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Monde - Afghanistan

La Turquie courtise Biden avec son offre de protéger l’aéroport de Kaboul

Les talibans ont publiquement qualifié de « répréhensible » l’idée d’une présence militaire turque dans la capitale.

La Turquie courtise Biden avec son offre de protéger l’aéroport de Kaboul

L’aéroport de Kaboul, élément-clé de l’après-retrait d’Afghanistan. Photo AFP

La Turquie tente d’améliorer ses relations tendues avec les États-Unis en prenant en charge la sécurisation de l’aéroport de Kaboul après le retrait des forces américaines d’Afghanistan, une offre non sans risque selon des experts.

Assurer la protection de l’aéroport de Kaboul est devenu un problème majeur après l’annonce par le président américain Joe Biden de la fin de vingt années de présence des troupes américaines sur le sol afghan à partir d’août.

L’aéroport international Hamid Karzai offre un lieu sûr pour le transport des employés des ambassades et l’acheminement de l’aide humanitaire. Sa chute pourrait largement couper l’Afghanistan du reste du monde.

La proposition surprise d’Ankara de prendre en charge la sécurisation de l’aéroport a donné l’occasion au président turc Recep Tayyip Erdogan de nouer des relations avec M. Biden lors de leur première rencontre au sommet de l’OTAN, en juin.

Cette offre répond à deux objectifs du chef de l’État turc : resserrer les liens en froid avec les alliés occidentaux et éviter un afflux de réfugiés en maintenant les routes d’aide ouvertes.

« La Turquie a un intérêt direct dans la stabilité de l’Afghanistan », a déclaré Magdalena Kirchner, directrice pour ce pays de la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung. Les autorités turques souhaitent mettre en avant les aspects humanitaires plutôt que diplomatiques de la mission. « Notre objectif est de faire en sorte que l’Afghanistan ne soit pas fermé au monde extérieur », a affirmé une source diplomatique turque.

Selon les Nations unies, 18 millions de personnes – soit la moitié de la population afghane – ont besoin d’aide tandis que la moitié des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.

« Regagner les faveurs »

Si Washington considère toujours la Turquie comme un important allié, les relations ont été entravées par des désaccords, notamment à propos de l’acquisition par Ankara d’un système de défense antimissile russe.

Washington a sanctionné Ankara pour cette acquisition en 2020.

« Le principal facteur derrière la proposition d’Ankara est liée aux relations turco-américaines : Ankara espère regagner les faveurs de

Washington après une série de crises diplomatiques », a écrit l’analyste Salim Cevik dans un article pour le groupe de réflexion allemand SWP.

La source diplomatique turque a refusé de donner des détails sur ce qu’Ankara espérait de Washington en échange de sa présence continue en Afghanistan. Le président turc a affirmé que la Turquie avait besoin du soutien logistique et du financement des États-Unis. Les pourparlers continuent à huis clos entre des responsables militaires. M. Erdogan a également évoqué une éventuelle participation hongroise et pakistanaise à la mission.

« Nous vous faisons confiance »

Ankara mène aussi des discussions avec les talibans dans l’espoir de trouver un accord qui pourrait empêcher les troupes turques de devenir une cible pour le mouvement islamiste. Les talibans ont publiquement qualifié de « répréhensible » l’idée d’une présence militaire turque à Kaboul.

« Les ambitions turques de rester engagés malgré le retrait américain semblent réelles, mais comportent des risques pour la protection de leurs forces en cas d’escalade de la violence », a estimé Mme Kirchner. Les responsables turcs demeurent cependant optimistes. « Dans nos discussions avec les talibans, ils disent : nous vous faisons confiance, nous savons que vous n’avez pas d’agenda caché », a déclaré la source diplomatique turque.

La Turquie a environ 500 soldats en Afghanistan dans le cadre d’une mission non combattante dirigée par l’OTAN, dont le retrait est presque terminé.

« Les Européens sont inquiets »

125 104 demandeurs d’asile afghans se trouvaient en 2020 en Turquie. Le pays abrite déjà 3,6 millions de réfugiés syriens. Le mécontentement croissant d’une partie de la société turque concernant la hausse du nombre des réfugiés pourrait être exploité par l’opposition pour empêcher M. Erdogan de remporter les élections prévues en 2023. Le principal parti d’opposition a récemment provoqué des débats en promettant de renvoyer les réfugiés syriens « chez eux » et en soulevant la question de l’afflux des migrants afghans.

En 2016, la Turquie a signé un accord avec l’Union européenne pour limiter les flux de migrants vers l’Europe en échange notamment d’une aide financière de six milliards d’euros. La Turquie voudrait mettre à jour cet accord, face au risque d’un afflux de réfugiés afghans. « Les Européens sont inquiets », a estimé une source diplomatique turque.

Au total, 201 437 migrants irréguliers afghans ont été arrêtés en Turquie en 2019. Si la pandémie de coronavirus a fait chuter le nombre à 50 161 l’année suivante et à environ 29 000 cette année, leur nombre risque d’augmenter après le retrait des troupes américaines d’Afghanistan.

Raziye AKKOC/AFP


La Turquie tente d’améliorer ses relations tendues avec les États-Unis en prenant en charge la sécurisation de l’aéroport de Kaboul après le retrait des forces américaines d’Afghanistan, une offre non sans risque selon des experts.Assurer la protection de l’aéroport de Kaboul est devenu un problème majeur après l’annonce par le président américain Joe Biden de la fin de...

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