Le vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, à Entebbe, en Ouganda, le 7 novembre 2019. Michael O’Hagan/AFP
Les dissensions s’accentuent dans le parti du vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, avec les démissions hier du vice-président et de sept autres responsables pour rejoindre un groupe dissident, qui fragilisent la position de cet acteur-clé de la stabilité du pays. Rebelle historique, Riek Machar est le principal opposant au président Salva Kiir, avec qui il s’est livré entre 2013 et 2018 à une sanglante guerre civile qui a fait près de 400 000 morts et des millions de déplacés. Selon un accord de paix, les deux hommes participent au pouvoir dans un gouvernement d’union nationale. Mais depuis une semaine, Machar fait face à une vive fronde au sein de son mouvement.
Le 4 août, plusieurs rivaux ont annoncé sa destitution de la direction du parti SPLM-IO et de son appareil militaire, le SPLA-IO. Estimant qu’il a « totalement échoué » à représenter leurs intérêts, ils ont proclamé Simon Gatwech, un des leaders du SPLA-IO, dirigeant par interim du mouvement. Le 7 août, des affrontements entre combattants pro-Machar et pro-Gatwech ont fait au moins 32 morts dans l’état du Haut-Nil, dans le nord du pays. Les deux camps, qui se rejettent la responsabilité des combats, ont depuis annoncé un cessez-le-feu temporaire. Hier, c’est Henry Odwar, vice-président du mouvement et ministre des Mines, qui a annoncé sa démission du SPLM-IO, en compagnie de sept autres dirigeants, après avoir quitté le gouvernement la veille. « Nous (...) donnons nos bénédictions à la direction par intérim du lieutenant-général Simon Gatwech Dual et de son équipe », déclarent les démissionnaires dans un document.
Voie plus démocratique
Ces divisions dans le principal mouvement d’opposition inquiètent la communauté internationale alors que le pays peine à se remettre de la guerre civile. « Pour s’assurer que le Soudan du Sud s’éloigne des séquelles du conflit, l’entretien des divisions et des scissions doit (...) cesser », ont déclaré hier dans un communiqué les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège, la « troïka » qui a parrainé l’indépendance du pays. Le chef de la Mission de l’ONU dans le pays, Nicholas Haysom, a, lui, exhorté les « factions et toutes les parties signataires (de l’accord de paix de 2018) à travailler ensemble pour surmonter leurs différends pacifiquement ».
Depuis l’accord de 2018, Riek Machar fait face à une opposition grandissante au sein du SPLM-IO, où s’opposent de multiples factions et où certains cadres se sont plaints d’avoir perdu au change dans le partage des pouvoirs conclu avec le parti présidentiel. Henry Odwar et les autres démissionnaires l’accusent de gérer « tout seul » le parti en tenant à l’écart les instances dirigeantes. Leur démission est destinée à « guider le mouvement, et tracer une voie plus démocratique et centrée sur le peuple », ajoutent-ils. Après des années de collaboration, les relations entre Odwar et Machar s’étaient quelque peu distendues ces derniers temps. Le départ d’Odwar affaiblira le soutien dont bénéficiait Machar dans la région de l’Equatoria (Sud), fief de son ancien adjoint.
Partenaire faible
Ces querelles menacent l’avenir du plus jeune pays du monde. Le gouvernement repose sur un équilibre politique précaire, dont Kiir et Machar sont les pierres angulaires, les violences intercommunautaires explosent dans de nombreuses régions et une large partie de la population est confrontée à la faim. De nombreuses dispositions de l’accord de paix de 2018 – censées éviter au pays de replonger dans la guerre – restent également inachevées, notamment la délicate unification en une seule armée des combattants autrefois ennemis. « En se divisant (le mouvement de Machar) devient un partenaire faible, et un partenaire faible n’est pas bon dans la mise en œuvre de l’accord de paix », estime James Okuk, chercheur au Centre d’études politiques et stratégiques (CSPS) de Juba, la capitale sud-soudanaise. « Cela donnera au président Kiir un avantage maintenant pour contrôler la politique du pays », estime-t-il.
L’impasse dans laquelle se trouve le pays dix ans après son indépendance exaspère la population. Au moins deux militants de premier plan ont été arrêtés la semaine dernière après avoir signé une déclaration d’une coalition d’organisations de la société civile appelant à la démission de Kiir et Machar. Dans son communiqué, la « troïka » a appelé le gouvernement à répondre aux « demandes légitimes » : « Il est important que ces voix soient entendues et que la liberté d’expression soit protégée. »
Source : AFP


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