Critiques littéraires Poésie

Michel Houellebecq, le feu sombre

Michel Houellebecq, le feu sombre

Combat toujours perdant de Michel Houellebecq, Flammarion, 2026, 64 p.

Le recueil Combat toujours perdant marque le retour de Michel Houellebecq à la poésie, après un silence qui aura duré treize ans. On pourrait aisément imaginer que des lecteurs et lectrices ignoraient que l’auteur de La Carte et le Territoire, qui a obtenu en 2010 le prix Goncourt, ait jamais écrit de la poésie ! Or, il s’agit du sixième recueil dont le troisième avait obtenu le prix de Flore, en 1996.

Houellebecq pratique une versification classique, avec, ici, des poèmes souvent octosyllabiques ou des alexandrins et des rimes presque toujours riches [doubles syllabes comme dans internes/citernes]. Il témoigne ainsi d’une ardeur acharnée, comme une eau vive jaillirait d’une source naturelle.

Trois strates comme des lignes de faille semblent courir le long du livre. Les mots les plus désespérés les hantent : douleur, dégoût, désillusion affective, désolation noire, dépression ombrageuse. Le poète, ce solitaire fondamental, arpente des déroutes qui vont nulle part, avec pour unique compagne la mort décharnée.

Cette complaisance « où avant d’exister, tout se délite et s’use » fait écho à la fin de l’Occident. Le « pays va à la dérive ». Il « attend l’envahisseur ». Nous sommes en barbarie. Et le mot race se tapit entre les lignes.

Il y a enfin le néant de l’amour, parce que inaccessible, le sexe nu et vide, comme pour fermer la boucle morbide, comme pour parachever ce cocktail détonnant d’un fondamentalisme romantique.

La mort n’est-elle pas une raison d’être ?

Elle est en tout cas une raison d’écrire, d’affûter une langue pure, mot qu’il faut fuir comme la vie pestiférée.

Le sixième recueil de Houellebecq s’ouvre sur ce titre : « Fin de partie ». Et se referme sur ces vers (qui rongent les os) :

« Mes paroles se changent en hurlements immondes.

Et c’est ainsi que je me sépare du monde. »

Combat toujours perdant de Michel Houellebecq, Flammarion, 2026, 64 p.Le recueil Combat toujours perdant marque le retour de Michel Houellebecq à la poésie, après un silence qui aura duré treize ans. On pourrait aisément imaginer que des lecteurs et lectrices ignoraient que l’auteur de La Carte et le Territoire, qui a obtenu en 2010 le prix Goncourt, ait jamais écrit de la poésie ! Or, il s’agit du sixième recueil dont le troisième avait obtenu le prix de Flore, en 1996.Houellebecq pratique une versification classique, avec, ici, des poèmes souvent octosyllabiques ou des alexandrins et des rimes presque toujours riches [doubles syllabes comme dans internes/citernes]. Il témoigne ainsi d’une ardeur acharnée, comme une eau vive jaillirait d’une source naturelle.Trois strates comme des lignes de faille semblent...
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