait plus celle d’hier. Les hommes ont troqué leurs vêtements occidentaux pour le shalwar kameez, l’ample habit traditionnel afghan, et la télévision d’État diffusait désormais essentiellement des programmes islamiques. Depuis qu’ils sont...
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