Critiques littéraires

D'un monde à l'autre, à petits pas

D'un monde à l'autre, à petits pas

D.R.

Le Bateau de Palmyre. Quand les mondes anciens se rencontraient, VIe siècle avant J.-C. -VIe siècle après J.-C. de Maurice Sartre, Tallandier, 2021.

L’auteur, dès l’introduction, rappelle que, dans le millénaire en question, des continents s’ignoraient complètement. Il s’en tient à l’Ancien Monde et se pose la question de savoir ce que les Méditerranéens pouvaient en savoir. L’immense majorité de leurs écrits géographiques a disparu et nous n’en avons le plus souvent que des citations ou des mentions dans ce qui nous est resté. En revanche, l’archéologie est maintenant d’une grande aide pour déterminer dans quels espaces ils se déplaçaient grâce à de multiples traces matérielles.

Le livre se compose d’une quinzaine de séquences permettant de déterminer les points essentiels. Ainsi, le Marseillais Pythéas s’est rendu jusqu’à Thulé à la fin du IVe siècle. Cela peut être l’Islande ou la Norvège actuelles. Il a ainsi atteint le cercle polaire et est allé en Baltique. Son voyage n’a pas eu de suite parce que le commerce apportait déjà les produits du Nord jusqu’à la mer Noire. On ne voyait donc pas l’intérêt de se rendre si loin. Le nord de l’Europe est ainsi resté une région aux contours très flous.

Au Sud, nous savons par Hérodote que des Phéniciens engagés par le pharaon ont fait le tour de l’Afrique de la mer Rouge à Gibraltar aux alentours de 600 en moins de trois ans. Les sources évoquent aussi deux autres circumnavigations et des expéditions plus limitées à l’est et à l’ouest du continent. Mais là-encore sans grandes conséquences durables, les produits africains arrivant par le commerce des peuples sahariens. La côte orientale de l’Afrique est connue jusqu’au-delà de l’Éthiopie actuelle, mais il s’agit là du monde de l’océan Indien.

De même, les Romains ont pu maintenir au moins temporairement des garnisons au Yémen actuel. La connaissance des mécanismes de la mousson a permis un commerce intense avec l’Inde. Ces voyages pouvaient aller jusqu’à Ceylan, voire au golfe du Bengale.

On sait aussi que des Palmyréniens ont commercé dans l’océan Indien à partir du golfe arabo-persique. Puis il y a l’héritage d’Alexandre qui a laissé des royaumes grecs en Asie centrale et en Inde du Nord aboutissant à une synthèse entre l’hellénisme et le bouddhisme, voire l’ensemble de la culture indienne. Les Grecs ont ainsi des connaissances précises comme l’existence des castes et des brahmanes assimilés aux sophistes.

Assez clairement, les Méditerranéens ne se sont pas rendus au-delà de l’Inde et de l’Asie centrale. La pointe ultime est le « pays des Sères », l’actuel Sinkiang ou Turkestan chinois aux marges de l’Empire chinois des Han. Et là, il faut corriger des idées abusives :

« Personne ne remet en cause ni l’ancienneté des relations entre l’Est et l’Ouest, ni l’existence de routes permettant de voyager entre la Chine et la Méditerranée. Mais ce produit spécifique, la soie, n’a jamais engendré de routes particulières ; il n’est que l’un des multiples termes des échanges, et pas toujours le plus important. Les “routes de la soie” relèvent en réalité du mythe historiographique ou, au mieux, de l’imagerie populaire. Autant admettre d’emblée que toute piste reliant la Chine au monde extérieur a servi à des caravanes transportant, une fois au moins, de la soie et mérite, de ce fait, le nom de “route de la soie”. »

La soie à cette époque était un instrument de pouvoir. Les Chinois s’en servaient pour des cadeaux diplomatiques pour s’assurer la loyauté des royaumes nomades frontaliers. Elle se trouve en partie revendue à différents intermédiaires jusqu’à la Méditerranée et l’Europe centrale. Il n’existe pas de relations commerciales directes entre les Romains et les Chinois. Ces derniers connaissaient l’existence de Rome, mais ne sont pas allés plus loin à l’Est que la Perse. Les passages entre les deux mondes se font par des intermédiaires.

L’auteur insiste sur la longueur de ces voyages qui pouvaient prendre plusieurs années. Souvent les marchandises passent de marchands à marchands sur ces longues distances. Les produits se déplacent plus loin que les hommes.

À son habitude, Maurice Sartre met au service d’une immense érudition un très grand talent de conteur. Dans ce dernier livre comme dans les précédents, on apprend une quantité de choses avec un grand plaisir de lecture. C’est sa marque de fabrique.



Le Bateau de Palmyre. Quand les mondes anciens se rencontraient, VIe siècle avant J.-C. -VIe siècle après J.-C. de Maurice Sartre, Tallandier, 2021.L’auteur, dès l’introduction, rappelle que, dans le millénaire en question, des continents s’ignoraient complètement. Il s’en tient à l’Ancien Monde et se pose la question de savoir ce que les Méditerranéens pouvaient en savoir....

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