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Nos lecteurs ont la parole

Une lettre à ma prof de français

Ce combat entre ma haine et mon amour pour ce pays va bientôt me faire mettre les deux pieds dans la tombe. Cette relation toxique, cette affection étouffante qui me lie à mes souvenirs, cette toile dans laquelle je me suis emmêlée, ces liens solides qui me retiennent ici ne me laisseront pas partir sans me briser les ailes.

Ce qui me serre le cœur davantage, madame, ma professeure de français, c’est la voix tremblante de mon grand-père qui tonne que ça a toujours été comme ça et que ça empire à chaque minute. C’est les cafés remplis de jeunes discutant, non de leurs ambitions et leurs rêves, mais de leurs salaires médiocres et leurs soucis concernant l’électricité, l’eau, l’essence et les médicaments que les pharmacies ne vendent plus. C’est les yeux désespérés des mères qui annoncent aux voisins, autour d’un café arabe, que leurs enfants quittent le pays pour de bon, qu’il fallait bien que ça arrive, que c’est mieux pour eux après tout. C’est notre peuple devenu statut de marbre insensible au traumatisme qui nous fouettent chaque jour. C’est notre nonchalance et notre calme face à ces prix exubérants, arnaquants. C’est notre sang-froid terrifiant et nos cœurs de porcelaine éparpillés en morceaux quelque part dans nos poitrines.

Voilà, ce qui me hante jour pour jour, madame, voilà pourquoi il y a bien six ans maintenant, je ne pouvais pas écrire un poème criant les éloges de mon pays.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Ce combat entre ma haine et mon amour pour ce pays va bientôt me faire mettre les deux pieds dans la tombe. Cette relation toxique, cette affection étouffante qui me lie à mes souvenirs, cette toile dans laquelle je me suis emmêlée, ces liens solides qui me retiennent ici ne me laisseront pas partir sans me briser les ailes.Ce qui me serre le cœur davantage, madame, ma professeure de français, c’est la voix tremblante de mon grand-père qui tonne que ça a toujours été comme ça et que ça empire à chaque minute. C’est les cafés remplis de jeunes discutant, non de leurs ambitions et leurs rêves, mais de leurs salaires médiocres et leurs soucis concernant l’électricité, l’eau, l’essence et les médicaments que les pharmacies ne vendent plus. C’est les yeux désespérés des mères qui annoncent aux voisins,...
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