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Blindez le juge !

Un train de sanctions européennes ciblant les dirigeants tenus pour responsables du blocage politique au Liban : c’est ce que viennent de nous promettre, coup sur coup, le Français Jean-Yves Le Drian et le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell. Le cadre juridique de ces mesures, précisent-ils, sera prêt pour la fin du mois courant, soit à la veille de l’anniversaire de l’explosion du 4 août dernier dans le port de Beyrouth.


D’une portée considérable est, bien sûr, cette annonce, surtout quand on sait quels trésors de persévérance et de persuasion a dû requérir cette unanimité des 27 membres de l’Union, nécessaire en effet à toute action de ce genre ; cette mobilisation permanente pour le Liban infatigablement déployée au sein du concert européen, il est juste d’en remercier le chef du Quai d’Orsay. Sans toutefois paraître faire la fine bouche, sans préjuger non plus de l’impact réel, pratique, effectif, qu’auront les sanctions projetées, on aurait pu rêver d’un autre type de cadeau pour ce tragique anniversaire : un cadeau plus directement en rapport avec l’énorme et meurtrier scandale que fut l’explosion du 4 août.


Car on ne le répétera jamais assez : bien davantage que toutes les malversations financières et mal gouvernances dont se sont rendus coupables des dirigeants indignes, c’est l’affaire du port qui réunit en elle toutes les plaies du Liban. C’est sur les quais que se sont donné rendez-vous obscures machinations guerrières, complicités, corruption et négligence crasse, le tout aggravé par cette assurance d’impunité devenue la règle dans notre pays. À lui seul, le terrible bilan de l’infernal cocktail (plus de 200 morts, des milliers de blessés, toute une partie de la capitale en décombres) le commande : c’est à partir de cette hécatombe que doit démarrer, en haute priorité, toute réparation pour le Liban. Comme le veut l’ordre naturel des choses, c’est bien au port– et nulle part ailleurs – que sont hissées les voiles au haut du mât.


Cette traversée en eaux troubles, un intrépide juge d’instruction l’a entamée avec un équipage des plus réduits. Comme c’était à prévoir, il en affronte déjà les premiers écueils, à savoir les refus de comparaître opposés par plusieurs prévenus arguant inadéquatement de leur immunité, parlementaire ou autre. Or s’épuiser à réclamer vainement une enquête internationale des plus hypothétiques (songez un moment au tribunal Hariri) revient, dans le présent contexte, à jeter le doute sur le chantier titanesque auquel s’est courageusement attaqué le magistrat : cela à un moment où il a droit, au contraire, au soutien massif de l’opinion publique; c’est ce que rappelait fort à propos, lundi, le bâtonnier de l’ordre des avocats, Melhem Khalaf, lors d’une impressionnante Journée de solidarité internationale avec le barreau libanais.


Fort de l’admiration populaire, porté par cette vague de fond qu’est la colère croissante des familles des victimes, Tarek Bitar a droit aussi à un encadrement du dehors. Non point, bien entendu, qu’il soit question d’une quelconque immixtion étrangère dans le cours de la justice. Mais la recherche de la vérité tirerait grand profit de l’apport d’experts, d’une assistance technique multiforme allant jusqu’à comporter des simulations en matière d’explosifs.


Sanctionner les politiciens irresponsables ou véreux (quand ils ne sont pas les deux à la fois), c’est très bien. Blinder le juge, dans tous les sens du terme, serait encore mieux.


Issa GORAIEB
[email protected]


Un train de sanctions européennes ciblant les dirigeants tenus pour responsables du blocage politique au Liban : c’est ce que viennent de nous promettre, coup sur coup, le Français Jean-Yves Le Drian et le haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell. Le cadre juridique de ces mesures, précisent-ils, sera prêt pour la fin du mois courant, soit à la veille...