Rechercher
Rechercher

Politique - Gouvernement

Hariri : L’heure de vérité a sonné

Le Premier ministre désigné, de retour du Caire où il a reçu un soutien du président égyptien, a proposé au chef de l’État une toute nouvelle équipe, formée sans concertations avec lui. Le refus de Baabda et la récusation de Hariri peuvent-ils encore être évités ?

Hariri : L’heure de vérité a sonné

Saad Hariri reçu par le président Aoun, hier, à Baabda. Photo Dalati et Nohra

Le Liban se dirige-t-il vers une éclaircie gouvernementale ou vers l’inconnu ? « L’heure de vérité a sonné », a lancé hier le Premier ministre désigné Saad Hariri à sa sortie d’un entretien de près d’une demi-heure avec le président Michel Aoun à Baabda, au cours duquel il lui a présenté une mouture nouvelle du cabinet, autant dans la répartition des sièges que dans les noms proposés. M. Hariri lui a demandé une réponse aujourd’hui, sachant qu’il est censé donner une interview à la chaîne al-Jadeed ce soir au cours de laquelle il compte faire des révélations importantes, voire annoncer sa récusation en cas de décision définitive en ce sens.

Si la réponse de Baabda demeure une inconnue, la seule certitude est le tiraillement entre deux trajectoires contradictoires : d’une part, le fossé entre les deux hommes qui ne cesse de s’agrandir depuis neuf mois de tentatives de formation d’un gouvernement et, d’autre part, les pressions internationales grandissantes pour la naissance de cette équipe. La réponse du président de la République interviendra-t-elle aujourd’hui, comme le souhaite Saad Hariri, ou Michel Aoun exigera-t-il plus de temps comme le lui permet la Constitution ? Et en cas de retard dans la réponse présidentielle, Saad Hariri se récusera-t-il alors même qu’on apprenait, de sources concordantes, que Le Caire insistait auprès du Premier ministre désigné, en Égypte hier matin, pour qu’il ne jette pas l’éponge ? Enfin, les menaces de sanctions européennes auront-elles l’effet escompté sur les différents responsables libanais ? Ce jeudi devrait apporter des réponses à ces questions.

Lire aussi

Une internationalisation de la crise libanaise semble prendre forme

Dans les faits, le Premier ministre désigné a présenté hier au chef de l’État une nouvelle mouture de 24 ministres. M. Hariri a dit attendre une réponse aujourd’hui jeudi de la part de M. Aoun concernant sa proposition « afin de pouvoir agir en conséquence ». Saad Hariri, tout juste rentré d’une visite au Caire lors de laquelle le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi lui a apporté son soutien, est arrivé à Baabda avec une enveloppe en main contenant la mouture en question. « J’ai présenté au président de la République une mouture de 24 ministres spécialistes, en accord avec la feuille de route française et l’initiative du président du Parlement Nabih Berry », a-t-il annoncé, le visage fermé, aux journalistes qui l’attendaient à sa sortie de l’entretien avec M. Aoun. « Un tel gouvernement, à mon avis, est capable de stopper l’effondrement dans le pays, et je souhaite une réponse du président Aoun demain (jeudi) afin de pouvoir agir en conséquence », a lancé le chef du courant du Futur. « Cela fait neuf mois que nous tentons de former un gouvernement, et l’heure de vérité a sonné. Si Dieu le veut, demain, nous serons fixés », s’est contenté d’ajouter le PM désigné sans évoquer la question de sa possible récusation ni répondre aux questions des journalistes.

Un « précédent dangereux »

La réaction de la présidence à la visite de M. Hariri n’a pas tardé. Sur son compte Twitter, Baabda a ainsi affirmé que le chef de l’État a reçu de la part de M. Hariri « une mouture qui contient de nouveaux noms et une nouvelle répartition confessionnelle des portefeuilles différents de ce qui avait été convenu par le passé ». « Le Premier ministre désigné a demandé au président de la République de lui donner une réponse jeudi avant-midi. Le président Aoun a dit à M. Hariri que la mouture proposée fera l’objet d’examens et de concertations pour en tirer des conclusions », a ajouté Baabda sans plus de précision. Selon des sources au sein du palais présidentiel citées par notre correspondante Hoda Chédid, le chef de l’État « effectue une évaluation sérieuse de la mouture présentée par M. Hariri ». « À ce stade, il n’y a ni refus ni accord. » Toujours selon notre correspondante, le président Aoun pourrait demander davantage de temps pour évaluer la mouture en question.

Lire aussi

La récusation, une option qui divise le camp Hariri

En ce qui concerne les détails de la mouture, et toujours selon les informations de notre correspondante d’après des échos de Baabda, les noms proposés ne sont connus ni du président ni de son entourage. Les noms des ministres chrétiens ont également été tous choisis par le Premier ministre désigné, et pas seulement les deux noms considérés « flottants » et que le président de la République exigeait de choisir. Pour ce qui est des ministères dits régaliens, l’Intérieur est confié à un sunnite (et non à un maronite tel que convenu avec Baabda, ce qui pourrait provoquer un clash) ; les Affaires étrangères à un maronite (et non à un druze) ; la Défense à un orthodoxe (et non à un maronite). Les changements apportés par Saad Hariri n’ont pas tenu compte de ce qui avait été convenu précédemment entre les deux hommes, et le délai de 18 heures pour la réponse exigé par le Premier ministre désigné est un « précédent dangereux », selon des sources de Baabda qui dénoncent une violation de la Constitution.

Forcing diplomatique

Cette première réaction de Baabda semble, d’après certains observateurs, présager d’un rejet par Aoun de cette mouture, suivi d’une récusation du Premier ministre désigné. À ce scénario pessimiste, un point de vue plus nuancé exprimé par d’autres observateurs qui estiment que le président ne peut refuser catégoriquement cette proposition sans s’attirer les critiques de la communauté internationale, dont la volonté de voir un gouvernement enfin formé au Liban est plus évidente que jamais. Citant des sources proches du dossier, Hoda Chédid souligne que la pression internationale actuellement exercée sur les différentes parties pourrait écarter actuellement l’éventualité d’une récusation du Premier ministre désigné. C’est dans ce contexte de forcing diplomatique international que le conseiller du président français Emmanuel Macron pour les Affaires de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, Patrick Durel, a réitéré hier devant le président Aoun « la nécessité de former un nouveau gouvernement le plus vite possible, et d’’entamer la mise en place des réformes évoquées par la France et la communauté internationale ». La veille, il avait demandé à M. Hariri de former un cabinet sans tarder ou de nommer la personnalité qui puisse mener cette mission après lui, selon notre chroniqueur politique Mounir Rabih. De son côté, le nonce apostolique, Mgr Joseph Spiteri, reçu lui aussi par le président, a estimé que « sans gouvernement, il ne peut y avoir de vraies solutions à ce que traverse le Liban ».

Interrogé par L’OLJ, le vice-président du courant du Futur, Moustapha Allouche, se dit « convaincu que le président Aoun ne veut pas de Saad Hariri comme Premier ministre et qu’il tient toujours au tiers de blocage ». « Il n’en demeure pas moins que les pressions extérieures sont considérables et la menace de sanctions est réelle, poursuit-il. Cela dissuadera-t-il le camp du président de la République de bloquer cette nouvelle mouture ? D’après notre expérience, ce camp politique est jusqu’au-boutiste. »

Le soutien du Caire

Avant de se rendre à Baabda, le Premier ministre désigné avait été reçu par le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi. Selon le porte-parole de la présidence égyptienne, dont les propos ont été rapportés par le bureau de presse de Saad Hariri, « le président Sissi a souligné qu’il apporte son soutien total à la ligne politique suivie par M. Hariri, qui vise à rétablir la stabilité du Liban et à faire face aux défis actuels ». Il a insisté sur l’importance de fédérer les « efforts » fournis par toutes les parties pour résoudre leurs querelles afin de faire sortir le Liban de la crise. M. Sissi aurait encore demandé à Saad Hariri de ne pas se récuser, selon des sources citées par la chaîne al-Hadath et reprises notamment par l’agence Reuters. Le Caire devrait, dans cette perspective, envoyer « une délégation de haut niveau » à Beyrouth afin de soutenir les efforts de formation du nouveau cabinet et travailler à mettre sur pied une « feuille de route » pour résoudre la crise libanaise. De son côté, Saad Hariri a salué les efforts « persistants » du Caire dans son soutien apporté « à tous les niveaux » au pays du Cèdre, « et surtout aux niveaux politique et économique ». Il a souligné l’importance de renforcer les « relations historiques » entre les deux pays, remerciant l’Égypte pour « son rôle essentiel de pilier de la stabilité dans tout le monde arabe ».

Lire aussi

Le Drian : Consensus à l’UE pour des sanctions contre les dirigeants libanais avant la fin du mois

Lors de sa visite-éclair au Caire, M. Hariri s’est également entretenu avec le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri. Les deux responsables ont discuté de la crise socio-économique que traverse le Liban et de la formation du nouveau gouvernement. Dans ce contexte, M. Choukri a appelé les partis politiques libanais « à faire primer l’intérêt suprême du pays sur les intérêts étroits », selon des propos rapportés par M. Hariri sur Twitter.


Le Liban se dirige-t-il vers une éclaircie gouvernementale ou vers l’inconnu ? « L’heure de vérité a sonné », a lancé hier le Premier ministre désigné Saad Hariri à sa sortie d’un entretien de près d’une demi-heure avec le président Michel Aoun à Baabda, au cours duquel il lui a présenté une mouture nouvelle du cabinet, autant dans la répartition des sièges que...

commentaires (6)

Tu quoique mi fili ?Même l'Égypte qui peinent à gérer ses problèmes intestines s'invite au bal des pays qui fourrent leurs nez dans ce Liban à problèmes .cet excès de gentillesse et d'altruisme deviennent étouffantes .Et si chacun s'occupait de ses oignons

Hitti arlette

15 h 41, le 15 juillet 2021

Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • Tu quoique mi fili ?Même l'Égypte qui peinent à gérer ses problèmes intestines s'invite au bal des pays qui fourrent leurs nez dans ce Liban à problèmes .cet excès de gentillesse et d'altruisme deviennent étouffantes .Et si chacun s'occupait de ses oignons

    Hitti arlette

    15 h 41, le 15 juillet 2021

  • Même l'Égypte qui peinent à gérer ses problèmes intestines s'invite au bal des pays qui fourrent leurs nez dans nos affaires inextricables . Trop de gentillesse et d'altruisme deviennent étouffantes .Et si chacun s'occupait de ses oignons

    Hitti arlette

    15 h 36, le 15 juillet 2021

  • QUELQU,UN DOUTE-T-IL DE LA REPONSE NEGATIVE DE AOUN ? IL VA REFUSER... MAIS C,EST HARIRI QUI BLOQUE. ET DIRE QU,IL Y A DES MOUTONS DE PANURGE QUI SUIVENT TETE BASSE ET BELENT ET QUI CROIENT ENCORE LES INEPTIES QU,ON LEUR SERT.

    ZERO PLAINTE. CENSURE PLAIT. SOUTENONS DONC L,OLJ.

    13 h 23, le 15 juillet 2021

  • Mr. Aoun ne peut pas agire seul il doit demander à son mentor…..

    Eleni Caridopoulou

    12 h 50, le 15 juillet 2021

  • Et pour se rendre sympathique aux yeux des libanais qui l’observent et le jauge, ce président trouve le moyen de faire des blagues et de minimiser son crime avec des commentaires dignes de lui puisqu’il n’a jamais été à la hauteur de la fonction et nous le rappelle à chacune de ses interventions pour le moins ubuesque et fantasque qui le caractérise. Quant à Hariri, il n’avait pas besoin de mêler le monde entier de leurs sales histoires de vendus, une oreille bien veillante et à l’écoute des citoyens aurait suffit à régler le problème libanais par les libanais et loin des alliances douteuses qui de toute façon nous coûteront plus cher qu’ils ne nous rapporteront.

    Sissi zayyat

    11 h 59, le 15 juillet 2021

  • L'heure de vérité nous indique que notre pays est devenu un pitoyable théatre sale et délabré, où gesticulent, radotent...ou disparaîssent dans les coulisses...des acteurs qui ne connaissent pas leur rôle. D'autres, d'un âge très avancé, s'imaginent encore en1989/90...et agissent en conséquence, soutenus par des profiteurs rusés. Tout ça devant un public d'experts en économie, finances, politique, Constitution etc. etc., qui auront de quoi se pavaner devant les médias du matin au soir. Nous, peuple, on attend l'heure de vérité qui nous délivrera de tous ces acteurs inutiles et néfastes, TO US !!! -Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 52, le 15 juillet 2021

Retour en haut