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Culture - Opéra

Matteo el-Khodr : Je me sens tellement riche d’être libanais !

Après une éclipse de deux ans due à la pandémie de Covid-19, le contre-ténor libanais remonte sur scène, à Berlin, dans une recréation de « L’Ormindo » de Francesco Cavalli. Un opéra du XVIIe siècle dont il interprète le rôle-titre.

Matteo el-Khodr : Je me sens tellement riche d’être libanais !

Matteo, « un homme du XXIe siècle qui chante des airs du XVIIe ». Photo DR

Il croit aux signes du destin Matteo. Aux heureux hasards. Aux forces vives de la musique, de l’art, de la beauté et de la culture. Lui qui avait été atteint d’une aphonie nerveuse en découvrant son appartement de Mar Mikhaël entièrement ravagé par l’explosion du 4 août 2020 n’a retrouvé sa voix qu’une fois son intérieur complètement remis en l’état, il y a quelques mois. C’est justement à ce moment-là qu’il est contacté par la production de L’Ormindo pour interpréter le rôle-titre de cet opéra baroque de Francesco Cavalli totalement dans ses cordes. Comme si tout se remettait en place… « Je suis quelqu’un de très casanier et ma maison a toujours été mon havre de paix. J’y avais mis tout ce que j’aimais. Pour retrouver mon équilibre, il fallait que je la reconstruise. D’autant que je suis déterminé à ne pas quitter le Liban, à ne pas l’abandonner aux scélérats », martèle Matteo el-Khodr. « Les travaux ont pris quatre mois et demi, et ce n’est qu’à la fin du chantier, une fois mon appartement redevenu un micropalais Art déco de 160 m2, que ma voix est revenue comme par magie. Et avec elle… le projet de L’Ormindo qui avait été enclenché puis suspendu pour cause de pandémie mondiale », poursuit le contre-ténor.

Prince de Tunisie

« C’était une renaissance pour moi, après deux ans de crises multiples, d’isolement sanitaire et d’absence de scène. Et j’en suis d’autant plus réjoui qu’on m’a offert cette fois le rôle d’Ormindo lui-même, le héros central de cet opéra, un prince tunisien dont j’ai la prestance physique, paraît-il, alors qu’au départ je devais y jouer un personnage plus secondaire », ajoute dans un rire solaire ce grand extraverti. Avant de confier, plus sérieusement, son « bonheur et (sa) fierté à partager la scène avec des chanteurs lyriques des quatre coins du monde, dans cette production internationale sous la baguette de Thomas de Vries qui dirige l’ensemble orchestral Mattiacis du Staatstheater de Wiesbaden, mise en scène par Pascual Jordan et aux costumes signés Ingeborg Princesse de Schleswig-Holstein ».

Tous les registres de l’expression humaine...

Une équipe internationale qu’il a rejointe donc il y a quelques mois. À Fès d’abord, « pour s’imprégner du climat, des couleurs et des senteurs du Maroc où se déroule la trame de cet opéra ». À Berlin ensuite où se sont déroulées les répétitions et où a été présentée en première mondiale, hier mardi 10 août, sur les planches du théâtre Métropole, cet opéra rarement joué depuis sa création au XVIIe siècle. « C’est en cela que cette pièce, qui avait été créée en 1644 au Teatro San Cassiano de Venise et qui se situe entre la Renaissance et le baroque, représente un défi », signale le chanteur. « D’autant que l’italien ancien qui y est utilisé n’est pas aisé à maîtriser. C’est aussi le seul opéra baroque au monde qui se passe au Maghreb, avec cette histoire de royaumes de Tunisie, d’Algérie et du Maroc qui combattent l’Espagne. On y retrouve tous les registres de l’expression humaine : l’amour, la guerre, la trahison… » indique Matteo.

Les représentations (filmées par Arte) se poursuivront par une tournée européenne à travers la Suisse, l’Allemagne et « peut-être la France », avant de se clôturer au festival Bab Makina de Fès au Maroc en janvier 2022. Mais Matteo ne désespère pas de pouvoir également amener ce spectacle au Liban dès que la situation le permettra… Car où qu’il aille, quoi qu’il entreprenne, le pays du Cèdre reste dans son cœur. Qu’il s’agisse de participer à The Voice France (dans l’édition 2020) ou d’être le premier contre-ténor à se produire à l’opéra de Doha accompagné d’un orchestre philharmonique en 2016, Matteo affirme se préoccuper dans tout ce qu’il fait de mettre d’abord son « pays en valeur ». « Avec ses identités plurielles et ses cultures multiples, ce pays m’a beaucoup donné. C’est pour cela que je ne le lâcherai jamais », assure le fougueux trentenaire.

Matteo sur scène lors de l’avant-première berlinoise... Photo Jessica Brauner

Comme un paon qui fait la roue

Rentré au Liban en 2016, après dix ans à Paris et deux à Genève, pour être plus près de sa famille, mais mû aussi par le désir de démocratiser sa voix singulière auprès du public libanais, « habitué aux opéras du XIXe mais moins adepte de chant baroque », dit-il, le chanteur a ainsi mené sa croisade musicale en se produisant dans les églises beyrouthines et les grands festivals du pays (Beiteddine, Beirut Chants…). Tout en poursuivant sa carrière européenne au fil de ses participations à des concerts à Paris, Bruxelles, Saint-Pétersbourg, Londres ou Munich… « Beyrouth, c’est central. Et avec ma nationalité grecque transmise par mon père, moitié libanais et moitié grec, je peux voyager pour me produire partout et revenir ensuite chez moi, là où je me sens à la maison. »

Pour mémoire

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Éclectique et furieusement curieux de tous les domaines artistiques, Matteo, qui peut passer sans transition du rôle-titre (là aussi) de l’opéra de Mozart Apollon et Hyacinthe (au programme de la Cité de la musique à Paris durant deux ans en 2014 et 2015) au personnage d’homosexuel assumé dans le film libanais Khabsa, veut casser l’image d’un univers lyrique désuet.

« Je suis un homme du XXIe siècle qui chante des airs du XVIIe », clame-t-il d’ailleurs dans toutes ses interviews. Un jeune homme de son temps, fortement engagé aussi dans la révolte d’octobre 2019. « Par esprit patriotique tout simplement. Car je me sens tellement riche d’être libanais. Et j’en veux terriblement à tous ces criminels corrompus qui ont saccagé notre beau pays. Avant, quand je disais à l’étranger que j’étais de Beyrouth, je bombais le torse, comme un paon qui fait la roue, sous les commentaires élogieux. Maintenant je ne reçois plus que des mots de pitié et de compassion... Et ça, je ne le supporte pas ! »

Matteo en quelques étapes-clés

– À 9 ans, ses parents découvrent son don pour le chant et la musique et l’inscrivent à des cours de piano.

– À 17 ans, il est repéré par des gens de l’industrie musicale (Nagi Chahine et Guy Manoukian) en chantant Nessun Dorma de Puccini, dans une soirée à l’occasion de l’anniversaire de sa mère. C’est alors qu’il découvre sa voix de contre-ténor.

– À 18 ans, il signe un contrat avec Universal Music France et s’envole pour Paris où il prend des cours de chant à l’École normale supérieure de musique, avec l’exceptionnelle Agnès Mellon, tout en poursuivant des études d’architecture d’intérieur à l’Académie Charpentier.

– En 2011, il intègre le Chœur de l’Orchestre de Paris et se produit tout au long de l’année à la salle Pleyel dans des pièces de Poulenc, Ravel, Grieg, Haendel ou Vivaldi sous la direction du fameux Daniel Baremboim notamment.

– En 2013, il gagne le concours international du chant baroque de Froville en France.

– En 2014 et 2015, il se produit dans des concerts et des opéras à travers l’Europe dont Artaserse de Léonard de Vinci auprès de Philippe Jarousky et Apollon et Hyacinthe de Mozart.

– En 2020, à l’invitation de la production, il participe à la version française de The Voice, où son interprétation de La Wally d’Alfredo Catalani fait se retourner les 4 coaches du jury.

Le casting de « L’Ormindo »

Ormindo : Matteo el-Khodr (contre-ténor) Erisbe :

Josephine Goehmann (soprano)

Amida : Daniel Arnaldos (ténor)

Sicle : Sara Gouzy (soprano)

Mirinda : Coline Dutilleul (alto)

Osmano : Ralf Nachbauer (ténor)

Nerillo : Eduardo Rochas (contre-ténor) Erice : Mayan Goldenfeld (mezzo soprano).


Il croit aux signes du destin Matteo. Aux heureux hasards. Aux forces vives de la musique, de l’art, de la beauté et de la culture. Lui qui avait été atteint d’une aphonie nerveuse en découvrant son appartement de Mar Mikhaël entièrement ravagé par l’explosion du 4 août 2020 n’a retrouvé sa voix qu’une fois son intérieur complètement remis en l’état, il y a quelques mois....

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Matteo, une Fierté Nationale. Un exemple vivant de la réussite du talent libanais de par le monde.

Cadige William

07 h 03, le 11 août 2021

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Commentaires (1)

  • Matteo, une Fierté Nationale. Un exemple vivant de la réussite du talent libanais de par le monde.

    Cadige William

    07 h 03, le 11 août 2021

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