« … La notion d’État dans le sens correct du terme n’existe pas au Liban, elle est déformée. Les Libanais n’ont pas réussi à construire un État. La confession prévaut sur la citoyenneté, ce sont des Achaiir et Kabaiil ; la logique d’État est absente. Cette réalité se manifeste dans les paroles des politiciens et des juristes libanais qui évoquent régulièrement le passage à l’État. Aucun travail profond n’a été entrepris pour changer cette réalité. La réforme constitutionnelle de 1990 a contenu des dispositions importantes pour fonder la base d’un changement. »
Numéro 2013/3 (n° 95)
Le Liban : la transition inachevée vers l’État de droit. Nada Youssef, Dans Revue française de droit constitutionnel 2013/3 (n° 95), p 735 à 756.
Deux amis de 70 ans, Abed et Michel, se tournent vers le passé. Abed dit : « Depuis qu’on se connaît on a souvent discuté de nos perceptions respectives et plus particulièrement de nos références contextuelles. Les apports sociétaux, culturels et religieux ont marqué notre histoire individuelle jusqu’à nous faire oublier la réalité d’un choix délibéré. Au lieu de composer un projet de vie commune, tranquille et prospère, nous avons laissé faire les tuteurs de nos dépendances. »
Michel répond alors : « Tu as bien raison. Le repère intime de la sécurité au quotidien de nos jours est de chercher l’eau à la source, de faire le troc pour les produits de première nécessité et pour les services réciproques. Il nous reste pour économiser l’électricité de travailler à la lumière du jour et de rentrer dormir au coucher du soleil. Il a fallu tout ce cataclysme pour remonter à dos d’âne à cause du prix de l’essence exorbitant. »
Abed dit : « La première leçon de cet État lamentable au Liban est de chercher des rapports utiles entre nous. À quoi sert-il de prévaloir la préservation des ego à travers le monde arabe ou la tendre mère France quand l’essentiel est de pouvoir recevoir un médecin qui accepte d’être payé par un kilo de blé de notre terroir ? »
On est bien loin aujourd’hui de cette phrase chère à Emmanuel Macron, énoncée après la dévastation de Beyrouth le 4 août. « Lors de cette visite très médiatisée, il a rappelé que les destins des deux pays sont noués indéfectiblement par les liens du temps, de l’esprit, de l’âme, de la culture, du rêve. » Élise Lambert, franceinfo, 23/8/2020. Cependant, au-delà « des dispositions importantes pour fonder la base d’un changement », il s’agit non seulement de survivre autrement durant l’exploitation maximale d’une classe « politique » qui reste immuable vis-à-vis de la souffrance extrême de toute une population, mais d’exercer les échanges délibérément humains entre les personnes avant de chercher plus loin.
« Selon l’architecte et professeur universitaire Antoine Nasrallah, c’est à Charles Malek que l’humanité doit la consécration des droits de l’individu (en tant que valeur humaine) dans un cadre légal international. Malek estimait que l’individu et sa valeur humaine priment sur le groupe, la communauté religieuse et l’État, ses droits sont donc plus importants et ont la priorité aux dépens du groupe. » Yara Abi Akl, L’OLJ, 2018.
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